Présidentielle ivoirienne : la CEI annonce la victoire d'Alassane Ouattara, le Conseil constitutionnel et le camp présidentiel contestent


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Youssouf Bakayoko, président de la Commission électorale indépendante ivoirienne (CEI), a annoncé, ce jeudi 2 décembre 2010, la victoire d'Alassane Ouattara avec 54,1% des voix au second tour de l'élection présidentielle contre 45,9% pour le président sortant Laurent Gbagbo. Il s'agit de résultats provisoires dont le Conseil constitutionnel et le camp présidentiel contestent déjà la validité.

Avec nos envoyés spéciaux et notre correspondant à Abidjan,

L'annonce des résultats provisoires par Youssouf Bakayoko
10-10-2013 - Par RFI
Tout s’est accéléré dans la deuxième partie d’après-midi du 2 décembre 2010 quand le président de la Commission électorale indépendante (CEI), Youssouf Bakayoko, arrive à l’Hôtel du Golf d’Abidjan. Peu de journalistes l’attendent, car rares sont ceux qui sont au courant de sa venue. L’Hôtel du Golf, c’est là où réside le Premier ministre Guillaume Soro, mais c’est surtout un établissement fortement sécurisé par les éléments militaires de l’ONU.

Youssouf Bakayoko s’approche du micro, les flashs crépitent, il proclame les résultats de l’élection : Alassane Ouattara 54,1% des voix et Laurent Gbagbo 45,9% des suffrages exprimés. Dans la salle, des cris de joie retentissent.

Résultats non valides, selon le président du Conseil constitutionnel

Il s’agit de résultats provisoires qui doivent encore être validés par le Conseil constitutionnel. Et justement, une heure plus tôt, son président Paul Yao N'Dré, un proche de Laurent Gbagbo, avait tenu une conférence de presse pour dire tout autre chose. Autre son de cloche, autre ambiance, et contrairement à l'Hôtel du Golfe, il y avait là une équipe de la télévision publique ivoirienne (RTI).

Extrait de la conférence de presse de Yao N'dré
10-10-2013

Au cours de cette intervention, au siège de l'institution, son président a annoncé qu’il venait d’envoyer une lettre au président de la Commission électorale lui demandant de lui transmettre les documents relatifs au deuxième tour du scrutin. Il a précisé qu'il serait statué sur les contestations dans un délai de 7 jours. « Il faut vider le contentieux », a-t-il expliqué, ajoutant que c’est dans ce délai que seront proclamés les résultats.

Le président du Conseil constitutionnel a rappelé que la Commission électorale indépendante n’a pas été en mesure de proclamer les résultats dans les 72 heures après le scrutin et que donc, en substance, elle a failli. Enfin, le président du Conseil constitutionnel a précisé qu’il n’y a pas de vide juridique et donc que tout cela est totalement légal.

«Proclamation illégale», estime le camp présidentiel

Au quartier général de campagne du président-candidat Laurent Gbagbo, juste après la déclaration du président de la CEI, c’était avant tout l’indignation. « Cette proclamation est illégale, déclarait une juriste proche de la présidence de la République, car elle a été faite hors délai alors que la CEI avait trois jours pour transmettre ses résultats provisoires au Conseil constitutionnel. Ce qu’elle n’a pas fait».

Outre les délais, l’entourage de Laurent Gbagbo présent sur les lieux s’indignait aussi du fait que Youssouf Bakayoko soit allé livrer ses résultats globaux au quartier général de campagne du candidat Ouattara. « Cela ne changera rien, estimait un avocat proche de la première Dame Simone Gbagbo, car désormais, c’est le Conseil constitutionnel qui est compétent, la CEI ne l’est plus », ajoutait-il.

Mais chez les militants qui se trouvaient sur place, la montée de colère était palpable. Une version circulait dans leurs rangs selon laquelle le président de la CEI aurait été, disaient-ils, pris en otage à l’Hôtel du Golf, alors qu’il se rendait sur place pour rencontrer le Premier ministre Guillaume Soro, et contraint d’aller faire sa déclaration devant les caméras. Tous dénonçaient des fraudes massives lors du second tour et présentaient des documents électoraux truffés d’erreurs de calculs en faveur du candidat Ouattara. Mais la CIV est un Etat de droit, concluait ce consultant proche de Laurent Gbagbo.

Alassane Ouattara appelle Laurent Gbagbo à « respecter les résultats »

A Treichville, un quartier populaire du centre d'Abidjan, où s’est rendu l’un de nos envoyés spéciaux, la joie était plutôt contenue en fin de journée. Les gens avaient le sourire, levaient le pouce mais la rue n’était pas envahie. Seules quelques dizaines de jeunes couraient dans les rues ou s’entassaient dans des voitures en klaxonnant, tandis que des scènes d’euphorie étaient rapportées dans les quartiers d'Adjamé et d'Abobo.

A l’hôtel du Golf, où ont été annoncés ces résultats provisoires, se trouvait Alassane Ouattara. Une demi-heure après cette annonce, le candidat du RHDP s’est présenté à la presse pour une déclaration. Après les remerciements d’usage, notamment à Henri Konan Bédié qui, selon lui, a grandement contribué à cette victoire, Alassane Ouattara a dit qu’il accueille ces résultats avec beaucoup « d’émotion et d’humilité ». 

Alassane Ouattara a dit ne pas craindre le verdict du Conseil constitutionnel et sa première ambition, explique-t-il, est de travailler à la réconciliation et de former un gouvernement d’union nationale où tous les partis seront représentés. Enfin le candidat du RHDP a demandé à son « frère Laurent Gbagbo » de tenir sa parole et de respecter les résultats. Il aussi appelé ses militants à célébrer dans la joie et dans la paix et de ne pas répondre à d’éventuelles provocations.

Les Nations unies réagissent

Sur RFI, enfin, le porte-parole de l'ONUCI, l'Opération des Nations unies en Côte d'Ivoire, a souhaité que tout se passe dans le calme et dans le respect des « règles

Réaction du porte-parole de l'ONUCI, Hamadoun Touré
10-10-2013 - Par RFI

institutionnelles ».

Plus ferme, le Conseil de sécurité, réuni pour discuter de la situation en Côte d'Ivoire, a parlé de « mesures appropriées pour ceux qui entravent le processus électoral ». 

La menace est de poids, elle provient d’un Conseil de sécurité présidé par les Etats-Unis... Au moment où la victoire d’Alassane Ouattara était annoncée, les 15 pays-membres du Conseil « ont réaffirmé leur volonté de prendre les mesures appropriées contre ceux qui entravent le processus électoral et en particulier le travail de la Commission électorale indépendante », a ainsi fait savoir Susan Rice, ambassadeur des Etats-Unis aux Nations unies et présidente en exercice du Conseil de sécurité durant tout le mois de décembre 2010.
 
L’ambassadeur américain aurait pu ajouter : en langage diplomatique, « mesures appropriées » signifie : « sanctions ». Le 15 octobre dernier, le Conseil avait adopté une résolution menaçant de sanctions ceux qui feraient « obstacle à la paix et au processus électoral » ou inciteraient « à la haine et à la violence ».
 
L’avertissement n’a clairement pas eu l’effet escompté. Si les 15 pays-membres du Conseil de sécurité estiment que le second tour de la présidentielle ivoirienne s’est tenu « dans un climat démocratique », qualifiant les élections « d’ouvertes, libres, justes et transparentes », ils préviennent les dirigeants ivoiriens « qu’ils portent la responsabilité première d'assurer un processus pacifique ». Le Conseil de sécurité leur demande de faire preuve de retenue et de s'abstenir de toute ingérence dans les travaux de la Commission électorale. Nous restons déterminés « à continuer à suivre de près la situation », en particulier les conditions de sécurité sur le terrain et les efforts pour mener à bien le processus électoral, a encore insisté Susan Rice. 

 Lire le portrait d'Alassane Ouattara

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