Un rapport de HRW accuse Rabat de violences au Sahara occidental


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Au Maroc, l’organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) fait état d’exactions commises par la police marocaine à Laâyoune (ou El-Ayoun), capitale du Sahara occidental. C'est la première source indépendante qui parle de violations des droits de l'homme après le démantèlement d’un campement de protestataires sahraouis le 8 novembre dernier et les émeutes qui ont suivi. L'organisation a exhorté vendredi 26 novembre les autorités marocaines à cesser ces mauvais traitements et à ouvrir une enquête indépendante.

Dans un rapport de sept pages, Human Rights Watch fait état de violences répétées à l’égard des personnes arrêtées et interrogées après le démantèlement de ce campement de contestataires sahraouis le 8 novembre. Des personnes battues jusqu'à l'évanouissement, d’autres aspergées d’urine ou menacées de viol pendant les interrogatoires de la police. Voilà ce que révèlent certains des témoignages recueillis par HRW pendant une mission de quatre jours à Laâyoune.

L’organisation de défense des droits de l’homme a pu interroger sept personnes interpellées il y a trois semaines puis relâchées. Toutes ont fait état de la violence des forces de l’ordre : bleus et blessures à l’appui. « Il n’y avait pas de chaise pour s’assoir et chaque question était accompagnée d’un coup ou d’une claque […] Ils ont menacé de me violer », témoigne Ahmed Jadahlou Salem, 34 ans dans le rapport de HRW. « Les forces de l’ordre ont le droit d’user de la force pour empêcher la violence et protéger des vies humaines mais rien ne peut justifier de battre des personnes en prison jusqu’à l’évanouissement », affirme Sarah Leah Whitson, représentante de HRW pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, dans le rapport.

« C’est une campagne de désinformation », a répliqué samedi le ministre de la Communication, Khalid Naciri, joint par RFI. Pour lui, HRW a été manipulé. « Il n’y a pas eu usage de force excessive le 8 novembre ni dans les jours qui ont suivis lors des interpellations », estime Khalid Naciri. Preuve selon lui, le fait que parmi les 13 personnes tuées au cours de l’opération de démantèlement et les émeutes début novembre, 11 étaient membres des forces de l’ordre, selon le bilan officiel. Le Front Polisario a fait état pour sa part de « dizaines de morts », sans plus de précisions.

Mais HRW affirme également avoir la preuve que les forces de sécurité marocaines ont ouvert le feu lors des affrontements avec les manifestants le 8 novembre dans cette ancienne colonie espagnole, annexée par le Maroc en 1975. Deux civils auraient été blessés par balles. Le procureur de Laâyoune a annoncé l’ouverture d’une enquête à ce sujet.

Human Rigths Watch a également recueilli les témoignages de blessés sahraouis qui auraient été battus à leur arrivée à l’hôpital par les forces de l’ordre avant d’être renvoyés chez eux. L’organisation parle également d’« expéditions punitives » menées par la police et des Marocains en civils au cours desquelles des dizaines de maisons où logent des Sahraouis auraient été saccagées. Human Rights Watch demande donc l’ouverture d’une enquête indépendante. Jeudi, le Parlement européen a fait de même. Samedi, le Maroc a officiellement rejeté toute possibilité d’enquête internationale.

« Le  Parlement marocain va envoyer une équipe d’enquêteurs, mais nous nous opposons à une enquête internationale, nous ne sommes pas un pays sous protectorat ! », a déclaré à RFI le ministre de la Communication samedi. Il y a une semaine les Nations unies ont également rejeté la possibilité d’envoyer une équipe d’enquêteurs à Laâyoune, sous la pression notamment du Maroc et de la France. A l’heure actuelle plus d’une centaine de personnes ont été arrêtées et attendent d’être jugées.