Mauritanie : cinquante années d'une indépendance tourmentée

Désert mauritanien.
© (CC)Thegeoffmeister/Flickr

Les cinquante années d'indépendance de la République islamique de Mauritanie ont été marquées par des changements de pouvoir issus de coups de force plutôt que des urnes. Des frontières improbables et une société aux composantes antagonistes ont alimenté ces changements. Dans la dernière décennie, la Mauritanie a connu deux coups d'Etat dont le plus important reste celui qui mit fin en 2005 à 20 ans de pouvoir du président Maaouiya Ould Taya. Aujourd'hui doté d'un président élu, le pays a de nombreux défis à relever, dont celui posé par la présence de l'AQMI sur son territoire.

Au XIème siècle, l'empire du Ghana s’étend du delta du Sénégal à la Boucle du Niger et de l'Adrar (coeur de la Mauritanie) au Bambouk (entre Sénégal et Mali). Il inclut Aoudaghost et Oualata, centres caravaniers des Berbères sanhadja qui prospèrent depuis le IIIème siècle avec le commerce transsaharien. Convertis à l’islam, ceux-ci appuient la progression almoravide pour faire tomber l’empire. La pénétration des arabes Hassan, du XIIIe au XVIe siècle, aboutit à la formation d’émirats.

Le comptoir de Saint-Louis, établi par les Français en 1659, détourne le commerce transsaharien dont celui de la gomme arabique et le général Faidherbe impose la souveraineté française dans la région en 1858. Rattachée à l’Afrique occidentale française (AOF), la Mauritanie devient colonie française en 1920.

Nouakchott est créée peu avant l’indépendance, proclamée le 28 novembre 1960. Le Maroc, qui a des prétentions sur le sol mauritanien, ne reconnaît le nouvel Etat qu’en 1970, et trois ans après, la Mauritanie intègre la Ligue arabe. Quand l’Espagne quitte le Sahara espagnol en 1976, Maroc et Mauritanie revendiquent son territoire. La résistance autonomiste menée par le Front Polisario fragilise le régime mauritanien, qui ne peut contrôler les actions de la rébellion et se voit soumis aux pressions du Maroc. Le 10 juillet 1978, l’armée chasse le président Moktar Ould Daddah, après dix-huit ans de régime civil. En 1979, la Mauritanie officiellement renonce au Sahara occidental.

Après une période de tensions internes au sein du Comité de salut national issu du coup d'Etat de 1978, le colonel Mohamed Khouna Ould Haïddallah prend les rênes du pouvoir. Il promulgue la charia. Deux ans plus tard, son Premier ministre, Maaouiya Ould Sid Ahmed Taya le renverse et instaure un régime fort. Il doit faire face à une série de violences. Sur fond de tensions communautaires internes dont l'origine remonte aux années 60*, un conflit éclate avec le Sénégal, suscité par un incident entre agriculteurs et éleveurs. Il dégénère avec des représailles exercées dans les villes du Sénégal contre la communauté maure, très présente dans le petit commerce. La Mauritanie réplique par des exactions de grande amplitude contre la communauté négro-africaine. La «guerre» Sénégal-Mauritanie se greffe sur un vieux différend frontalier et traduit surtout les convoitises autour de la mise en valeur de la région du fleuve, qui a bénéficié, après les sécheresses des années 1970, de vastes aménagements hydro-agricoles (construction de grands barrages). Des dizaines de milliers de négro-africains sont spoliés de leurs biens et forcés à l'exil.

Emportée dans le mouvement général de revendication pour le multipartisme, la Mauritanie libéralise à partir de 1991 sa vie politique, mais laisse peu d'espace à l’opposition naissante, qui oscille entre boycott et participation aux élections.

Maaouiya Ould Taya, élu en 1992, est réélu en 1997 puis en 2003. Aux prises avec de nombreuses luttes d’influences entre groupes «baasistes» (ou baathistes) et «nassériens»**, le pays se range aux côtés de l’Irak pendant la guerre du Golfe, ce qui accentue son isolement international après la crise avec le Sénégal. Il s’efforce ensuite de renouer avec le camp occidental et rompt en 1999 avec l’idéologie baathiste avant de reconnaître Israël, et se retrouve dans le camp du soutien aux Etats-Unis lors de la guerre d’Irak***.

Ce positionnement est la source de nouvelles tensions, en particulier avec les mouvements islamistes, visés par des vagues d’arrestations.

Présidentielle du 25 mars 2007. Ahmed Ould Daddah (gauche), et le candidat de l’ex-majorité présidentielle, Sidi Ould Cheikh Abdallahi (droite). © AFP/Reuters

En juin 2005, la guérilla algérienne du Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC) attaque une unité de l'armée mauritanienne au nord-est du pays. L'évènement précipite la chute du président Ould Taya, renversé «à la mauritanienne», sans effusion de sang, le 3 août.

Le coup d’Etat, condamné par la communauté internationale, a le soutien de la classe politique et de la population. Un Comité militaire, présidé par l’ancien chef de la sécurité, le colonel Ely Ould Mohammed Vall, annonce sa volonté de favoriser le retour à un régime civil et met en place un gouvernement de transition. On constate un apaisement : plusieurs dizaines de prisonniers sont libérés et des opposants au régime déchu rentrent d’exil. Un référendum sur la Constitution est organisé en juillet 2006 qui limite à deux le mandat présidentiel.

Conformément à ses engagements, le colonel Ely Ould Mohammed Vall ne se présente pas à l'élection qu'il organise l'année suivante. Mais, dans l'ombre, les militaires ont choisi leur candidat : Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Il sera élu au second tour en mars 2007. Toutefois, le 6 août 2008, celui-ci est renversé par un nouveau coup d'Etat, dont l'auteur est son chef d'Etat-major particulier, le général Mohamed Ould Abdel Aziz. Débute une période de transition au cours de laquelle le général consacre la rupture avec Israël, Etat qui possèdait une ambassade à Nouakchott depuis 1999. Ce geste ne suffit pas à empêcher de nouvelles attaques et prises d'otages des islamistes de l'AQMI

Général Mohamed Ould Abdel Aziz, putschiste en 2008. Président élu en 2009. © Watt Abdel Jelil / AFP

Depuis 2003, les terroristes multiplient les actions: enlèvements, meurtres de civils occidentaux et attaques sanglantes d'unités de l'armée mauritanienne. Les mesures prises par les gouvernements successifs ne parviennent pas à contenir la menace que représentent les groupes armés.

Mohamed Ould Abdel Aziz est élu au premier tour de la présidentielle, en juillet 2009.

 

 Source: Les 100 clés de l'Afrique, Philippe Leymarie et Thierry Perret, Hachette Littérature/RFI, 2006

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Dossier spécial 50 ans des indépendances africaines
© © J-B. Pellerin

*En 1960, l'enseignement de l'arabe est introduit dans le cycle primaire. En 1964, le gouvernement décide d'introduire les notes d'arabe dans le calcul de la moyenne générale pour le passage en classe supérieure et en 1966, rend l'étude de l'arabe obligatoire dans l'enseignement secondaire. La réaction des Négro-mauritaniens ne se fait alors pas attendre : les élèves des ethnies noires, soutenus par les rédacteurs du fameux Manifeste des 19 dénonçant le racisme du régime et sa volonté d'arabiser le pays, déclenchent un mouvement de grève dans les lycées qui dégénère en violents conflits raciaux. (La longue marche de l'arabisation en Mauritanie. Ambroise Queffelec et Bah ould Zein)
** voir la définition du nasserisme sur le blog de l'lnstitut tunisien des relations internationales.
*** The Gulf War, documents (en anglais) sur le site de l'émission Frontline télévision publique américaine, PBS.

 

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