La Provinciale du Cinquantenaire dresse un état des lieux du Gabon


© Ministère de la Communication (Gabon).

À l’initiative du ministère gabonais de la Communication et à l'occasion du cinquantième anniversaire de l'indépendance, une caravane, sous le nom de La Provinciale du Cinquantenaire, a sillonné le pays du 22 mai au 30 juin 2010. Constituée de 4 équipes de journalistes et d'intellectuels, elle a collecté les témoignages des anciens qui ont marqué l’histoire, permis de faire découvrir les sites historiques et constater le niveau de développement du pays. Jamais la presse nationale n’avait effectué un tel déploiement . Yves-Laurent Goma, correspondant de RFI, a participé à cette opération.

D’emblée, certains Gabonais - y compris moi - pensaient que la Provinciale du Cinquantenaire, de son petit-nom, «Caravane du Cinquantenaire», ne constituait qu'une occasion supplémentaire de «bouffer» l’argent du contribuable. Mais grande fut ma surprise et celle de nombreux autres Gabonais. En fait, nous avons véritablement découvert ou redécouvert notre pays, son histoire -ses histoires- sa géographie, ses traditions grâce à cette initiative.

Sur les lieux de la proclamation de l'indépendance

Les organisateurs ont choisi un site symbolique pour le lancement de la Caravane, le 22 mai dernier : les lieux de la proclamation de l’indépendance. L'endroit même où les 16 et 17 août 1960, Léon Mba et André Malraux, représentant du général de Gaulle, ont salué le nouvel État. À l'époque, l'emplacement était occupé par le bâtiment de l’Assemblée nationale. Il a été rasé il y a longtemps. Aujourd'hui, le site est devenu un terrain vague, faisant face au palais présidentiel.

Les discours du lancement de la Caravane du Cinquantenaire, retransmis en direct par la télévision nationale ce samedi 22 mai, n’ont certes pas passionné les spectateurs. En revanche, la curiosité de tous a été éveillée par la présence d'un ancien, Jean Marc Eko, l'un des députés qui avait participé à la cérémonie d’accession du Gabon à la souveraineté nationale. Âgé de 82 ans, le pas encore alerte et l’expression facile, Marc Eko est monté sur le podium. Sur la veste de son costume, la médaille que Malraux lui avait accrochée ce soir inoubliable.

Ce 22 mai, les jeunes gabonais ont appris que de l’ensemble des députés qui ont assisté aux cérémonies de la déclaration d’indépendance, seul deux sont encore en vie : Jean Marc Eko et Victor Auguste Djaboueni.

Les caravaniers du Cinquantenaire, répartis en quatre équipes, se sont ensuite élancés en direction des neuf provinces.

À la découverte du Gabon

D’un reportage à l'autre,  j'ai découvert une multitude de faits et d'histoires. J'ai appris comment se sont formés les formidables canyons de Léconi dans le Haut-Ogoué (sud-est).

«Une nuit, nos parents qui vivaient dans ce village ont entendu une très grande explosion. Tout le village s’est réveillé. Un tonnerre de poussières montait au ciel aveuglant les villageois. Le lendemain, ils ont constaté un immense trou, devenu les canyons de Léconi», nous a raconté un habitant du village proche de ce site touristique unique au Gabon.

Dans l’Ogooué-Lolo (sud-est), l’équipe de reportage s'est mise sur les traces de l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza. Dans le territoire gabonais, couvert à 85% de forêt tropicale, l’explorateur a suivi le fleuve Ogooué. Ses déplacements l'ont conduit jusqu’au Congo. Cheminant dans les pas du franco-italien, les reporters sont arrivés sur un magnifique banc de sable où Brazza a fait une halte pour prendre son déjeuner.  Ils ont rencontré l'un des descendants du piroguier de l’explorateur, assis sur le caillou qui a servi de table à l’aventurier alors que les enfants plongeaient tranquillement dans les eaux sombres du fleuve.

Dans la province de la Ngounié, au sud, les caravaniers se sont rendus sur la tombe de Nyonda Makita, de son vrai nom Mavouroulou, un guerrier qui a farouchement lutté contre la pénétration coloniale du côté de Moabi. Le guerrier est enterré au milieu d'un terrain vague, au cœur de la ville de Ndéndé. Son petit-fils qui a fait découvrir la tombe aux reporters, était quasiment en larmes.

Dans la même province, nous avons découverts ce qui restait de la base arrière d’un autre célèbre guerrier, Mboumbet Agnangué. Celui-ci était redoutable dans les forêts de Mimongo où il est devenu un mythe. Guerrier des temps modernes, Mbombet avait creusé des tranchées encore visibles et occupait les rives d'un lac pour la préparation de ses fusils. On dit de lui que les balles de ses ennemis ne pouvaient lui percer la peau. Il fut finalement capturé par les Blancs en 1913. Il ne reviendra jamais sur ses terres.

Dr Albert Schweitzer et le Gabon
13-09-2010

Dans la Nyanga, toujours au sud, les reporters sont montés sur les plates-formes pétrolières. Pour les Gabonais lambdas, tout le pétrole gabonais provient de Port-Gentil. Ainsi, la Caravane du Cinquantenaire a-t-elle permis de découvrir les sites pétroliers de Morel & Prom, implantés en pleine forêt, dans la province du Moyen-Ogooué dans le centre du pays.

Dans l’Estuaire comme dans le Woleu Ntem, les reporters ont visité les champs de bataille où combattirent soldats allemands et français, appuyés par les Gabonais pendant la Première Guerre mondiale. L’Allemagne qui avait colonisé le Cameroun, avait étendu son territoire sur une partie du Gabon allant de la province du Woleu Ntem (nord) à l’Estuaire en passant par l’Ogooué-Ivindo et l’Ogooué-Lolo.

Un autre point de vue sur l'Indépendance

Les témoignages de la période de l'Indépendance ont mis au jour plusieurs faits jusque-là restés tabou :  «Léon Mba n'a jamais été pour l'indépendance. Il voulait maintenir le Gabon sous le giron français», a affirmé, à l'occasion d'une interview, Hortense Colette Ozounguet, 74 ans, proche de Paul Marie Gondjout, président de l'Assemblée nationale de l’époque.

«J’étais le financier du coup d’État contre Léon Mba (...) On a fait le coup d’État parce que Léon Mba était un colonisé qui ne pouvait pas mener le pays à l’indépendance souhaitée», a pour sa part revendiqué Philippe Maury, comédien et cinéaste. Il avait toujours admis avoir fait partie du putsch de février 1964 mais sans préciser que c'était en qualité de financier.

Dossier spécial 50 ans des indépendances africaines
© © J-B. Pellerin

«Un concours national avait été lancé pour écrire l’hymne national du Gabon. Il y avait plusieurs concurrents, parmi eux Pierre Claver Akéndéngué. Mais c'est mon père qui a gagné !», se réjouit encore aujourd'hui Claude Damas Ozimo, fils de Damas Aleka, le père de l’hymne national du Gabon.

En bref, la Caravane du Cinquantenaire a été pour moi et certainement pour d’autres, une occasion de réécriture de l’histoire du pays. Le film documentaire, produit à l'issue du périple, devrait en être l’illustration.

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Le site officiel (reportages et vidéos) de la Provinciale du Cinquantenaire.
Présentation du projet La Provinciale du Cinquantenaire (document pdf)

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