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Indépendances africaines - 
Article publié le : mardi 14 décembre 2010 à 14:05 - Dernière modification le : mardi 14 décembre 2010 à 20:28

Les étudiants en coopération et aide au développement ne veulent pas «contribuer à la pensée néocoloniale»

«Nous ne voulons pas contribuer à la pensée néocoloniale...»
«Nous ne voulons pas contribuer à la pensée néocoloniale...»
Marion Urban/RFI

Par RFI

Explorer de nouvelles approches pour la coopération et l'aide au développement, 50 ans après les indépendances africaines.  C'est sur cette idée que les partenaires du campus René Dumont du Jardin tropical de Paris ont mobilisé des étudiants des filières spécialisées dans l'aide internationale des universités parisiennes et en visioconférence, des étudiants en droit des universités de Dakar (Sénégal) et de Dschang (Cameroun). Le séminaire de ce 13 décembre, intitulé Cinquante ans d'indépendances africaines et après ? Nouveaux partenariats, nouvelles générations, a été l'occasion de présenter leurs réflexions sur l'avenir. La rencontre était précédée d'un panorama de nouvelles pratiques mises en place ces dernières années par quelques organisations.

Ils sont étudiants en région parisienne et en Afrique et se destinent à travailler dans le secteur du développement, à l'heure où les schémas hérités de la coopération depuis les indépendances sont bouleversés, contestés.  «Les étudiants ont peur de contribuer à la pensée néocoloniale et souhaitent sortir du schéma de la coopération Nord-Sud. Ils privilégient la coopération Sud-Sud et s'engagent plutôt dans des projets menés par des organisations locales

Dossier spécial 50 ans des indépendances africaines
© J-B. Pellerin

C'est l'une des conclusions d'un sondage, mené par les étudiants de l'Institut d'étude du développement économique et social (IEDES), de l'université Paris 1 (Panthéon-Sorbonne),  auprès de leurs camarades, marque la rupture. «Ils excluent le champ «africain» de leurs futures activités», et «le récipendiaire traditionnel et figé de l'aide : Mali-Burkina Faso-Côte d'Ivoire»,  insistent les rapporteurs. Les futurs professionnels du développement ne s'imposent pas de barrières linguistiques. Ce n'est pas parce que l'on est francophone que l'on va choisir de travailler avec des partenaires francophones. La mondialisation, c'est s'ouvrir aux autres, à tous les autres.

Les jeunes n'ont pas connu la décolonisation et encore moins la colonisation. Ils rejettent le rapport qu'ils jugent paternaliste, né de l'histoire coloniale. «La main qui donne supérieure à celle qui reçoit», rappelle une étudiante. Comme elle, les futurs professionnels du développement sont méfiants à l'égard de l'aide publique française au développement et ne croient pas que les organisations non gouvernementales, «terrain de jeux des classes moyennes occidentales et de la bonne conscience» soient capables de faire tellement mieux. Et puis comme il s'agit de rompre avec l'ordre ancien,  «le développement est indissociable de la politique», souligne un intervenant.

 
Vu l'inefficacité de notre politique d'aide au développement, heureusement que la Chine et le Brésil bousculent les règles du jeu !
 
Pierre Calame, fondation Charles Léopold Mayer, intervenant dans le séminaire Nouveaux partenariats, nouvelles générations

Pas facile, cependant, d'incurver les mécanismes et de mettre en accord convictions et réalités. Les jeunes des campus d'Evry, Créteil, Paris 1 et de l'Institut d'études politiques de Paris (IEP) se posent des questions sur leur formation où la tolérance et le respect des cultures sont souvent absents des cours magistraux comme s'il n'y avait qu'une vision, une approche du développement. Même si le continent africain est au coeur de leurs masters -des étudiants de toutes nationalités se côtoient dans les salles de cours-, «les termites rongent la charpente intellectuelle», déplore l'un des intervenants, en évoquant les clichés entretenus par certains comme «cette 'personne' qui a été dire en juillet 2007 que l'homme africain n'était pas assez entré dans l'histoire». Images mentales qui, selon lui, minent l'efficacité de l'aide.

Unité africaine, pacification, stabilisation, engagement profond dans le développement. Par leurs questions et leurs commentaires, les étudiants de Dakar et de Dschang, qui participaient donc au séminaire par visioconférence,  ont dessiné les cadres dans lesquels ils voient les nouveaux partenariats. «Nous, Africains, nous pensons que nous avons les moyens de nous développer mais cela dépend de la volonté de nos dirigeants». 
 

Ousmane Sy
 

ancien ministre de l’Administration territoriale et des Collectivités locales de la République du Mali.
Intervenant dans le séminaire Nouveaux partenariats, nouvelles générations.
«Après cinquante ans d'indépendances africaines, que faire ?»

14/12/2010
par RFI
 
 

Pratiques et expériences d'acteurs du développement
"Nouveau partenariats, nouvelles générations". Harold Roy Maccaulay retrace l'évolution du CORAF/WECARD.
Marion Urban/RFI

La coordination Concord, fondée il y a 35 ans, qui regroupe 26 plates-formes nationales représentant 1 600 organisations non gouvernementales, a connu les aléas de l'élargissement de l'Union européenne avec la confrontation des expériences et la multiplication des points de vue. Traversé de ces courants, Concord se félicite du nouveau pouvoir que la mondialisation lui offre dans les négociations internationales.
Le Conseil Ouest et Centre africain pour la recherche et le développement agricole CORAF, enfant de la coopération franco-africaine en matière de recherche agricole dans les années 60, a subi d'importantes mutations internes, arrachées à la pratique du terrain et sous l'influence des crises économiques, de leurs potions miracles, ou des catastrophes. De Paris, le siège s'est transféré à Dakar. Le secrétaire général est à Pékin. L'encadrement s'est africanisé au Nord comme au Sud. Son champ d'action, ses domaines d'intervention se sont élargis. Les centres et organisations de recherche des pays africains anglophones et lusophones ont rejoint le réseau. Les organismes se fédèrent au niveau sous-régional et régional. Le CORAF, composée initialement de chercheurs, s'est aussi ouvert aux acteurs de la société civile, notamment les organisations paysannes. Les financements ne viennent plus que de façon marginale du ministère français des Affaires étrangères. Les Etats-unis,  l'Union européenne, la Banque mondiale sont les nouveaux bailleurs de fonds. Chinois, Brésiliens, Australiens et Allemands ont déjà manifesté leur intérêt pour les réseaux du CORAF.
Même constat du côté de Coordination SUD (130 associations et 6 coordinations). Face à la multiplication des ong et leur mondialisation, elle plaide pour la création de nouveaux métiers : animateurs et facilitateurs. La multiplication des partenaires : c'est aussi la confiance à construire.

 A lire: Grotius.fr, la revue en ligne Médias et humanitaire

tags: Anniversaire des indépendances africaines - Coopération et Développement - Education
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