La bourse du travail de Bamako, temple historique de la contestation au Mali

La Bourse du travail de Bamako
© RFI

Le Mali fête, ce 22 septembre, le cinquantenaire de son indépendance. A Bamako, la Bourse du travail est, depuis des décennies, le symbole de toutes les luttes : lutte contre le colonisateur, contestation de la dictature de Moussa Traoré en 1991 et, bien sûr, défense des droits sociaux. Reportage.

De notre correspondant à Bamako

Dans la cour de la bourse du travail de Bamako, des tentes de fortune installées depuis plusieurs mois. « Nous sommes des travailleurs d’une société injustement compressés », explique un quinquagénaire, l’air plutôt fatigué. « Mais pourquoi c’est ici que vous faites un sit-in, et non sur votre lieu de travail », ose le journaliste ? « Parce qu’au Mali quand vous voulez faire aboutir une revendication, quand vous voulez vraiment donner de la voix, c’est ici qu’il faut venir », explique, un peu nerveux, Ousmane Coulibaly, devenu « chômeur » à cause d’un licenciement « abusif ».

L’endroit ne paie pas de mine. Le bâtiment est vétuste. Mais les murs délavés parlent. Des banderoles blanches, rougies par des slogans de revendications de droits des travailleurs, sont visibles. Parmi les « trophées » accrochés dans les vestiaires de ce qui reste un symbole de la contestation au Mali, il y a la chute du général Moussa Traoré en 1991.

Dossier spécial 50 ans des indépendances africaines
© © J-B. Pellerin

Tibou Telly, actuel secrétaire général de l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM, principale centrale syndicale au Mali ) s’en souvient : « Pour la chute du général Moussa Traoré le 26 mars 1991, tout s’est noué à la bourse du travail de Bamako. Militants, hommes politiques et militaires, dont un certain Amadou Toumani Touré [actuel Président de la République du Mali, et auteur du coup d’état de mars 1991 qui a balayé le régime du parti unique ], tous les membres du mouvement démocratique malien, se donnaient rendez-vous à la Bourse du travail ».

C’est là où des milliers de militants décidés à voir tomber le régime venaient donner de la voix. « La bourse du travail est un endroit magique. Elle a été bénie par nos ancêtres. Au Mali, il y a une espèce de malédiction qui frappe tous les gouvernants dont le foyer de contestation se trouve à la bourse du Travail », dit –il.

50 ans de revendications

Salariés, licenciés en colère à la Bourse du travail de Bamako, en mars 2010 © JournalduMali.com

En cinquante ans, l’endroit a reçu beaucoup de monde : enseignants, miniers, petits fonctionnaires, etc… Au rez-de chaussé du bâtiment, quelques bureaux. Devant l’un d’eux, Amadou Diallo, enseignant avoue : « C’est ici dans les années 70 que,  discrètement avec des camarades, je faisais des tracts, avant d’inonder la ville de ces papiers au contenu incendiaire. »

« Nous fêtons cinquante ans de revendication », affirme les yeux pleins de mélancolie Ibrahim Cissé, un ex-cheminot. Syndicaliste jusqu’au bout des doigts, il a de qui tenir. Son père Boubacar a ferraillé contre l’administration coloniale. Lui a repris le témoin pour en découdre avec les différents pouvoirs qui se sont succédé depuis les indépendances au Mali.

La vie du travailleur malien cinquante ans de lutte ? Siaka Diakité, actuel président de l’UNTM, la voix grave se dresse : « D’ici, de ce temple qu’est la bourse du travail, nous avons quand même eu des acquis. Il y a eu des augmentations de salaire et nous avons actuellement un document cadre que nous avons élaboré, après discussion avec le gouvernement, pour améliorer la vie des travailleurs maliens », ajoute t-il. Tibou Telly, bondit. Il approuve les propos de M. Diakité, mais il estime que « la lutte doit se poursuivre, jusqu’à la satisfaction totale des revendications des travailleurs maliens ».

«Le premier syndicaliste s'appelle Modibo Keita»

À consulter

Programme du 20/9/2010
Maliblog, blog de Thierry Perret

« Il faut classer la Bourse du travail parmi les monuments historiques du Mali !», lance de son côté l’historien malien Idriss Diarra, venu apporter son soutien aux grévistes. « Sans les syndicalistes, le Mali n’aurait pas eu son indépendance. Le premier syndicaliste s’appelle Modibo Keita, le père de l’indépendance du Mali », ajoute t-il, estimant par ailleurs que pour « ce que la bourse du travail représente dans la mémoire collective, il faut profiter dans le cadre de la célébration du cinquantenaire de l’indépendance pour rendre hommage aux murs des lieux ».

Quelques instants après ces mots, deux étudiants maliens entrent dans la cour. Ils sont venus apporter « leur contribution » à la lutte des organisateurs du sit-in : un billet de mille fcfa. « Vous savez, à un moment donné au Mali, les syndicalistes étaient frileux vis-à-vis du pouvoir, s’ils n’étaient pas les dévots de ce pouvoir. Mais depuis que les syndicalistes ont été le fer de lance de la chute d’un pouvoir au Mali, venir ici à la bourse du travail, c’est avoir plus que de l’espoir en notre pays. Je souhaite bonne fête à la bourse du travail, à ces ‘ habitants du jours’ », signe Amadou Ballo, l’un des deux étudiants.

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