Abdoulaye Wade, président du Sénégal est l'invité de RFI / France 24


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C'est une interview exclusive RFI / France 24. Nos confrères Laurent Correau et Marc Perelman ont été reçus par le président sénégalais Abdoulaye Wade avec qui ils ont passé en revue les principaux dossiers de l'actualité africaine.

 

Dans cette interview enregistrée au milieu du grand salon du palais de la République, le président sénégalais a d’abord annoncé à RFI et à France 24, qu’il souhaitait remettre le sort d’Hissène Habré entre les mains de l’Union africaine, ce qu’il annoncera officiellement, dit-il, lors du prochain sommet de l’organisation.
 
Abdoulaye Wade : « C’est l’Union africaine qui m’avait confié ce dossier. Je regrette d’ailleurs. Franchement, je regrette d’avoir accepté. Parce que je n’ai pas obtenu le minimum de soutien que je cherchais. L’Union africaine a demandé s’il y avait un Etat qui acceptait de faire juger Hissène Habré pour son compte. Et comme d’habitude, je réprouve l’idée de faire juger des Africains par l’extérieur, je trouve que ce n’est pas digne d’un Etat africain ou des Etats africains. C’est pour ça que j’accepté, c’est pour cette raison, c’est une question de dignité.
 
Alors maintenant, la décision de la cour de la Cédéao est en contradiction avec l’Union africaine. Moi, je ne vais pas rentrer dans toutes ces histoires-là. Je veux que l’Union africaine reprenne ce dossier. Voilà ma position. Au prochain sommet, je dirai : prenez votre dossier, sinon Hissène Habré je vais le renvoyer quelque part. Je sais très bien où je vais le renvoyer. Je peux bien le renvoyer chez lui. Je vous le dis très clairement : je vais m’en débarrasser. Point final !
 
RFI : Est-ce que l’extradition vers la Belgique est une solution possible, au jour d’aujourd’hui ?
 
A.W. « J’ai réprouvé cette solution. Je me suis dis : ce n’est pas possible, qu’un continent comme l’Afrique n’arrive pas à trouver un pays pour juger un Africain ! Non ! Mais à la limite, pourquoi pas ? A la limite, les gens sauront que j’ai tout fait pour l’éviter, mais… je ne l’exclus plus maintenant ».
 
RFI : Abdullaye Wade est aussi revenu sur sa candidature à la présidentielle de février 2012 au Sénégal. Il aura, au moment du scrutin, 86 ans.
 
A.W. « Si les Sénégalais s’aperçoivent que je n’arrive plus à gouverner, vous croyez qu’ils vont voter pour moi ? Donc, il faut nous laisser l’appréciation. Dans certains pays il y a des limitations d’âge, dans certains autres pays ça n’existe pas. Et comme vous dites vous-même ; on a l’âge de ses artères. Je me porte très bien ».

RFI: Interrogé sur la constitutionnalité de sa candidature, pour un troisième mandat, le président sénégalais tranche en quelques mots :
 
A.W. « Mon parti a décidé de me présenter et de me soutenir. Il n’y a pas de problème constitutionnel. Au demeurant, admettons qu’il y en ait un. Mais laissez les juges constitutionnels décider ! Je vais présenter ma candidature. S’ils disent « bon, cette candidature n’est pas recevable » : je dis allez, Messieurs je m’en vais, je n’ai pas de recours.  Mais s’ils disent que ma candidature est recevable, il faut l’accepter ! ».

RFI : Il existe beaucoup de spéculations au Sénégal sur la présence, aux côtés d’Abdullaye Wade, dans le gouvernement, de son fils Karim. Le président sénégalais a souhaité de lui-même s’expliquer sur les raisons qui l’ont amené à appeler son fils :
 
A.W. « J’anticipe sur une question parce que vous allez me la poser : mon fils. Mais mon fils est un citoyen sénégalais. S’il veut aller faire des élections présidentielles ---, c’est son problème. Je ne l’ai pas appelé auprès de moi pour ça. Je l’ai appelé à cause de ses compétences. C’est un économiste, c’est un banquier, qui a fait ses preuves à Londres, à la City, et qui a fait ses preuves au Sénégal, dans les départements que je lui ai donnés.
 
Le département le plus difficile aujourd’hui, qui est dans une situation désastreuse, c’est  l’électricité. Je ne connais personne d’autre que lui, pour être capable de redresser cette situation. Je ne le prépare pas à être le président du Sénégal. Mais soyons bien d’accord, je ne l’empêcherai pas d’être candidat ! Le jour où je prendrai la décision de soutenir mon fils… On ne va pas me faire la morale ! Je commencerai par retourner chez moi tranquillement, remettre ces lieux à quelqu’un d’autre, conformément à la Constitution. Eh bien, il ira se présenter… Mais ce n’est pas le cas du tout. Si j’ai demandé un nouveau mandat c’est pour l’exercer, parce que j’ai commencé à faire de très bonnes choses. Excusez-moi, ce n’est pas très modeste. Mais c’est la vérité !

RFI : Dans cette interview exclusive, le président sénégalais a dit son optimisme sur l’évolution de la situation en Guinée, après les élections présidentielles :
 
A.W. « Moi, je pense que la Guinée est sur une bonne voie. Vous savez que je suis en rapport avec les deux… Cellou Dalein Diallo, qui me considère comme son père… Je lui ai dit que derrière une élection il y a toujours une autre élection – comme on dit – pour le train et qu’en matière politique, il fallait être très patient ! Lui, il est jeune. Vous n’avez pas le pouvoir la première fois et il faut persister. Moi je l’ai eu à la cinquième fois.
 
Pour ce qui est de la Guinée, je m’en réjouis. Alpha Condé va certainement faire un gouvernement élargi. Je conseille à Cellou d’accepter. Parce que la Guinée ne peut pas se permettre certaines pratiques. Elle est tellement divisée entre les ethnies, il vaut mieux pour les cadres se retrouver ensemble, dans une sorte de partage du pouvoir – avec un président bien entendu – pour éviter qu’il n’y ait des confrontations entre les ethnies, parce que là, ce serait la catastrophe ».

RFI : Le président sénégalais est enfin revenu sur l’esprit du Festival mondial des arts nègres, qui vient de s’ouvrir à Dakar. « Il ne s’agit pas, a-t-il expliqué, d’opposer le monde noir au reste de la planète. Le message, selon lui, est en direction de la jeunesse. « Nous voulons, a-t-il dit, que nos jeunes ne croient pas que nous sommes venus les mains vides. Il faut qu’ils comprennent que nous apportons quelque chose de plus à la civilisation », a conclu le président Wade.
 

Abdoulaye Wade, président du Sénégal
10-10-2013 - Par France 24