L'ONU accuse l'armée rwandaise d'exactions en RDC de 1993 à 2003

Des réfugiés hutus rwandais arrêtés sur le bord de la piste menant à Kisangani, le 14 mars 1997
© AFP / CHRISTOPHE SIMON

Avant la publication du rapport final de l'ONU, prévue le 1er octobre, RFI vous dévoile le contenu du rapport préliminaire. Ce document de 516 pages qui couvre la période allant de 1993 à 2003, soit dix années d'horreur dans l'ex-Zaïre établit l'implication de l'armée rwandaise, aux côtés de Laurent Désiré Kabila. Les enquêteurs décrivent dans le détail la chasse aux réfugiés hutus rwandais, massacrés par dizaines de milliers.

Dans le chapitre consacré aux exactions contre les réfugiés hutus rwandais entre 1997 et 1998, les enquêteurs de l'ONU décrivent les méthodes des soldats de Laurent-Désiré Kabila, épaulés par des éléments de l'armée rwandaise. Ces actes de violence ont été commis notamment à Tingi-Tingi, une clairière dans la province du Maniema, abritant prés de 120 000 réfugiés.

Dans la matinée du 1er mars 1997, des soldats de l’AFDL (Alliance des forces démocratiques pour la libération) et rwandais pénètrent dans le camp. Plusieurs centaines de réfugiés sont tués à coups de couteau. Dans l'après-midi, les troupes de Laurent-Désiré Kabila et les soldats rwandais ouvrent le feu sur une colonne de réfugiés en fuite. Plusieurs centaines d'entre eux sont abattus par balles.

Dans la région de Kisangani, en avril 1997, dans le camp de Kasese, les enquêteurs de l'ONU affirment qu'en présence de plusieurs hauts responsables de l'APR, l'armée patriotique rwandaise, 200 réfugiés hutus sont massacrés. Selon les auteurs du rapport, le bulldozer d'un exploitant forestier est même réquisitionné pour creuser des fosses communes.

Y a t il eu « intention de détruire, totalement ou en partie, un groupe ethnique ? » cette question posée dans le rapport a déclenché l'ire des autorités de Kigali, car le crime de génocide peut dans ces conditions être établi.


« Une impunité quasi totale »

Ce rapport est un voyage au bout de l'horreur : viols collectifs, incestes forcés, mutilations sexuelles, éventration. Pour les enquêteurs de l'ONU, les femmes ont été les principales victimes de ces dix années de guerre.

Tous les hommes en armes : soldats gouvernementaux, miliciens Maï-Maï, miliciens divers et variés, soldats étrangers se sont rendus coupables d’«abominations», en raison, souligne le rapport de l'« impunité quasi totale qui règne dans le pays ».
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Les enfants ont été eux aussi utilisés par toutes les parties. Selon les enquêteurs onusiens, plusieurs milliers de gamins ont été incorporés de force dans les rangs de l'AFDL, les fameux « Kadogo ». Malgré les promesses de Joseph Kabila, les enquêteurs estiment que les recrutements d'enfants se sont poursuivis de manière ininterrompue.

Comment rendre justice dans ce contexte d'anarchie? Les auteurs du rapport estiment que la justice militaire congolaise se caractérise par des enquêtes « bâclées et douteuses, des violations des droits de la défense ».Ils s'interrogent aussi sur le manque de volonté politique et plus généralement sur le manque de dynamisme de la justice congolaise.

L'ONU préconise donc la mise en place d'un système judiciaire mixte, avec des magistrats congolais et magistrats étrangers pour rendre justice aux victimes.

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