André Magnin : les artistes africains prennent de plus en plus de place

André Magnin, pécialiste pour l’art africain contemporain.
© sf

Avec son exposition Les Magiciens de la Terre qu’il a codirigée au Centre Pompidou à Paris en 1989, André Magnin est entré dans l’histoire de l’art. Pour la première fois, un grand musée occidental avait donné une place importante à l’art africain contemporain. Après, Magnin était longtemps directeur artistique de la Contemporary African Art Collection (CAAC), la collection privée de l’Italien Jean Pigozzi. Cette collection est la plus importante du monde sur l’art africain contemporain, mais les œuvres sont rarement exposées en Afrique. Entretien.

RFI : Lors de l’anniversaire des indépendances africaines, on avait souvent l’impression qu’on mettait l’accent sur tous les domaines, la politique, l’économie, le militaire, le social, l’histoire, le social, sauf sur la culture. Pourquoi ?

André Magnin : En effet, lors qu’on voit les images télévisées de l’Afrique, c’est toujours la guerre, la corruption, les choses qui ne vont pas. Il y a au moins une chose qui va bien, c’est la culture. On sait bien dans les médias que c’est ce qui ne va pas qui fait vendre. Dans la culture africaine il y a des artistes extraordinaires. Et de plus en plus, on est en train de prendre la mesure de l’importance et de la diversité des cultures en Afrique, de la puissance des artistes : peintres, sculpteurs, photographes africains qui prennent de plus en plus de place sur le marché de l’art et dans les musées.

RFI : Avez-vous eu le sentiment que les pays africains ont mis le paquet sur la culture pour « fêter » cette année des indépendances africaines ?

A.M. : Au Sénégal certainement, avec ce Festival mondial des arts nègres. Au Bénin, il y a aussi des gens qui s’y attachent, au Mali aussi… Vous savez, en Afrique, il n’y a pratiquement pas de structures pour l’art contemporain. Il n’y a pas de musée d’art contemporain, il y a très peu de galeries d’art contemporain, à part en Afrique du Sud et quelque peu en Nigéria et au Sénégal. Il n’y a pas de centres d’art contemporain. Donc, la population est assez coupée de ses artistes. Les artistes africains d’aujourd’hui ont le plus souvent d’abord une reconnaissance à l’étranger. C’est sans doute cette reconnaissance à l’étranger qui va les faire connaître chez eux. C’est ce qui se passe en ce moment.

RFI : Le Festival à Dakar s’appelle Festival mondial des arts nègres. C’est une bonne manière de faire le pont entre l’Afrique et l’Occident et le reste du monde ?

A.M. : Ce Festival des arts nègres a pris naissance il y a un siècle. Ils ont réitéré ce terme, mais je ne sais pas si on peut parler d’art africain contemporain. Il y a évidemment des indices d’africanité dans l’art. On vient toujours de quelque part. On est enraciné dans une terre, dans une culture, on a un héritage. Et les artistes travaillent à partir de cet héritage. Néanmoins, avec la révolution de l’internet, les artistes sont en connexion avec le monde. Il y a de bons artistes africains, mais qui participent à l’écriture d’une histoire de l’art international. S’il y a des indices de l’africanité dans l’art, cela serait le souci de la communauté qu’on peut percevoir chez les grands artistes africains qui vivent en Afrique.


RFI : Avant ce 3e Festival mondial des arts nègres, très peu de gens avaient conscience des deux autres festivals en 1966 et 1977. Par contre, tout le monde, se souvient de votre exposition-événement en 1989 au Centre Pompidou à Paris: Les Magiciens de la Terre. Cette troisième édition du Festival des arts nègres peut-elle changer l’histoire de l’art comme vous l’avez fait avec Les Magiciens de la Terre ?

A.M. : Malheureusement, je ne suis pas partie prenante du Festival des arts nègres à Dakar, je ne connais pas le contenu esthétique. Je sais qu’il y a un public à Dakar, parce qu’il y a aussi la Biennale de l'art africain contemporain à Dakar, mais je ne suis pas convaincu qu’une exposition d’une ampleur comme Les Magiciens de la Terre peut avoir lieu en Afrique, parce que cela demande des années de préparation, des recherches que les Africains peuvent difficilement faire en Afrique, parce qu’il n’y a pas des structures pour la reconnaissance des artistes en Afrique. Comment on peut y faire une exposition d’envergure internationale qui puisse avoir un impact à l’international ? Je le souhaite vivement, mais j’attends voir des résultats.

NOTRE DOSSIER SPECIAL Festival Mondial des Arts Nègres
© 2010 World Festival of Black Arts and Cultures

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