Incertitudes politiques, corruption, Pfizer, les révélations de WikiLeaks au Nigeria

WikiLeaks traite notamment de la question de la corruption au sein du pouvoir nigérian.
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En dépit de l’emprisonnement de Julian Assange, le fondateur du site d’information WikiLeaks, la diffusion de câbles diplomatiques se poursuit comme promis. Avec entre autre, le 8 décembre 2010, quatre câbles émanant de l’ambassade américaine d’Abuja et un autre le 9. Des entretiens entre Robin Renée Sanders, l’ambassadeur en poste à l’époque, et différentes personnalités, y révèlent la confusion politique qui régnait au moment de la maladie du défunt président Umaru Yar’Adua, les pratiques de corruption, la puissance du consortium pétrolier Shell dans le pays et les manœuvres du géant pharmaceutique Pfizer.

Le câble, classé secret, est daté du 26 février 2010, soit deux jours après le retour en catimini au Nigeria du président Umaru Yar’Adua, hospitalisé depuis plus de deux mois en Arabie Saoudite. Dans cette note que s’est procurée WikiLeaks, Goodluck Jonathan, alors président par interim, confie à Robin Renée Sanders, l’ambassadeur américain en poste à l’époque, la confusion qui règne au plus haut niveau de l’Etat, venant confirmer les rumeurs qui ont agité le pays pendant plusieurs semaines. Selon Goodluck Jonathan, Yar’Adua se trouvait dans un « état de semi-coma » et ne comprenait pas ce qui se passait autour de lui.

« Tout le monde est dérouté quant à savoir qui dirige le Nigeria », aurait-il précisé. Cette confusion est manifeste dans la description qu’il fait d’un Conseil des ministres qualifié de « désastreux. Il y a eu des cris et des engueulades. Cela ne marche pas du tout ». Goodluck Jonathan ajoute que les chefs des armées encouragent les militaires « à rester dans les casernes pour que cette incertitude ne dégénère pas en coup d’Etat émanant des officiers ».
 
« Vingt millions de dollars pour signer un document »

Lors de la même entrevue, l’ancien vice-président admet aussi « ne pas être un politicien expérimenté », et semble partager la stratégie de l’ambassadeur américain : dissoudre le gouvernement et organiser des élections propres en 2011. Il ajoute : « Si certains veulent que je sois candidat, j’y penserai le moment venu »… En filigrane, la note révèle une grande proximité entre les Etats-Unis et Goodluck Jonathan qui s'est rendu à Washington en avril dernier pour sa première visite à l’étranger en tant que président en exercice du Nigeria.

Shell dément être infiltrée dans certains ministères nigérians

Dans un autre câble diplomatique daté du 10 février 2009, Ann Pickard, la vice-présidente de Shell pour l’Afrique sub-saharienne, aborde avec l’ambassadeur américain la question de la corruption au sein du pouvoir nigérian. Robin Renée Sanders écrivait dans une précédente entrevue (27 janvier 2007) : « Pickard nous a dit que les autorités nigérianes contrôlent les autorisations finales de départ de nombreux pétroliers et qu’il y a des « gens très intéressants » qui donnent ces autorisations. (…) Les acheteurs de brut doivent payer de gros pots-de-vin se montant à des millions de dollars au directeur général de la NNPC (la compagnie nationale, ndlr) Yar’Adua, au conseiller économique en chef Yakubu ou à la Première dame Turai Yar’Adua, pour pouvoir faire partir leurs pétroliers ». Ann Pickard accuserait cette fois l’Attorney général Michael Aondoakaa (ministre de la Justice, remplacé en février 2010, ndlr) de demander « vingt millions de dollars pour signer un document ».
 

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Ann Pickard, dans une note datée du 20 octobre 2009, affirmerait aussi tout savoir sur ce qui se trame dans les hautes sphères du pouvoir. A propos des intentions chinoises d’obtenir des concessions pétrolières, la patronne du groupe anglo-néerlandais aurait déclaré : « Le gouvernement du Nigeria oublie que Shell a des personnes dans tous les ministères importants et qu’en conséquence, Shell a accès à tout ce qui se fait dans ces ministères ». Une information aussitôt démentie, le 9 décembre dernier, par le porte-parole de la compagnie, Kim Blomley, depuis le siège londonien de l’entreprise : « L'affirmation (...) selon laquelle Shell aurait d'une manière ou d'une autre infiltré le gouvernement du Nigeria est absolument fausse, inexacte et trompeuse ».

Pfizerdément avoir cherché à refuser de dédommager les victimes
 

Le géant pharmaceutique Pfizer aurait cherché à salir les autorités nigérianes. Selon un câble diplomatique daté du 20 avril 2009, le groupe Pfizer aurait essayé de trouver des preuves de corruption impliquant l’ancien ministre de la Justice pour le contraindre à abandonner ses poursuites. Rappelons qu’en mai 2007, l’Etat Nord de Kano avait demandé 2 milliards de dollars de dommages et intérêts dans l’affaire du Trovan. Les tests, effectués en 1996, de ce traitement contre la méningite auraient tué 11 enfants et rendu des milliers d’autres handicapés, selon les autorités.
Lors de la rencontre avec les officiels américains, le directeur de Pfizer-Nigeria, Enrico Liggeri, aurait laissé entendre que le groupe pharmaceutique ne veut pas payer les sommes pour régler les cas portés devant la justice par le gouvernement fédéral nigérian. Ce vendredi 10 décembre 2010, un communiqué du groupe pharmaceutique a démenti ces allégations. En juin 2009, Pfizer et l’Etat de Kano avaient annoncé avoir signé un accord de dédommagement d’un montant de 75 millions de dollars.

 

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