Les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla sources de tension entre Rabat et Madrid


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Pour calmer le jeu, après un mois de relations quelque peu tendues entre l’Espagne et le Maroc, le ministre espagnol de l'Intérieur, Alfredo Perez Rubalcaba est en visite ce 23 août à Rabat pour y rencontrer son homologue marocain Taïeb Cherkaoui. Ces crispations sont régulières entre les deux royaumes mais depuis la mi-juillet, les incidents se sont multipliés à la frontière des villes autonomes espagnoles de Ceuta et Melilla.

Melilla et Ceuta sont deux villes espagnoles enclavées dans le territoire marocain, sur la côte méditerranéenne.Tout commence le 16 juillet 2010 avec une altercation entre ressortissants marocains et policiers espagnols : agressions, passages à tabac. Les incidents s'enchaînent, la tension monte, ça tourne en boucle sur les médias. « Violence raciste » accuse Rabat. Madrid s'en défend. Le 12 août, Juan Carlos et Mohammed VI s'entretiennent par téléphone pour calmer le jeu. Même si les tensions sont réelles, il ne faut pas en exagérer l'importance selon le professeur  Ivan Martin, spécialiste des relations Europe-Méditerranée : « Il s'agit d'une crise très limitée. Un peu comme les guerres fleuries. Le feu d'artifice plutôt qu'une crise substantielle dans les relations entre le royaume du Maroc et l'Espagne ».

Tout devrait donc rentrer rapidement dans l'ordre, sauf que la question de Ceuta et Melilla a toujours été, et reste, extrêmement sensible. Les deux villes sont espagnoles depuis près de 500 ans. Mais le Maroc les a toujours considérées comme des « villes occupées », une position sans équivoque exprimée par Khalid Naceri, ministre marocain de la Communication : « Nous les considérons comme des territoires marocains, sous occupation espagnole. Cela est une position constante, de tout temps. Personne ne peut constater qu'à telle ou telle période de l'histoire des relations bilatérales, le Maroc a mis une sourdine à cette revendication ».

« Un obstacle dans les relations bilatérales »

Le professeur Ivan Martin confirme ces exigences marocaines : « Cela fait un peu partie de la nature du système politique et de la légitimité de la monarchie de revendiquer régulièrement cette marocinité. On a là une question qui, probablement, va continuer à réapparaître de temps en temps comme un obstacle dans les relations bilatérales ».

Avec Ceuta et Melilla, pour les Marocains, c'est comme si la décolonisation du pays n'était pas achevée. L’existence de ces deux enclaves permet d'exalter régulièrement les valeurs nationales, tant au niveau du gouvernement qu'au niveau de la société civile. Le moindre incident à un poste frontalier peut prendre des proportions considérables comme on vient de le voir. La semaine dernière, des militants du « Comité national pour la libération de Melilla et Ceuta » ont bloqué les routes d'accès à Melilla, privant la ville de tout produit frais.

L'Espagne défend bec et ongles ses positions

Malgré les tensions, il est toutefois très peu probable que ces deux villes passent sous souveraineté marocaine. L'Espagne n'y a aucun intérêt. Le gouvernement de Madrid y aurait plus à perdre qu'à gagner. C’est pourquoi, l'Espagne défend bec et ongles ses positions. Déjà, en 2002, l'armée espagnole était intervenue pour déloger les douaniers marocains d'un tout petit îlot désertique sous sa souveraineté. Un éventuel référendum verrait la victoire du statu quo estime Ignacio Cembrero, journaliste à El Païs.

« Vous avez une population, comme c'est le cas aussi à Gibraltar, qui ne veut absolument pas être marocaine, comme les habitants de Gibraltar veulent rester britanniques et non pas être espagnols. De toute façon, assure Ignacio Cembrero, il y a eu à un moment donné des partis politiques locaux créés dans les deux villes qui prônaient le rattachement au Maroc. Si mes souvenirs sont bons, ils n'ont jamais recueillis plus de 200 voix ».

Au-delà de ces crispations passagères et des revendications territoriales, les relations Maroc-Espagne sont de plus en plus fortes et étroites comme le rappelle le professeur Ivan Martin : « L'étendue des relations s'est beaucoup approfondie avec l'arrivée au pouvoir de Mohamed VI. Il ne faut pas oublier que maintenant, on a 700 000 résidents marocains en Espagne. Il ne faut pas oublier que le commerce bilatéral a triplé en l'espace de dix ans ».

Espagne et Maroc sont condamnés à s'entendre et à travailler main dans la main. Aujourd'hui, les ministres vont donc se parler : terrorisme, immigration illégale et trafic de drogue figurent au menu de la rencontre. Le climat sera au pragmatisme, même si de chaque côté de la Méditerranée, chaque royaume continuera à camper sur ses positions territoriales.
 

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