Présidentielle en Guinée: l'état d'urgence jusqu'aux résultats définitifs


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Après plusieurs jours de violences, le gouvernement guinéen a déclaré l'état d'urgence jusqu'à ce que soit réglé le contentieux sur le résultat de l'élection présidentielle. Le décret signé par le général Sékouba Konaté passe en boucle à la radio nationale. Toute manifestation, tout regroupement sont interdits jusqu'à nouvel ordre.

L'état d'urgence est décrété à compter de ce jour...
Extrait du décret lu à la télévision
10-10-2013

Le décret qui a été lu à la radio et à la télévision a été suivi d’une intervention du général Nouhou Thiam, le chef d’état-major général des armées qui a expliqué les raisons de cette décision.

« Les éléments malintentionnés, a-t-il dit, s’attaquent délibérément aux forces de l’ordre, à la population et à ses biens ».

« Nous prenons à témoin la communauté nationale et internationale, a-t-il ajouté, sur le comportement anti-démocratique des éléments sus-cités ».

« Dans le but de préserver la paix, la quiétude et l’unité nationale, a-t-il conclu, il est décrété l’état d’urgence sur toute l’étendue du territoire national, à partir de l’instant jusqu’à la proclamation des résultats définitifs par la cour suprême ».

L'état d'urgence veut dire que les différentes forces de défense et de sécurité sont chargées de mettre fin à la situation de désordre...
Tibou camara, secrétaire général de la présidence
10-10-2013 - Par Marie-Pierre Olphand



Cette proclamation intervient après deux jours d’une tension qui est allée crescendo depuis la proclamation des résultats de l’élection présidentielle. Tension qui a commencé à se manifester dans les quartiers et les régions plutôt favorables au perdant du scrutin, Cellou Dalein Diallo. Il y a eu des manifestations dans la commune de Ratoma -dans la capitale- le long de la route Le Prince… Manifestations également dans la région de Moyenne-Guinée, dans ce qu’on appelle communément le Foutah.

Les préfets ont montré, pour la plupart, pas mal d'insuffisance dans leur mission d'assurer la sécurité des citoyens.
Cellou Dalein Diallo
10-10-2013 - Par Christine Muratet

La joie, la colère et les rumeurs

Le choc entre la joie des gagnants et la colère des perdants, les rumeurs également qui ont commencé à courir sur les violences commises par les uns ou les autres ont provoqué des réactions en chaîne. Elles ont attisé la nervosité.

Dans les quartiers de Conakry où se croisent les partisans du gagnant et du perdant, par exemple, des violences ont eu lieu. Des coups ont été échangés, des maisons saccagées.

Au-delà des tensions entre militants, les habitants des quartiers de banlieue déplorent la répression disproportionnée qui s’abat sur eux. Ils disent que les forces de sécurité rentrent dans les concessions, volent et saccagent.

L’envoyé spécial de RFI à Conakry a pu voir trois cadavres ce mercredi après-midi 17 novembre. Pour deux d'entre eux, la façon dont la balle avait transpercé le cou des jeunes ne laissait que peu de doutes sur l’origine de leur mort. Selon un médecin, il s’agissait forcément de tirs à bout portant.

Une journée sous tension

A Pita, en Moyenne-Guinée au centre du pays, la nuit a été agitée. Des témoins ont fait état de pillages et de vols. Les tirs se sont arrêtés ce mercredi matin, et l'après-midi a été plutôt calme. Mais par crainte, de nombreux petits vendeurs ont remballés leurs étals et se sont repliés chez eux.

Le préfet a également été limogé par le Premier ministre, officiellement « pour faiblesse ». Il est remplacé par le commandant de la gendarmerie sur place, le lieutenant colonel Mamadou Bah Soumah.

Nuit agitée également à Dalaba: un témoin signale des arrestations mercredi en ville de militants de l'UFDG à leur domicile. Des arrestations accompagnées de pillages et de vols de téléphone portables opérés par des hommes en tenue. La ville est quadrillée par des patrouilles.

A Labé, où le couvre-feu était déjà en vigueur la nuit dernière la crainte de nouvelles échauffourées a paralysé les citoyens. Tout était fermé mercredi et la ville déserte. Seules les forces de sécurité très présentes étaient visibles.

Des échauffourées ont également éclaté à Kissidougou en Guinée forestière.

La tension reste vive et une forte présence armée est visible dans les villes du Foutah.

Dans ce contexte de vive tension, Alpha Condé, vainqueur de la présidentielle, a lancé un appel au calme.

Les incidents ne servent à rien, nous devons vivre ensemble demain.
Alpha Condé : l'appel au calme
10-10-2013