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Tchad : cinquante ans de rébellion

En janvier dernier, après cinq années de conflits par guerrilla interposée, le Tchad et le Soudan ont signé un accord de normalisation de leurs relations. Un énième accord entre les frères ennemis mais qui, pour une fois a été suivi d'actes concrets. La fin d'un cycle ?
Les rébellions armées au Tchad se sont succédé au cours des cinquante dernières années. Quatre ans à peine après la proclamation de l'indépendance, c'est déjà au Soudan qu'Ibrahim Abatcha crée le premier mouvement armé tchadien, le Front de libération nationale du Tchad (Frolinat). Son objectif est de lutter contre le régime sudiste au pouvoir accusé de discriminer les populations de l'Est, du Centre et du Nord.
La révolte est pourtant beaucoup plus ancienne : la France s'est appuyée sur les élites du Sud pendant toute la période coloniale. Et après l'indépendance, l’emprisonnement des membres du gouvernement originaires du Nord déclenchera une émeute violemment réprimée dans le quartier musulman de Fort-Lamy, en septembre 1963. Deux ans plus tard, quand la relève administrative va installer dans le Nord et l’Est, des fonctionnaires et des militaires, majoritairement originaires du Sud, multiplient les maladresses ou les exactions qui entretiendront l’hostilité de ses populations. Le premier président du Tchad indépendant, François Tombalbaye, fera appel à l'ancienne puissance coloniale, la France, pour tenter de mettre un terme à ces révoltes.
L'histoire ne fait ensuite que se répéter. François Tombalbaye est renversé par un coup d'Etat et remplacé par un autre Sudiste, le général Félix Malloum en 1975.
L'une des premières mesures du général Malloum sera d'exiger la fermeture de la base militaire française, à Ndjamena. Il demandera ensuite à renégocier l'accord militaire qui lie le Tchad à son ancienne puissance coloniale, un accord jugé par les Nordistes comme une entrave à la réconciliation nationale. Mais les rebelles du Nord se font de plus en plus menaçants et le général Malloum finit en 1978 par nommer Hissène Habré, le chef des Forces armées du Nord (FAN), l'une des branches du Frolinat, au poste de Premier ministre.
L'accalmie est de courte durée : un an plus tard, Sudistes et Nordistes se font la guerre dans les rues de Ndjamena. Le conflit durera neuf mois.
À partir de 1979, tous les chefs d'État sont originaires du Nord. Le président Malloum s'est retiré au Nigéria. Les Sudistes, peuvent au mieux prétendre au poste de Premier ministre. Ils s'orientent vers une lutte essentiellement politique et ne jouent souvent que les seconds rôles dans la gestion des affaires du pays. Mais cela ne met pas un terme aux conflits au Tchad. Le Gouvernement d'union nationale de transition (GUNT) est présidé par Goukouni Weddeye entre mars et avril 1979, puis à nouveau en septembre.
Le Frolinat connaît depuis sa création des dissensions et ce sont ses leaders qui se battent désormais pour prendre le pouvoir.
Hissène Habré renverse le président Goukouni Weddeye en 1982. Ce dernier ne renonce pas au pouvoir. Avec l'appui de la Libye, il mène une guerre sans merci à son ancien coreligionnaire. Mais le président Habré bénéficie comme ses prédécesseurs du soutien de l'armée française qui à travers l'opération «Épervier» en 1986 lui permettra de repousser les rebelles du Frolinat de Goukouni Weddeye et de ses alliés libyens.
La présidence d'Hissène Habré est marquée par une violente répression politique. Habré favorise son ethnie, les Goranes, comme en son temps François Tombalbaye privilégiait les Sudistes. Il fait et défait ses collaborateurs, crée des jalousies. Finalement, une nouvelle rébellion, le Mouvement patriotique du salut (MPS) voit le jour au Soudan. Son chef est Idriss Déby, l'ancien chef d'État major d'Hissène Habré. Les atrocités commises par le chef de l'État tchadien finissent par lasser Paris qui secrètement prend partie pour le nouveau chef rebelle. Idriss Déby fait son entrée à Ndjamena en décembre 1990. Hissène Habré prend la fuite et se réfugie au Sénégal.
Le coup d'État d'Idriss Deby ne met pas un terme à la culture de la rébellion. C'est à la faveur du déclenchement de la crise au Darfour que les mouvements rebelles tchadiens connaissent un nouvel essor. Idriss Déby est venu au pouvoir avec le soutien de son voisin, Omar el-Béchir. Mais la confiance entre les deux présidents s'étiole.
L'entourage du chef d'État soudanais accuse de plus en plus ouvertement Idriss Déby de soutenir la rébellion darfouri et notamment le MJE, le Mouvement pour la justice et l'égalité, dirigé par Khalil Ibrahim, cousin du demi-frère du président tchadien. Les Zaghawas, l'ethnie de ce dernier, y sont majoritaires. Et leurs parents tchadiens occupent les postes clefs du régime et de l'armée au Tchad, comme les Goranes du temps d'Habré.
Les populations darfouri affluent dans l'Est du Tchad et les rebelles soudanais utilisent comme base arrière les nouveaux camps de réfugiés. Même si au départ Idriss Déby est loin d'être favorable à cette rébellion darfouri, le ver est dans le fruit. Le Soudan soutient plus officiellement la rébellion tchadienne qui végète au Darfour, dans un premier temps pour contrer les rebelles soudanais du Darfour. Mais, par la suite, le Front uni pour le changement (FUC) du capitaine Mahamat Nour Abdelkerim finira par attaquer Adré, l'un des bastions de l'armée tchadienne à la frontière avec le Soudan en décembre 2005.
Un premier accord de paix entre le Tchad et le Soudan est signé à Tripoli en février 2006. Mais il reste lettre morte, puisque le FUC lance cette fois une attaque sur Ndjamena en avril. L'armée française tient Idriss Déby heure par heure au courant de son avancée et tirera même un coup de semonce près d'une colonne rebelle, comme un avertissement. L'ancienne puissance coloniale est toujours là ou presque pour soutenir le régime en place.
En février 2008, une nouvelle attaque rebelle va encore plus loin. Les troupes de Mahamat Nouri, un ancien proche d'Hissène Habré et de Timane Erdimi, le neveu du président Déby, assiègent pendant plusieurs heures la présidence à Ndjamena. Elles finissent par se retirer le 3 février. Et comme pour répondre à cette attaque, le MJE de Khalil Ibrahim parvient en juin la même année pour la première fois à Omdourman, aux portes de Khartoum. Ce raid est lui aussi avorté. C'est le paroxysme de la crise entre les deux pays.
Sans l'appui du Soudan, des telles attaques sur Ndjamena ne paraissent plus possibles dans l'immédiat. En effet, depuis le 15 janvier 2010, date d'un nouvel accord de non agression entre les deux pays, Ndjamena et Khartoum ont procédé à quelques échanges diplomatiques : le président tchadien Idriss Déby s'est rendu le 8 février dans la capitale soudanaise. Une première depuis le début de la crise. Le chef de l'État soudanais, Omar el-Béchir, réélu en avril dernier, était à Ndjamena, le 20 juillet. Le Tchad, signataire du Traité de Rome instituant la Cour pénale internationale, a refusé d'arrêter Omar el-Béchir, poursuivi par la CPI pour crimes de guerre, crimes contre l'humanité et génocide au Darfour.
Dans l'intervalle, les deux pays ont expulsé les dirigeants des mouvements rebelles, qui avaient trouvé refuge de part et d'autre de la frontière tchado-soudanaise.
Les troupes rebelles tchadiennes sont aujourd'hui cantonnées au Darfour et leurs chefs sont à Doha, au Qatar. L'émir du Qatar est également médiateur dans la crise au Darfour et accueille sur son sol bon nombre de chefs rebelles darfouri.
Le président Idriss Déby a obtenu une modification de la Constitution en 2005 qui a notamment supprimé la limitation du nombre de mandats pour le chef de l'État. Il briguera donc un quatrième mandat en 2011.
À LIRE |
Retour du Tchad - carnet d'une correspondante. Sonia Rolley. Editions Actes Sud. |

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Commentaires (9)
Balle à terre s'il vous plait
c'est vrai! mais laisser les enfants grandir sans ces souvenirs douloureuses, merci
Trop c'est trop
Cher Sonia,
Merci de bien vouloir relater tout ce qui se passe au Tchad depuis 50 ans. C'est vrai que ce pays continu par vivre dans l'instabilité absolue comparée a d'autres pays Africains. Je suis parfaitement d'accord avec vous, mais ce que je déplore, est le fait qu'en tant que journaliste qui a connu le Tchad en très peu de temps, vous tirez des conclusions hâtives et sans fondement. Le monde entier a travers les media suit de pret ce qui se passe dans ce pays depuis le renversement du feu président François Tombalbaye. Permettez moi de vous dire qu'il n'ya rien de comparable avec le régime de celui ci jusque maintenant. Le plus petit Tchadien, qu'il soit du nord ou du Sud vous le dira. Feu Tombalbaye, n'était pas un Ange, pour vous dire que toute personne a ses défauts et ses qualités. Votre Phrase "Habré favorise son ethnie, les Goranes, comme en son temps François Tombalbaye privilégiait les Sudistes" n'a pas sa raison d'etre. En la lisant, je m'etais demandee pourquoi une journaliste aussi reputee comme vous arrive a se rabaiser jusqu'a ce niveau. Vous me diriez que vous vous etes bien informee sur le Tchad. Permettez moi une fois de vous dire que ces informations sont les armes utilisees comme excuses pour bien maltraiter les Sudistes. Pour preuve, faites un tour au Nord du Tchad, et vous vous rendrez compte que ce que feu Tombalbaye a investit au Nord du Tchad, il l'a pas fait au Sud d'ou il est originaire. Au temps de Tombalbaye, avec les maigres ressources du Pays, les hôpitaux étaient équipés, et beaucoup mieux au Nord qu'au Sud; les écoles avaient toutes les fournitures nécessaires. Pour encourager les Nordistes a aller a l'école, certains élèves du Nord avaient une bourse des la première année du secondaire. Pour ne ce citer que ces examples....
Si vous n'êtes pas du meme avis que moi, vous devriez comprendre qu'au temps de Tombalbaye, les Tchadiens ne connaissaient pas votre language favori "Nordiste-Sudiste". Si favoristisme devrait Y avoir, c'était l'homme qu'il fallait à la place qu'il fallait. Sudiste ou Nordiste, les postes étaient occupes dans l'Administration Tchadienne par mérite. Il n'y avait pas non plus des tueries pour vols des motos au Tchad. C'est dommage qu'aujourd’hui, ce beau pays s'est transforme en territoire des gangs venus de tout horizon pour le piller. Les Tchadiens qui n'arrivent plus a se nourrir, et qui n'ont pas fini d'enterrer tous les jours leurs morts n'ont pas besoin d'un couteau dans leur blessure. Tous les maux du Tchad ont leur raison ailleurs, et la France en sait quelque chose!
Merci,
Une Tchadienne.
Chere Sonia; Je trouve cet
Chere Sonia;
Je trouve cet article objectif et sans parti pris. Il est à saluer qu'une citoyenne française brave le coterie françafricain qui soutient Deby et nous informer avec clarté et précision. Les courtisans du régime essaient par tout moyen pour vous intimider, mais nous vous disons continuer.
50 ans de regrssion d'ignorance et d'intolerance
On peut bien accuser la France d'entretenir les rebellions au Tchad, de faire et défaire les régimes politico-militaire au Tchad mais il y a trop de paramètres qui entre en jeux. Pourquoi c'est toujours les dictatures militaires qui dirigent le Tchad alors que tout a coté (Cameroun Gabon) il y a un semblant de stabilité et de paix. Plus loin en Afrique de l'ouest il y a le Burkina le Mali, Le Sénégal qui bien que sous développes sont stables. Comparer aux colonies britanniques, les colonies française sont bien moins sous développer mais neamoin dans certains il y a la paix et la stabilités quand même. Pourquoi pas au Tchad???
Qui l'as commencer je ne sais pas mais si c'est toujours une seule ethnie qui dirrige et qui occupe tout les postes clefs,sur qui les lois ne s'appiquent pas,il y aura toujours des rencoeur.
On a besoin d'etre eduques et d'etre uni pour amorcer un semblant de devellopement.Le tchad appartient a tout le monde et non aux seules ZAKHAWA essayons d'etablir plus de justice et d'egalites dans la paix bien sure.Trop de tchadients sont morts dans la haine plus jamais ca VOIlA...
Lecture journalistique
Sonia,
Vous prouvez une fois de plus le peu de lecture du problème. Même si vous avez essayée de parler des problèmes coercitifs, il n'en demeure que sur la fin, pourtant vous étiez temoin, vous patinez. Vous dites que sans le Soudan, il ne peut plus y avoir un raid comme ceux d'avril 2006 et fevrier 2008. C'est à voir. Ne vous fiez pas au apparence. C'est plutôt le Soudan qui bloque la possibilité de renversé Déby. Deuxièmement, vous dites que les troupes stationnées au Soudan sont les hommes de Nouri (dont vous aimez faire la promotion), c'est là la grossièreté. Je suis au Darfour et venez voir ce que Nouri et Timan dont vous parlez beaucoup sur RFI ont comme combattants. Leurs hommes plus ceux de Adouma (leur caniche) ne representent même pas 10% sur plusieurs milliers de combattants. C'est une question de temps et reglage. Déby et son soutien les milieux affairistes français oublient un soutien essentiel dans la guerre : La population qui ne se privent pas de presser par des mesures scélérates.
Les cinquante ans
Tchadiens du nord, du sud de l'est ou l'ouest, c'est l'heure de s'unir et de battir ensemble notre chère patrie.
Et a la mère France, svp chère mère ne sois pas injuste avec tes fils et laisse -les grandir.
Le contenu de votre papier
Le contenu de votre papier est partiellement vrai mais je vous concède cela étant donné que vous n'êtes pas tchadienne, et n'avez passé que très peu de temps dans ce pays. Mais à votre place, et compte tenu du professionnalisme qu'exige le métier pour lequel vous vous êtes dévouée, j'aurais titré "Tchad: cinquante ans de rébellion entretenue par la France"
Cessons les accusations inutiles.
Cessons d'accuser chaque fois les occidentaux, particulièrement la France, il faut savoir que les relations entre deux nations, c'est des relations d'intérêts, tant qu'il n'y a pas intérêt, il n'y a pas relations. Ce n'est pas les occidentaux qui demande a nos dirigeants de ne penser qu'a eux au lieu de penser à leur peuple et au développement de leur pays. Mon frère, il faut lire le discours du président Sarkozy qui avait créer trop de polémiques alors que ce qu'il disait est vrai, prend le et lis le et tu comprendras beaucoup de choses.
Balayons devant nos portes
Je partage parfaitement votre opinion et j'ajoute ceci:
1/ Il est vrai, que l’Afrique a subi la traite négrière, la colonisation, le racisme, ... toutes choses qui ont contribuées à son retard.
2/ Il est vrai que la pire des choses qu’un peuple puisse subir c’est sa négation en tant qu’humain, groupe d’humain ayant sa façon de penser, réfléchir, sentir, son mode d’organisation propre qui la distingue peu ou prou d’un autre groupe. Par conséquent, les ex colonies (mais des néo colonies) ne s’identifient qu’au BLANC, ont toujours pour modèle le BLANC. Quand t’as eu le visa pour la France, tu es arrivé, adulé par les autres...
3/ Car, et il est toujours vrai, qu’ils ont travaillé l’esprit de nos aînés pour qu’ils ne se réfèrent qu’à eux, rien qu’eux, toujours à eux.
Mais étant conscient de tout ceci, qu’est ce qui nous empêche de travailler à combattre cet ennemi, l’occident qui n’a pour seul dessein que de dominer les autres en les exploitants, les divisant ?
En fin de compte ne sommes nous pas dans le cours normal de l’histoire, qu’un peuple doit lutter contre les autres pour sa survie ? Avant la pénétration coloniale, les empires en Afrique se faisaient déjà la guerre pour contrôler des ressources, en entretenant la traite, des guerres.
Il est de bon ton de dire aujourd’hui qu’on est afro optimiste. Moi suis sceptique, pessimiste.
Tant que nous ne travaillerons pas sur nous mêmes, n’élimineront pas les ennemies et autres traîtres, nous seront toujours l’objet de domination, d’exploitation, à la traîne et que sais je encore.
Les ennemis des africains sont les africains. Ce n’est ni Obama moins encore les chinois qui nous sortiront de la misère.
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