Le Mozambique, carrefour des routes de la drogue


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Dans un rapport qu'elle vient de publier, l'ONG britannique Chatham House affirme que le Mozambique est une plaque tournante du trafic de drogue international. Il serait un carrefour entre les pays producteurs d'Amérique latine et d'Asie, et l'Europe consommatrice. Après l'héroïne, le mandrax et la marijuana, dès les années 80, la cocaïne transite désormais aussi par ce pays d'Afrique australe. 

Le rapport de l'ONG s'appuie sur le travail de la SOCA, l'Agence britannique de lutte contre le crime organisé. Différent types de drogue passent par le Mozambique. L'héroïne, produite en Asie de l'Est, vient par voie aérienne jusqu'au Mozambique. Selon l'économiste Joseph Hanton, spécialiste du pays à l'université libre de Milton Keynes en Angleterre, cette drogue proviendrait du Pakistan, passerait par Dubaï, la Tanzanie et enfin le Mozambique. Elle y serait stockée et repartirait par bateaux jusqu'en Europe.

La cocaïne, elle, arriverait par avion de Colombie, via le Brésil puis se dirigerait vers les pays européens. Selon Chatham House, certains trafiquants utilisent des « mules », des passeurs transportant la drogue dans leurs bagages ou leur estomac. D'autres s'appuient sur des Mozambicains influents, dans les milieux d'affaires proches du pouvoir. Le cannabis, produit localement, et le mandrax*, venu d'Inde, vont directement en Afrique du Sud voisine pour y être consommés. Ce trafic est difficilement quantifiable. Toutefois, selon le professeur Joseph Hanton, il représenterait le plus grand commerce du pays.

Des frontières poreuses

Le Mozambique est devenu une destination intéressante pour les trafiquants de drogue à la fin des années 1990. La guerre civile terminée (1975-1992), les communications pouvaient reprendre et ouvraient un chemin atlernatif au circuit traditionnel d'Afrique de l'Ouest, moins accessible aux instances de surveillance internationale.

Selon Chatham House, la géographie du Mozambique est propice au trafic. Sa zone maritime de presque 600 000 km², ses 2 740 km de côtes, ses archipels et ses 4 571 km de frontières terrestres sont autant de portes d'entrée impossibles à surveiller. « Et pour cause, nous sommes un pays pauvre. Nous n'avons pas les véhicules, les appareils de surveillance et le personnel suffisant pour assurer cette mission », analyse Jovencio Chirindva, membre de l'association mozambicaine Réseau national contre la drogue.

Le problème est pris très au sérieux par les instances internationales. Il a même valu au Mozambique, la visite du secrétaire général d'Interpol, Ronald Noble, en juillet dernier. Une première pour ce pays pourtant membre de l'organisation depuis octobre 1989.

Interpol a donc envoyé des agents qui forment depuis plusieurs mois une force de travail pour enquêter sur le trafic. L'accent est mis sur la surveillance des frontières. Interpol devrait aider à établir un système sophistiqué de contrôle des passeports afin d'éviter l'entrée de trafiquants déjà connus dans d'autres pays. La lutte contre le commerce de voitures volées sera également intensifiée puisque ces véhicules servent souvent à faire passer de la drogue.

Mais pour Jovencio Chirinda, tout cela est encore insuffisant : « les pays riches devraient donner plus de moyens aux pays du Sud pour lutter contre le trafic de drogue. Ils devraient subventionner l'achat d'appareils et une partie des salaires. La drogue va aux Etats-Unis et en Europe. Cela leur coûterait moins cher de prendre le problème à la source que de combattre le trafic dans leurs rues. »

Corruption à tous les étages

Le niveau de salaire extrêmement bas des agents de police et la corruption ambiante portent le coup de grâce à la lutte contre le trafic. Difficile de résister à la tentation quand le salaire moyen tourne autour de 2 000 meticais, soit 40 euros. En 2008, 538 Mozambicains et dix étrangers ont été accusés de trafic de drogue, 480 enquêtes ont été menées pour aboutir à la condamnation de seulement 26 personnes.

La corruption touche surtout les hautes sphères de l'Etat et les milieux d'affaires influents. En juin dernier, un rapport du département du Trésor des Etats-Unis a désigné Mohamed Bachir Sulemane comme un baron du trafic de drogue mondial. Il est l'homme d'affaires le plus riche du pays, membre historique du Frelimo, le parti au pouvoir, et le principal bailleur de fonds de la campagne électorale du président Armando Guebuza.

A l'heure actuelle, le milliardaire n'est toujours pas inquiété et jouit du soutien indéfectible du gouvernement. Le directeur de la Police d'investigation criminelle, Carlos Comé, a rappelé qu'aucune enquête n'était menée à l'encontre de Momade Bachir Sulemane. Selon le ministre de l'Intérieur, José Pacheco : « les Etats-Unis n'ont fourni aucune preuve pour qu'une procédure judiciaire soit ouverte ».

Lire le rapport de Chatham House

*Le Mandrax ou  Méthaqualone est un sédatif utilisé depuis de longues année comme drogue bon marché, en particulier en Afrique du Sud. 

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