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Article publié le : mercredi 08 septembre 2010 - Dernière modification le : mercredi 08 septembre 2010

En Algérie, le film « Des hommes et des dieux » ne déchaîne pas les passions

Lambert Wilson, Jean-Marie Frin et Philippe Laudenbach dans «Des hommes et des dieux» de Xavier Beauvois.
Lambert Wilson, Jean-Marie Frin et Philippe Laudenbach dans «Des hommes et des dieux» de Xavier Beauvois.
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Par RFI

Récompensé par le Grand prix du jury à Cannes cette année, le film de Xavier Beauvois Des hommes et des dieux sort ce mercredi 8 septembre 2010 sur les écrans français. En Algérie, où le film n'est pas programmé, cette affiche est quasiment un non-évènement. L’évocation d’une possible autre version de cette tragédie irrite les autorités et la presse. Les faits tragiques remontent à 14 ans et la tendance est à l’oubli de cette sanglante période durant laquelle des dizaines de milliers d’Algériens ont aussi perdu la vie.

L’assassinat en 1996 des sept moines du monastère de Tibéhirine, à Médéa ( à une centaine de km au sud-ouest d’Alger), avait ému les Algériens qui, tous les jours, subissaient alors la violence terroriste. Le fait que cet évènement tragique ait inspiré un film ne suscite pas de réaction particulière au sein de la population. D’abord parce qu’il n’est pas programmé en Algérie, qu’on n’en parle pas spécialement, et aussi parce que l’on tend surtout à vouloir tourner la page de la sombre décennie 1990.

 

Une seule réaction pour le moment : le quotidien El Watan s’insurge contre le réalisateur Xavier Beauvois qui déclare dans les colonnes d’un journal français qu’il « penche pour l’hypothèse de la bavure de l’armée algérienne ». Il n’y a pas d’hypothèse qui tienne souligne-t-on, ici. C’est le GIA le responsable de ces crimes.

Ce film pourrait réactiver la polémique dans un contexte où les militants algériens des droits de l’homme dénoncent une poussée de l’intolérance vis-à-vis de la liberté de culte et de conscience. Dans le pays à 90% musulman, on estime la communauté chrétienne, en majorité catholique, à environ 25 000 membres, en grande partie des expatriés et des étudiants.

Le Père Armand Veilleux est l'Invité Afrique de ce mercredi 8 septembre

Responsable de l'ordre des Cisterciens, il a vu les moines de Tibéhirine deux mois avant leur massacre.

Eux pouvaient choisir de partir. Mais le peuple ne le pouvait pas. Pour eux, partir à ce moment là, simplement parce qu’il y a un certain danger aurait été une lâcheté… Ils incarnaient l’idéal qu’avait eu le cardinal Duval, l’archevêque d’Alger au moment de l'indépendance. Il avait toujours cru à la possibilité de vivre ensemble, Algériens et étrangers, chrétiens et musulmans dans la fraternité… Ils évaluaient constamment le danger, et ils étaient décidés à partir si vraiment le danger semblait imminent... si bien que chacun avait une petite valise prête pour partir tous ensemble… Ils disaient qu’il y avait une certaine crainte, mais une crainte avec laquelle ils étaient capable de vivre… Le témoignage du colonel Bugwalter( qui implique l’armée algérienne dans le massacre des moines de Tibéhirine) a été pris au sérieux. Cela a conduit à ce que le secret défense sur quelques documents soit levé. Et cela apporte déjà plus de lumière, même si probablement, on ne saura jamais toute la vérité. Mais graduellement, des pans de vérité se révèlent… On aimerait qu’à un moment donné, le temps ayant passé suffisamment, on nous dise exactement ce qui a été fait, ce qui a été tenté, et pourquoi cela n’a pas réussi...

 

07/09/2010 par Christophe Boisbouvier

tags: Algérie - Cinéma - France - Terrorisme
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