Guinée : l'ancien président de la Céni condamné par un tribunal de Conakry


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En Guinée, Louncény Camara, l'ancien président de la Commission électorale nationale indépendante (Céni) a été condamné, vendredi 22 octobre 2010, par un tribunal de la banlieue de Conakry à un an de prison ferme, et à une amende de 2 millions de francs guinéens (250 Euros), pour vol de procès verbaux lors du premier tour de l’élection présidentielle du 27 juin 2010. Il est aussi privé pendant deux ans de ses droits civiques. Il était jugé sur plainte de l'UFDG, le parti du candidat Cellou Dalein Diallo. La défense a immédiatement décidé de faire appel.

Depuis le 24 septembre 2010, la nomination à la tête de la Céni de Louncény Camara fait couler beaucoup d’encre. Camara avait succédé à Ben Sékou Sylla décédé à Paris le 14 septembre qui avait été, lui-aussi, poursuivi pour fraude électoral lors du premier tour de la présidentielle et condamné à un an de prison. Et dès l’annonce des nouvelles fonctions de Louncény Camara, le camp du candidat Cellou Dalein Diallo avait exigé son départ, estimant qu’il était un soutient du camp d’Alpha Condé et qu’il était coupable de fraude électorale.

Vendredi 22 octobre 2010, la justice a tranchée condamnant Louncény Camara. Une décision contestée par son avocat Maître Mohamed Traoré, qui a tout de suite annoncé avoir fait appel de cette décision :

« Bien évidemment nous ne sommes pas d’accord avec cette décision. La loi nous permet d’exercer les voies de recours en l’occurrence nous pouvons faire appel. Ce qui veut dire que la décision qui est rendue en première instance ne peut pas êtres exécutée tant que l’appel ne sera pas examiné devant la cour d’appel. Dans la décision qui a été prononcé notre client a été privé de ses droits civiques pendant deux ans. Ce qui veut dire, par exemple, qu’il ne peut être ni électeur, ni éligible. Mais encore une fois, comme nous avons fait appel de la décision, cet appel va suspendre cette décision donc notre client va continuer à accomplir toutes ses fonctions comme par le passé jusqu’à ce que la cour d’appel se prononce sur la décision ».

Dans le camp des plaignants, on est bien sur satisfaits du jugement rendu. Et Thierno Ousmane Tall, l’avocat de la partie civile appelle Maître Camara à méditer sur sa condamnation :

« Le tribunal a pris une décision de condamnation sur des faits qui sont constants et avérés. Et cela a surtout été marqué par un refus délibéré de comparaitre qui n’est que l’expression d’une arrogance. Il y a aussi cette dimension essentielle qui est celle de l’interdiction des droits pendant deux ans ce qui n’est pas rien. Je crois que monsieur Louncény Camara devrait quand même méditer là-dessus. Il ne faut pas perdre de vu que au-delà même des peines qui ont été prononcées, les sanctions ont aussi une dimension morale. Quand on est condamné vraiment à une interdiction de droits civiques ca représente quelque chose et ca veut dire que Monsieur Loucény Camara même par rapport à la Céni devrait lui-même se remettre en cause et savoir qu’il ne devrait pas aujourd’hui prétendre à exercer des fonctions qui sont les siennes à la Céni ».

En attendant la suite judiciaire donnée à cette affaire, la Céni a un nouveau président. En effet, le Malien Siaka Toumani Sangaré a été nommé le 19 octobre 2010 à la tête de l’institution. Et le 22 octobre, il a annoncé un nouveau report de la date du second tour de l’élection présidentielle qui devait avoir lieu le dimanche 24 octobre. Aucune nouvelle date n’a encore été fixée.