Le Mali, entre richesse et pauvreté


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Cinquante ans après les indépendances, le Mali demeure un des Etats les plus pauvres du monde, mais il fait figure de modèle en Afrique en matière de démocratie. Sa très grande richesse historique et culturelle, son potentiel touristique, sont d'indéniables atouts, bien qu'encore insuffisamment exploités. Les récentes attaques terroristes et prises d'otage dans le nord, même si elles ne touchent qu'une partie excentrée du territoire, risquent toutefois de brouiller l'image du pays. 

L'espace et l'histoire ont façonné le Mali et ont donné sa forte identité à ce vaste pays enclavé (1 240 000km2), en grande partie désertique, où la vie est étroitement liée à la présence, sur 1 780 km du fleuve Niger. Son bassin et celui du fleuve Sénégal constituent un potentiel hydrologique exceptionnel, et concentrent une population (Plus de 14 millions d'habitants) qui demeure parmi les plus pauvres au monde : plus de la moitié des Maliens vivent en dessous du seuil de pauvreté, avec un PIB (produit intérieur brut) par habitant de 290 dollars en 2004.

par le Théâtre de l'Écluse (vidéo).

Après l'empire ancien du Ghana (IVe - VIIIe siècle) qui s'étendait sur une grande partie du Mali et de la Mauritanie actuels, l'entrée dans l'histoire se fait au XIIIe siècle avec Soundiata Keïta, fondateur de l'empire du Mali, dont l'épopée est toujours contée de nos jours. L'empire, où l'islam commence à se diffuser, atteint son apogée sous le règne de Kankan Moussa (1312-1337), rendu célèbre par son pèlerinage fastueux à La Mecque.

Au XIVe siècle,  le royaume songhaï prend la relève, avec les empereurs Sonni Ali Ber (Sunni Ali Ber) et l'Askia Mohammed : le centre de gravité politique est alors déplacé vers Tombouctou et Gao, et les villes deviennent d'importants centres économiques et religieux. On assiste plus tard (XVIe-XIXe siècle) à l'émergence des royaumes bambaras ou peuls, jusqu'à l'arrivée des Européens.

La progression de ces derniers suit de peu la grande épopée d'El Hadj Omar Tall qui, au nom du djihad,  reconstitue un empire qui ne lui survivra pas. La résistance au colonisateur s'incarne enfin avec Samory Touré (1880-1898), dernière grande figure de mémoire que se partagent la Guinée et le Mali actuels.

Les Français constituent en plusieurs étapes la colonie du  Haut-Sénégal-Niger, puis du Soudan, intégrée en 1895  à l'Afrique occidentale française, avec Bamako pour chef-lieu en 1907, et construisent quelques grandes infrastructures (voie ferrée Dakar-Niger en 1923, lancement en 1925 des aménagements irrigués de l'Office du Niger). Une importante littérature, notamment ethnographique, prend le Soudan occidental pour étude, qui devient une des régions d'Afrique subsaharienne les mieux connues. L'administrateur Maurice Delafosse restitue l'histoire ancienne de la région, l'ethnologue Marcel Griaule rend célèbres les Dogons; en 1927, Albert Londres passe au Soudan et publie Terres d'ébène, un réquisitoire grinçant contre la colonisation.
Bien plus tard, avec verve et humour, Amadou Hampâté Bâ transcrira ses souvenirs d'enfant, puis d'auxiliaire de la colonisation, proposant une vision à la fois critique et nuancée du système colonial.

4 avril 1960
16-10-2013 - Par Service Documentation RFI

La revendication en faveur de l’indépendance est cependant progressive. C'est à Bamako que se constitue en 1946 le Rassemblement démocratique africain, mouvement de caractère fédéral, comptant dans ses rangs Félix Houphouët-Boigny ou Modibo Keïta*. Ce dernier devient président du Mali indépendant en septembre 1960, après l'échec d'une Fédération du Mali qui devait réunir Sénégal et Soudan.

Modibo Keïta, qui se distingue dans ces années-là comme un promoteur du mouvement des Non-alignés, imprime une orientation socialiste très volontariste à son pays, mais échoue à développer sur un mode dirigiste l'économie.

La dictature de Moussa Traoré

Un putsch est mené en 1968 par de jeunes officiers, parmi lesquels s'impose le lieutenant Moussa Traoré. Pour plusieurs décennies s'instaure sous sa houlette un régime arbitraire, qui tente de se donner une légitimation au début des années 1980 avec la création de l'Union démocratique du peuple malien (UDPM, parti unique).

19 novembre 1968
16-10-2013 - Par Service Documentation RFI

L'opposition est réduite au silence et à la clandestinité.

A la fin des années 1980, face à la montée du mécontentement, et alors que l'armée est aux prises avec la rébellion touareg, Moussa Traoré consent une timide ouverture et laisse paraître les premiers journaux indépendants. Mais il refuse le multipartisme réclamé par les forces démocratiques naissantes (des associations à caractère politique sont créées en 1990-91). Il est emporté par la violence de la répression contre les manifestations populaires, notamment étudiantes, qui au terme des journées sanglantes de mars 1991 conduit le colonel Amadou Toumani Touré à le déposer. Celui-ci propose à la société civile et aux partis naissants une formule d’association au pouvoir (dans le cadre d’un Comité de transition pour le salut du peuple - CTSP) qui donnera son allure très originale à la transition malienne. Les institutions sont réformées, une conférence nationale est organisée, un compromis permet de réduire progressivement la rébellion touareg (pacte national d'avril 1992) et les premières élections multipartites portent au pouvoir Alpha Oumar Konaré et son parti, l'Adéma, en 1992.

Les années Konaré

De grands procès expiatoires contre l'ancien régime conduisent à la condamnation à mort de Moussa Traoré, mais la sentence n'est pas exécutée et celui-ci est finalement grâcié. Les années Konaré (il est réélu en 1997 et quitte le pouvoir en 2002) sont marquées à la fois par une assez grande instabilité - spécialement dans le milieu scolaire et estudiantin- au plan social, et par un ancrage des institutions de la démocratie, tandis que le Mali retrouve une voix sur la scène internationale.

Au chapitre économique, un effort notable est porté sur les infrastructures, notamment le développement des routes et des télécommunications, mais les gouvernements successifs peinent à réformer les secteurs sociaux et à mettre en oeuvre une véritable relance, qui se heurte à l’inertie des acteurs économiques et à la corruption.

La question touarègue

Les élections de 2002 marquent le retour au pouvoir d’Amadou Toumani Touré (surnommé "ATT")  dans une configuration politique nouvelle : alors que le principal parti, l’Adéma, a éclaté, des coalitions émergent auxquelles  le nouveau chef de l’Etat propose un consensus. Un gouvernement d’union est formé en novembre 2002 regroupant tous les groupes parlementaires. Jugée peu viable par certains observateurs, la formule réussit cependant à se pérenniser et un nouveau gouvernement peut être constitué en mai 2004 dans le même décor consensuel.

Forcé de composer avec l’ensemble des composantes politiques, "ATT" peut alors faire valoir que le consensus a permis au pays de retrouver une stabilité appréciable et il est réélu en avril 2007 avec un score confortable (68,3% des suffrages) devant son adversaire politique, le président de l'Assemblée nationale Ibrahim Boubacar Keïta. Aux élections législatives du mois de septembre, la coalition des partis, Alliance pour la démocratie et le progrès remporte la majorité des sièges. 

Cependant, le pays touareg est en ébullition en dépit des accords signés à Alger (2006). En août 2007, la rébellion reprend ses attaques à la frontière avec l'Algérie et celle du Niger. Une quarantaine de soldats maliens sont pris en otage. Le gouvernement malien demande au leader de l'Alliance démocratique du 23 mai 2006 pour le changement  (mouvement touareg) Iyad Ag Ghaly de trouver un compromis avec Ibrahim Ag Bahanga, le chef des rebelles (La peur de la scission. Article RFI du 3/9/2007). Les affrontements reprennent en mars-mai 2008. Une commission d'apaisement et de dialogue est mise en place. Ibrahim Ag Bahanga se retire en Libye. En 2009, les rebelles remettent leurs armes lors d'une cérémonie officielle. Les autorités relancent des activités de développement dans le nord, organisent un recensement général de la population en même temps que des élections municipales et locales. Mais la question touarègue fragilise la région.

Le Nord du Mali est devenu ces dernières années le refuge de plusieurs groupes armés (Attaque touarègue d'un poste militaire près de la Mauritanie. Article RFI 21/12/2008), mais en particulier d'Aqmi (al-Qaïda au Maghreb islamique). Des touristes autrichiens, enlevés en Tunisie le 22 février 2008, y seront détenus jusqu'au 31 octobre de la même année. Deux diplomates canadiens, enlevés au Niger le 14 décembre, sont également libérés dans le nord du Mali. L'armée malienne contre-attaque et fait front commun avec ses voisins contre le mouvement terroriste. La situation est toujours préoccupante. Le climat politique est à l'effervescence. L'année 2011 est une année électorale.

Un manque de compétitivité économique chronique

"Grand Reportage"
16-10-2013 - Par Sébastien Nemeth
L’économie malienne a été très affectée par les turbulences dans le secteur du coton, dont le pays est devenu le premier producteur d'Afrique subsaharienne.

Seconde ressource d’exportation du pays, le coton emploie plus de 25% de la population active. Les effets conjugués de la chute des cours mondiaux, de la crise ivoirienne, de la hausse des cours du pétrole, ou encore de difficultés périodiques comme les invasions acridiennes ou la baisse de pluviométrie, ont menacé une croissance, quasi nulle en 2001, qui est remontée progressivement mais reste faible. Le retard pris dans la privatisation de la filière a privé le Mali de soutien  financier.
 
L’or, qui a connu un développement important, est devenu la première ressource d’exportation du Mali.


Si le climat général est favorable aux investissements, alors qu’un ample mouvement de privatisation a été engagé depuis la fin des années 80, des handicaps demeurent : comme la faible productivité des Maliens, l’absence de travailleurs qualifiés, et l’opacité dans la gestion. Le secteur de la santé et celui de l’éducation restent un maillon faible du développement, et le PNUD classait le Mali, dans son Indicateur du développement humain, au 178e rang sur 182, en 2009.
 

Un des atouts du Mali est sa grande richesse culturelle. Elle peut constituer à terme une importante ressource économique.
Caractérisé par l’ancienneté et la diversité de son patrimoine artistique et littéraire, le Mali est l’un des rares pays africains à avoir conservé des traces significatives d’architecture ancienne.
La production littéraire n’est pas seulement orale (Epopée de Soundiata, Geste de Segou…), et la mise en valeur des manuscrits anciens recueillis dans les centres de culture musulmans a commencé, avec notamment l’appui de l’Afrique du Sud.
A l’époque récente, la littérature (avec Amadou Hampâté Bâ ou Massa Makan Diabaté, et plus récemment Moussa Konaté) et le cinéma (Souleymane Cissé, Cheikh Oumar Cissokho) ont connu une production significative. Mais c’est surtout la musique qui a porté les artistes maliens vers les sommets de la reconnaissance internationale (Salif Keita, Ali Farka Touré, Rokia Traoré, Amadou et Mariam…). Des actions multiples ont été conduites, malgré la modicité des moyens, en matière de politique culturelle, notamment à l’initiative d’Alpha Oumar Konaré (Grande rencontre des chasseurs d’Afrique de l’ouest en 2000, rénovation du musée national du Mali à Bamako) et de ministres de la Culture à la forte personnalité, tels Aminata Traoré et Cheikh Oumar Cissokho; ces actions conjuguées aux efforts des acteurs privés tendent à faire du Mali un lieu important de rencontres culturelles (Rencontres de la photographie de Bamako, festival littéraire des Etonnants voyageurs)



 
Source: Les 100 clés de l'Afrique, Philippe Leymarie et Thierry Perret, Hachette Littérature/RFI, 2006. Actualisation: Serge Daniel et Marion Urban
 
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* «Une Afrique divisée offrira inévitablement un champ favorable à la misère, au désordre et compromettra gravement la paix du monde» (transcription du discours de Modibo Keïta du 4 avril 1960)

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