Coup de froid entre l'Egypte et l'Ethiopie

Le Nil parcourt pas moins de sept pays africains
© RFI / Pierre Moussart

Le ton monte entre l'Ethiopie et l'Egypte autour de l'épineux problème du partage des eaux du Nil. Au total, sept pays sont traversés par ce fleuve, le plus grand d'Afrique. Mais c'est l'Egypte qui en exploite plus de la moitié, un quasi-monopole qui ne plaît pas à Addis Abeba. Aujourd’hui, l'affaire s'envenime puisque le Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi accuse Le Caire de soutenir des groupes rebelles dans le but de déstabiliser l'Ethiopie et évoque l'idée que l'Egypte pourrait recourir à une opération militaire, ce que l'Egypte a immédiatement nié.

Cela fait une dizaine d’années que les pays riverains du Nil se disputent les eaux du plus grand fleuve d’Afrique. La dernière convention signée par les Etats concernés date de 1929. En vertu de cet accord, l’Egypte récupère 55,5 milliards de mètres cubes d’eau par an sur un total de 84 milliards, soit plus de la moitié, ce que certains pays contestent.

L’Ethiopie, la Tanzanie, le Rwanda, le Kenya et l’Ouganda ont alors signé une nouvelle convention en mai dernier, signature que l’Egypte n’accepte pas. L’agriculture égyptienne est exclusivement dépendante des crues du Nil. Menacée par les changements climatiques, l’Egypte surveille de très près tous les projets de construction de barrage hydroélectrique sur le Nil.

L’Ethiopie a construit cinq barrages ces dix dernières années, et vient de commencer l’édification d’une nouvelle installation hydroélectrique qui coûtera 1,4 milliards de dollars, de quoi alimenter les tensions avec l’Egypte. Addis Abeba souhaite devenir un gros producteur d’énergie hydroélectrique à l’échelle régionale.

Le Caire veut contrer l'influence croissante d'Addis Abeba

La montée en puissance de l’Ethiopie a commencé par agacer l’Egypte. C’était il y a un peu plus d’un an. Addis Abeba avait envoyé ses troupes en Somalie, pays failli mais pays arabe quand même. L’agacement est devenu préoccupation quand l’Ethiopie a mené une révolte des pays aux sources du Nil contre l’accord historique de partage des eaux du fleuve. Un danger potentiel même s’il n’est pas immédiat.

L’Egypte a commencé indirectement à s’en prendre à la présence éthiopienne en Somalie par le biais de la Ligue arabe. Le Caire a aussi maintenu de bonnes relations avec l’Erythrée, ennemi juré de l’Ethiopie. Au début de l’été, Le Caire a soudainement lancé une offensive de charme vers Juba. Le gouvernement sud-soudanais s’est vu octroyer une aide économique égyptienne de 300 millions de dollars. Simultanément Egyptair décidait de créer une liaison directe Caire-Juba.

Selon des sources proches du pouvoir égyptien, ce changement d’attitude à l’égard d’un Sud-Soudan considéré, jusque-là, avec méfiance est à chercher du côté de l’Ethiopie. Le Caire veut ainsi contrer l’influence croissante d’Addis-Abeba à Juba. Un Sud-Soudan qui pourrait devenir indépendant dans moins de deux mois. 

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