Course aux terres arables : un rapport alarmant


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La mainmise des investisseurs sur les terres cultivables s’accentue dans les pays en développement, notamment en Afrique. Un rapport de la Banque mondiale, publié mercredi 8 septembre 2010, dresse un tableau inquiétant de cette ruée vers la terre.

Depuis la forte hausse des matières premières agricoles qui a provoqué les émeutes de la faim en 2008, le rachat des terres arables est devenu la priorité de nombreux pays pour assurer leur autosuffisance alimentaire. Selon le rapport de la Banque mondiale intitulé  Rising Global Interest in Farmland : Can it yield sustainable and equitable benefits, 45 millions d’hectares ont fait l’objet de transactions en 2009 contre 4 millions entre 1998 et 2008.
 
Au premier rang des acheteurs, on retrouve les pays fortement peuplés et dont les surfaces agricoles sont insuffisantes comme la Chine, le Japon et la Corée du Sud. Depuis 2007, Pékin a ainsi déboursé plus de 2 milliards d’euros pour acquérir des terres et produire des denrées qui manquent en Chine : riz, maïs, soja. Viennent ensuite les pays pétroliers riches, comme l’Arabie Saoudite et les Emirats arabes unis. La plus grande partie de ces rachats est destiné à produire de la nourriture (40%) et des biocarburants (35%).
 
La terre, nouvel actif spéculatif
 
Du côté des vendeurs, le continent africain est en tête, suivi par l’Asie, l’Amérique latine et l’Europe de l’Est. En Afrique, l’Ethiopie (3,2 millions d’hectares au cours des cinq dernières années), le Soudan et le Mozambique sont les pays qui vendent le plus, suivis par la Tanzanie, le Ghana, la Namibie et le Cameroun. En Asie, les trois plus gros acquéreurs sont l’Indonésie, les Philippines et l’Australie. En Amérique latine, le Brésil, l’Argentine et le Paraguay.
 
Derrière ces rachats de terre par les gouvernements, on trouve également des entreprises privées comme, par exemple, les géants de l’agro-business qui cherchent à développer leurs activités ou bien encore des fonds de pension et des grandes banques qui ont trouvé dans la terre un nouvel actif spéculatif.
 
Des dommages pour les populations locales
 
Si le rapport de la Banque mondiale souligne quelques réussites en Amérique latine (transferts de technologie, hausse de la productivité au Pérou et au Brésil), il dénonce aussi les dommages faits aux populations locales, surtout en Afrique, qui perdent leurs droits sur les terres qui les font vivre. Souvent en Afrique, l’Etat est propriétaire de la terre et les paysans n’ont que les droits d’usage. Les gouvernements peuvent donc céder la terre aux investisseurs étrangers.
 
Ce n’est pas une surprise, bon nombre d’organisations non gouvernementales ont déjà dénoncé ces délocalisations agricoles comparables aux délocalisations industrielles. Les emplois détruits, en particulier pour ceux qui perdent leur outil qu’est la terre, sont bien plus nombreux que les emplois créés. Les infrastructures construites par les pays acquéreurs sont le plus souvent orientées vers l’exportation des productions et non vers la satisfaction des besoins des populations. Des populations qui commencent à réagir. La tentative avortée du groupe sud-coréen Daewoo de louer 1,3 million d’hectares de terres agricoles à Madagascar à un prix très bas est devenue le symbole de cette lutte.
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Pour en savoir plus :
Le rapport de la Banque mondiale
« Rising Global Interest in Farmland : Can it yield sustainable and equitable benefits » (L’intérêt croissant pour les terres agricoles dans le monde peut-il générer des bénéfices équitables à long terme ?)