Un rapport de l’ONU fait l’inventaire de 10 ans de crime en RDC


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Une radiographie de 10 années de guerre en RDC : c’est le rapport que devrait publier, en septembre 2010, le Haut-Comissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH). Un rapport dont le journal Le Monde s’est procuré une version quasi-définitive et dont il donne les grandes lignes dans son édition datée du 27 août 2010. Pas de chiffres clairs en ce qui concerne le nombre de victimes entre 1993 et 2003 mais l’enquête de 600 pages rassemble des éléments inédits et accablants concernant les crimes commis durant cette période et notamment sur des faits de génocide qui auraient pu être commis au Congo entre 1996 et 1998 par des militaires rwandais ou soutenus par le Rwanda.

Le pré-rapport baptisé projet « Mapping » lance des accusations très lourdes contre Kigali. Cité par Le Monde, il parle de crimes contre l'humanité, de crimes de guerre voire de génocide. Ce document, dont la sortie est programmée en septembre et donc pas encore validée par les instances onusiennes, parle d'attaques systématiques et généralisées contre les hutus réfugiés en RDC.

A cette époque, peu après le génocide des Tutsis au Rwanda, ils sont plus d'un million de Hutus à avoir fui le pays suite à la victoire du Front Patriotique Rwandais de Paul Kagamé. Ils s'entassent dans des camps le long de la frontière. Des sites qui servent également à abriter et à recruter d'anciens génocidaires hutus.

En 1996, l'armée rwandaise entre dans l'Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo, une nouvelle coalition créée avec à sa tête le Congolais Laurent-Désiré Kabila, futur tombeur du maréchal Mobutu. Et sous couvert de l'alliance, les soldats rwandais auraient alors traqué les réfugiés. Attaquant les camps, bloquant l'aide humanitaire, les tuant le plus souvent à l'arme blanche.

Le pré-rapport du HCDH parle du plus grand nombre d'incidents violents de la décennie, d'attaques méthodologiques, préméditées contre les Hutus dépistés sur une vaste étendue du territoire.

Selon le journal Le Monde, Kigali aurait tenté d'étouffer le rapport. Paul Kagamé aurait même menacé Ban Ki-Moon, le secrétaire général de l'ONU, de retirer les troupes rwandaises des missions de maintien de paix. Il faut savoir que le Rwanda est l’un des plus gros contributeurs africains de casques bleus avec un déploiement de plus de 3 000 hommes, au Darfour notamment.

Mais le Rwanda n’est pas le seul Etat mis en cause dans ce rapport. Au moins huit armées nationales ont pris part à la seconde guerre de RDC entre 1998 et 2003. Et c’est sans compter les actes commis par près d’une vingtaine de groupes armés irréguliers. Le Monde évoque notamment l’Ouganda et l’Angola.

L’Angola qui est accusé d’avoir profité de la présence de ses forces armées à Kinshasa en 1997 pour exercer une répression sur les populations de l’enclave de Cabinda (située au sud de l’Angola) réfugiées au Congo. Et en 1998, Selon le rapport, les Forces armées angolaises (FAA) « procédaient systématiquement à une opération de ratissage et exécutaient tous ceux qu’elles soupçonnaient de collusion avec leurs ennemis. Les FAA en profitaient pour violer des femmes et piller des maisons ».

Un rapport où l’on ne retrouve aucun nom d’auteurs présumés de massacres. Et qui pour le HCDH n’a pas vocation à incriminer directement mais à servir de base pour d’éventuelles poursuites judiciaires. Mais la question est de savoir quelle structure pourrait par la suite enquêter sur ces révélations ? Probablement pas la Cour pénale internationale puisque ces crimes ont été commis avant sa création, en juillet 2002, et échappent ainsi à sa compétence.

Suite à la publication du Monde, l’ONU a réagi. Expliquant qu’il ne s’agissait encore que d’un projet et que certains éléments rendus publics étaient « faux » sans pour autant les détailler.