« Génocide » en RDC : le rapport de l'ONU dérange


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Y-a-t-il eu des crimes contre l'humanité, des crimes de guerre, voire des actes de génocide en République démocratique du Congo à partir de 1993 ? C'est ce qui ressort d'un pré-rapport, encore confidentiel, du Haut commissariat de l'ONU aux droits de l'homme, révélé par Le Monde.


Avec notre correspondent à New York, Philippe Bolopion

Le Rwanda n’a pas hésité à menacer l’ONU : si le rapport sortait ou « fuitait », avait prévenu Kigali, les casques bleus rwandais seraient retirés des opérations de maintien de la paix. Au siège de l’ONU à New York, la menace est prise au sérieux.

Il y a plus de 3 300 casques bleus rwandais au Darfour et leur départ serait difficile à combler. Ce qui irrite le plus le Rwanda dans le rapport c’est l’utilisation du mot génocide pour décrire les crimes commis par son armée et ses alliés congolais dans l’est de la République démocratique du Congo entre 1996 et 1998. Le Front patriotique rwandais (FPR) pourchassait alors dans les camps hutus d’anciens responsables du génocide de 1994 qui avait fait près de 800 000 morts principalement tutsis. Dans de nombreux villages des milliers de réfugiés hutus sont à leur tour massacrés parfois à coup de marteau ou de hache.

Un terme lourd de symboles

Selon la version que s’est procurée le quotidien Le Monde, mais qui a été modifiée selon l’ONU, ces attaques systématiques et généralisées pourraient, si elles étaient prouvées devant un tribunal compétent, être elles-aussi qualifiées de génocide. Le terme, lourd de symboles, fait mal à Kigali. Le cabinet du secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, est lui dans l’embarras. Il a mis en garde les auteurs du rapport contre l’utilisation du mot génocide en leur demandant de vérifier leur base juridique.

Nous sommes convaincus que c'est la fin de l'impunité qui marquera le début de l'ère du développement dans notre pays et sur tout le continent.
Le ministre congolais de la Communication Lambert Mendé
16-10-2013 - Par Sébastien Nemeth

ONU et Rwanda : une histoire tourmentée

Les griefs des autorités rwandaises étaient déjà sévères. Kigali a toujours accusé l’ONU de ne pas avoir empêché le génocide de 1994. Les autorités reprochent aussi au Haut commissariat aux réfugiés (HCR) d’avoir ensuite laissé les anciens génocidaires militariser les camps de réfugiés de l’est de la République démocratique du Congo (RDC), s’y entrainer, y distribuer des armes.

L’intervention du Rwanda en RDC était une question de survie, affirme le communiqué du gouvernement rwandais, qui juge les accusations de l’ONU inacceptables. Le pire, aux yeux du Rwanda, c’est surtout l’idée que le terme de « génocide » puisse être utilisé pour des crimes commis dans l’Est de la RDC. « Les opérations, nous les menions contre les interahamwes, par contre les Hutus, sinon, nous aurions aussi tué ceux qui rentraient au Rwanda », se défend-on dans l’entourage du président Kagame.

Kigali a essayé d’étouffer ce rapport. Les autorités ont même menacé le secrétaire général de l’ONU de retirer les soldats rwandais participant aux opérations de maintien de la paix. Le pays mettra t-il ses menaces à exécutions ? L’ONU n’y tient pas. Le Rwanda joue un rôle important. Au Darfour, notamment. C’est un rwandais qui commande la force de la mission ONU / Union africaine, à laquelle 3 300 soldats participent et comptent parmi les plus efficaces. De source onusienne, ils seraient très bien formés, équipés et motivés.

RFI

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