Guinée : les forces de sécurité accusées de «graves violations des droits de l'homme»

Une Guinéenne étendue sur un lit à l'hôpital Donka après avoir été lourdement frappée par les forces de sécurité à Conakry, le 19 octobre 2010.
© REUTERS/Stringer

Le Conseil des droits de l'homme des Nations unies a accusé vendredi les forces de sécurité en Guinée d'avoir commis de « graves violations des droits de l'homme » lors de manifestations liées à l'élection présidentielle, les 18 et 20 septembre 2010. Le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, qui a enquêté sur ces violences, a présenté son bilan de cette intervention de police : un mort et 62 blessés, dont plusieurs sont toujours dans un état grave aujourd'hui.

Cinq quartiers de la banlieue de Conakry ont été particulierment touchés : Hamdallaye, Bambéto, Wanidara et Matoto. Certes, l'ONU reconnait que la police guinéenne n'a pas eu la tache facile face aux manifestants, aux jets de pierres et aux barricades. Dix policiers ont d'ailleurs été blessés. Pour autant, les Nations unies se disent profondément préocupées par cet usage disproportionné de la force en Guinée.

Selon le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, l'intervention de la police a fait au moins une victime, un mécanicien de 21 ans, mort des suites de ses blessures. D'après l'organisation onusienne, les forces de l'ordre guinéennes l'ont battu à coup de crosse chez lui, avant de lui tirer dessus alors qu'il tentait de s'échapper.

Un usage excessif de la force par la police

L'ONU recence également 62 blessés, dont deux toujours dans un coma profond,
un homme de 22 ans touché à la tête par un tir de gaz lacrymogène et un garcon de 7 ans également frappé par une balle perdue reçue en pleine tête, alors qu'il rentrait de l'école.

Pour le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, ce bilan s'explique par un usage excessif de la force par la police accusée « d'avoir frappé aveuglément sans distinction entre manifestants et simples résidents sur des bases politiques ».

Garantir la sécurité des Guinéens pendant le scrutin

Selon le communiqué, les forces de sécurité guinéennes ont pillé, mis à sac plusieurs maisons et ouvert le feu sur des civils désarmés, dans certains cas à bout portant. L'ONU qualifie ces actes de graves violations des droits de l'homme, et évoque aussi des détentions arbitraires sans avocat dans des lieux tenus secrets.

Cette situation inquiète d'autant plus les enquêteurs internationaux que ces opérations de police ont été menées avec le concours de la force spéciale de sécurisation du processus électoral, la FOSSEPEL, justement formée pour l'occasion et censée garantir la sécurité des Guinéens pendant le scrutin.

Le Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme demande maintenant aux deux candidats d'appeler au calme leurs partisans, alors que le second tour de la presidentielle vient d'être reporté pour la deuxième fois à une date qui n'est pas encore connue.