Les indépendances africaines vues par le peintre Chéri Samba


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Chéri Samba, 54 ans, figure parmi les peintres africains majeurs. Originaire de Kinto M’Vuila au Congo, il a fait fureur à l’exposition culte « Les Magiciens de la Terre » au Centre Pompidou en 1989. Depuis, les œuvres engagées, politiques et satiriques,  de cet artiste autodidacte trouvent un public grandissant et séduit les collectionneurs en Occident et en Afrique. « Un Vieil Enfant », l'un de ses nouveaux tableaux présenté lors de la première Foire d’art contemporain à Marrakech en octobre, évoque le cinquantenaire des indépendances africaines. Entretien.

RFI : Pourquoi avoir peint ce tableau ?

Chéri Samba : Nous avons soit-disant fêté le cinquantenaire de nos indépendances, et bien moi, j’ai voulu dire à tout le monde qu'à mon avis, je n’ai jamais vu un pays indépendant ici, chez nous, en Afrique.

Un vieil enfant, c'est toute personne qui ne s'assume pas.
Chéri Samba commente son tableau "Un vieil enfant"
10-10-2013 - Par Léa-Lisa Westerhoff
RFI : Ce tableau vous l’avez voulu critique, pourquoi ?

C.S. :
Vous savez, ces responsables, qu’ils m’excusent si ils m’entendent, moi je trouve qu’ils sont nuls parce qu’ils ne décident rien. Nous qui les regardons de loin, nous ne comprenons pas quelle politique ils font et je pense que c’est une politique de m... Ils ne décident rien d’eux-mêmes et je me demande jusqu’à quand ça va durer. C’est pour cela que j’ai peint ce tableau pour que les dirigeants prennent conscience qu’ils ne doivent pas toujours se laisser faire par l’étranger. J’ai l’impression que jusqu’ici, en Afrique, aucun dirigeant ne prend ses propres décisions, tout ce qu’ils font j’ai l’impression que c’est dicté par l’étranger. Ce sont des gens qui ont toujours besoin d’être aidés, alors que soi-disant ils sont indépendants. Il faut qu’ils changent cette manière de voir les choses. Je voudrais que nous soyons indépendants, que nous décidions de notre propre gré au lieu de toujours craindre l’étranger comme si c’était l’étranger qui devrait diriger tout le monde.
 
RFI : Comment faire pour changer les choses?

C.S. :
Je pense que si les pays d’Afrique se réunissaient pour former un Etat - les Etats-Unis d’Afrique - ça marcherait. Cela serait un peu difficile pour les dirigeants à accepter mais c’est à nous de les sensibiliser. L’Afrique doit rester une,  qu'on ne parle pas du Congo, du Ghana ou du Maroc,  de l’Afrique et qu’on parle d’une seule voix.
Pour venir au Maroc, chez moi, ça m’a effrayé, on m’a demandé un visa. Il faudrait que cela finisse. Peut-être que c’est nous les enfants, nous qui sommes habillés en artiste, en peintre, qui pourrons leur faire comprendre ça, sinon eux ils ne font que manger et boire et le peuple subit leur diktat.
 
RFI : La peinture peut servir à porter ce message, selon vous ?

C.S. :
Je pense que depuis que je peins j’ai changé beaucoup de consciences de beaucoup de gens. Au départ, j’exposais mes toiles devant mon atelier et les gens venaient envahir mon coin, pour contempler tout ce que je présentais. Grâce à ma peinture, je vois qu’il y a quand même beaucoup de changements.
 
RFI : Vous vous définiriez comment, comme un peintre africain ?
 
C.S. : Je ne suis pas un peintre de Kinshasa, je ne suis pas un peintre africain, je voudrais être universel.
La célèbre toile "Le sida ne sera guérissable que dans 10 ou 20 ans" (1997) du peintre congolais Chéri Samba représente une manifestation de soutien pour une campagne contre le sida.

 

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