« Vénus Noire », un film contemporain d’Abdellatif Kechiche

Paris, 1817, enceinte de l'Académie Royale de Médecine. Face au moulage du corps de Saartjie Baartman, l'anatomiste Georges Cuvier déclare "Je n'ai jamais vu de tête humaine plus semblable à celle des singes".
© MK2 Productions

C’est l’un des films les plus attendus de la rentrée. Attendu à cause de son auteur, le franco-tunisien Abdellatif Kechiche, qui a déjà signé deux grands succès, « L’esquive » et « La Graine et le mulet », qui lui a valu il y a deux ans le César du Meilleur réalisateur et du Meilleur film. « Vénus Noire » est aussi très attendu à cause de son sujet, puisqu’il s’inspire de l’histoire de la Vénus Hottentote, cette femme qui, à cause de son physique très particulier, marqué entre autre par des fesses surdéveloppées, fut, au 19e siècle, exhibée comme un phénomène de foire.

Au début du dix-neuvième siècle, une jeune femme quitte l’Afrique du Sud avec son maître. Celui-ci lui a fait miroiter un avenir de danseuse, mais la réalité qui attend Saartjie Baartman est tout autre. Rebaptisée Vénus Hottentote, elle se produira en spectacle, oui, mais comme un phénomène de foire dans les faubourgs de Londres, puis de Paris.

 

Abdellatif Kechiche, scénariste et réalisateur de "Venus noire" (2010) © MK2 Productions

Abdellatif Kechiche explique pourquoi il a choisi ce sujet auquel il trouve des résonnances très contemporaines : « Je crois que ce n’est pas forcément un film du passé. Moi, je suis en ce moment vraiment dans une inquiétude, dans une angoisse même par rapport aux images que je vois des expulsions, de la façon méprisante dont on traite des peuples. Et je crois qu’en ce sens effectivement, le film se situe, malheureusement, j’ai envie de dire encore dans l’actualité, qu’il est contemporain ».

Abdellatif Kechiche retrace l’histoire de la Vénus noire, des premiers espoirs à la déchéance finale, dans un taudis où abandonnée de tous, elle mourra de la syphilis. C’est à une débutante, la Cubaine Yahima Torres, que revient la lourde charge d’incarner Saartjie : « C’est vrai que c’est un rôle très lourd, c’est un rôle très physique et c’est un rôle aussi qui demande beaucoup d’énergie ». Caméra au poing, Abdellatif Kechiche signe un réquisitoire contre le racisme, le racisme des scientifiques qui comparèrent la Vénus noire à un orang-outan, et bien sûr le racisme ordinaire de son maître, Hendrick Caezar, qui traitait cette femme, sensible et cultivée, comme un animal monstrueux.

Caezar qui est interprété par l’acteur sud-africain André Jacobs : « Je pense qu’Abdellatif voit cela comme un moyen de réfléchir comme dans un miroir la société d’aujourd’hui sur le sujet de l’humanité et comment on la traite ».


Le réalisateur franco-tunisien Abdellatif Kechiche et l’actrice cubaine Yahima Torres étaient les invités de « Culture vive » sur RFI (25 octobre 2010).
29-10-2010

Il fallait tout le talent d’Abdellatif Kechiche pour exhumer ce passé, pas si lointain puisque le cerveau et les organes génitaux de Saartjie Baartman ont été exposés au Musée de l’Homme à Paris jusqu’en 1976. Quant aux restes de Saartji Baartman, ils furent rapatriés en Afrique du Sud en 2002.

Yahima Torres dans le rôle de Saartjie Baartman, la "Vénus noire" du film réalisé par Abdelattif Kéchiche en 2010. © MK2 Productions

 

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