Léon Mba le président qui ne voulait pas de l'indépendance du Gabon

Léon Mba (1902-1967).
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Il a proclamé l'indépendance du Gabon le 17 août 1960. Et pourtant, il n'en voulait pas. Léon Mba préférait plutôt la «départementalisation», un choix qui devait faire du Gabon un territoire d'Outre-mer. Les partisans de l'indépendance totale ont finalement triomphé. Mais 50 ans après, le Gabon demeure l'un des piliers de la France en Afrique. Léon Mba avait il tort ou raison ?

«Léon Mba n'a jamais été pour l'indépendance. Il voulait maintenir le Gabon sous le giron français» , affirme d'une voix tremblante Hortense Colette Ozounguet, 74 ans, dans une interview à l'occasion de la célébration du cinquantenaire de l'indépendance. Proche de Paul Marie Gondjout, président de l'Assemblée nationale lors de l'accession du pays à la souveraineté internationale, Mme Ozounguet qui était hôtesse pour la délégation belge venue assister à cette proclamation, ajoute qu'à l'heure des choix des symboles de la future République, Léon Mba suggérait l'introduction au bas du drapeau tricolore (vert, jaune et bleu) d'un petit bout du drapeau français.





Les premiers couacs de l'après indépendance

C'est en sa qualité de Premier ministre nommé par l'administration coloniale que Léon Mba proclame l'indépendance du Gabon. Le colon parti, les premières difficultés ne tarderont pas à surgir. Moins de quatre mois après, la bataille fait rage entre Léon Mba, l'Assemblée nationale et les partis politiques. Léon Mba veut un régime présidentiel fort. Le président de l'Assemblée nationale s'y oppose ainsi que le principal opposant, Jean-Hilaire Aubame. Les deux militent pour un régime parlementaire. Le 16 novembre 1960, Léon Mba, sous prétexte d'un complot, décrète l'état d'urgence et ordonne l'arrestation de huit de ses adversaires au sein du Bloc démocratique gabonais (dont Gondjout) malgré leur immunité parlementaire. Le lendemain, il dissout l'Assemblée nationale. Les électeurs sont appelés à voter de nouveau le 12 février 1961.

Pour remporter haut la main ce scrutin, Léon Mba forme avec Aubame une liste d'Union nationale, et rend le vote obligatoire. À l'issue du vote, sa liste remporte 99,75% des suffrages. Le même jour, Léon Mba, candidat unique est élu président du Gabon. Pour remercier Aubame, il le nomme ministre des Affaires étrangères.

Le nouveau chef de l'État fait adopter le 21 février 1961 une Constitution renforçant ses pouvoirs. Le régime tourne vers la dictature. La contestation enfle et le malaise s'installe même si le 9 février 1963, le président gracie les personnalités arrêtées en novembre 1960.

Le coup d'État du 18 février 1964

Dans la nuit du 17 au 18 février 1964, les militaires gabonais dirigés par les lieutenants Jacques Mombo et Valère Essone, arrêtent le président Léon Mba, le président de l'Assemblée nationale Louis Bigman, et plusieurs ministres. «Il n'y avait pas eu un seul coup de feu», témoigne le cinéaste Philippe Maury, unique civil ayant activement participé à ce putsch.

Les putschistes forment un gouvernement provisoire dirigé par Jean-Hilaire Aubame, grand rival du président destitué. Capturé, Léon Mba est confié au sergent-chef Moulopo chargé de le transférer à Ndjolé, fief électoral d'Aubame. Mais du fait de violentes pluies, le président est amené à Lambaréné, à 250km de Libreville.

Le général de Gaulle qui apprécie les privilèges accordés aux Français par Léon Mba

ordonne l'intervention de l'armée française. Les 2 000 soldats français venus de Dakar et de Brazzaville débarquent à Libreville dans la nuit du 18 au 19 février et rétablissent Mba au pouvoir.

«Il était devenu furieux contre ces gens-là, surtout Essone qui était un parent», se souvient la secrétaire particulière de Léon Mba, Joséphine Menguet, dans une récente interview à la télévision nationale.

Dès 1965, les Français cherchent un successeur à Léon Mba, vieillissant et malade. Albert-Bernard Bongo, jeune chef de cabinet du président est nommé le 24 septembre 1965 ministre délégué à la présidence. En août 1966, Mba est hospitalisé à Paris et ne retourne plus au Gabon. Le 14 novembre 1966, Bongo est nommé vice-président à la place de Paul-Marie Yembit par un message radiotélévisé enregistré dans sa chambre de l'hôpital Claude-Bernard à Paris. Une réforme constitutionnelle en février 1967 légitime le dauphin. Des élections législatives et présidentielles anticipées sont organisées le 19 mars 1967. Léon Mba est réélu avec 99,90% des suffrages. Le 27 novembre 1967, Léon Mba meurt à Paris, des suites d'un cancer. Albert-Bernard Bongo lui succède.

Le jeune président, à peine 32 ans, dissout tous les partis politiques et crée le 12 mars 1968, le Parti démocratique gabonais (PDG) qui sera érigé en parti unique. Comme son prédécesseur, Bongo s'appuie sur la France pour consolider son pouvoir qu'il conservera jusqu'à sa mort le 8 juin 2009.

L'ex puissance coloniale exerce une hégémonie dans le pétrole, les mines, le bois et l'assistance technique dans l'administration publique. Le français est la langue officielle du pays. La France est son premier partenaire commercial même si l'offensive chinoise inquiète. L'armée française est solidement implantée dans la capitale gabonaise. La révision des accords de défense des années 60 n'ont pas du tout réussi à démanteler cette base militaire. Au contraire, ses troupes et sa puissance de feu est renforcée. De quoi déduire qu'en voulant faire du Gabon un département français, Léon Mba était visionnaire.

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Le site officiel du cinquantenaire de l'indépendance du Gabon