L'avenir du franc CFA en pointillés


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Confort, sécurité, stabilité, dépendance, passivité voire paresse versus prise de risque, fragilité, indépendance, apprentissage et dynamisme. On peut résumer par cette opposition les avantages et les inconvénients que procure le franc CFA aux pays africains qui l’utilisent en comparaison avec les pays qui disposent de monnaies nationales frappées par leurs banques centrales.

• La parité fixe entre le franc CFA et l’euro à travers le franc français
• La garantie de convertibilité illimitée en euros accordée par la France en contrepartie du dépôt de la moitié des réserves de change des banques centrales dans des comptes d’opérations au Trésor français
• La liberté totale des transferts au sein de la zone franc
• La représentation de la France au sein des organes de surveillance et de décision des banques centrales de la zone franc
 

Pour les agents économiques des deux espaces où circulent le franc CFA, les avantages de cette monnaie sont évidents : elle est commune à plusieurs pays et élimine ainsi les risques et les coûts de transaction liés aux opérations de change ; sa valeur interne est stable en raison de la prudence inhérente à la gestion d’une monnaie commune ; sa valeur externe est stable en raison de la parité fixe et de l’arrimage à une monnaie internationale forte, l’euro, dont l’institut d’émission, la Banque centrale européenne, est réputée pour sa hantise de l’inflation et des fluctuations excessives.

Par rapport aux autres pays africains, les taux d’inflation dans les pays de la zone CFA sont structurellement plus faibles.

Des pays comme le Nigeria, le Ghana et la Guinée en Afrique de l’Ouest ont tous connu au cours des dernières décennies des périodes de forte inflation et d’effondrement de la valeur extérieure de leurs monnaies que les pays de la zone CFA n’ont jamais connues.

Le coût économique réel du confort et de la stabilité monétaire liés à la rigidité du mécanisme liant les pays africains de la zone CFA à la France et à l’Europe est cependant de plus en plus élevé. Ce coût n’est certes pas le même pour un petit pays d’Afrique centrale qui n’exporte quasiment que du pétrole et ne se soucie pas vraiment de compétitivité comme la Guinée équatoriale que pour une économie relativement diversifiée d’Afrique de l’Ouest comme la Côte d’Ivoire.

La parité fixe établie avec l’euro fait subir au franc CFA les fluctuations de la monnaie européenne par rapport au dollar américain qui reste la monnaie de référence du commerce international.

Une appréciation continue de l’euro, et donc du franc CFA, par rapport au dollar aggrave ainsi le problème de compétitivité des entreprises exportatrices des pays de la zone franc. Plus généralement, la parité fixe avec la seule monnaie européenne ne prend pas en compte l’évolution de la structure du commerce international des pays africains, de moins en moins marqué par le biais historique en faveur des partenaires européens. Elle gèle également toute sanction des mauvaises performances des économies de la zone par une baisse de la valeur de la monnaie et protège ainsi artificiellement ces pays d’un ajustement monétaire douloureux.

La seule dévaluation fut celle de janvier 1994. Le changement de la parité fixe d’une monnaie commune à plusieurs États est une décision politique extrêmement difficile à prendre même lorsque les circonstances économiques l’exigent.

Le mécanisme rigide du FCFA prive les pays de l’utilisation de la politique de change dans la boîte à outils de leur politique économique, en particulier pour répondre à des chocs économiques internes ou externes.

Des économistes ainsi que les institutions de Bretton Woods reconnaissent que la gestion de la monnaie commune de manière à contenir l’inflation et à respecter les principes de fonctionnement de la zone franc relève de la routine et ne stimule pas l’innovation. L’accoutumance au mécanisme du CFA n’aurait pas préparé la BCEAO et la BEAC ainsi que les gouvernements des pays concernés à la gestion d’une monnaie flexible dans un contexte international volatile et à la conduite d’une politique monétaire moderne dont l’objectif ne se limiterait pas à une faible inflation.

C’est sans doute ce manque de confiance et une volonté politique insuffisante qui expliquent les reports récurrents de l’échéance de la création d’une monnaie unique pour toute l’Afrique de l’Ouest, sans parler de l’Afrique centrale encore moins avancée sur cette route. C’est pourtant du côté des autorités politiques des pays africains usagers du franc CFA que devra venir une décision ferme sur l’avenir de cette monnaie dont le mérite le plus incontestable est d’avoir ancré dans la durée la coopération et la solidarité entre 14 pays africains, ou plus exactement entre 8 pays d’Afrique de l’Ouest d’une part et 6 pays d’Afrique centrale de l’autre.

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