La Côte d'Ivoire au bord du précipice

Des partisans d'Alassane Ouattara affrontent les forces de police ivoiriennes à Abidjan, le 16 décembre 2010.
© AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

Guillaume Soro, le Premier ministre d'Alassane Ouattara, appelle ce 17 décembre à la reprise de la marche sur la RTI et sur la primature, malgré les incidents meurtriers de la veille à Abidjan lors de la première tentative. De véritables scènes de guerre ont eu lieu opposant les partisans de Gbagbo à ceux d’Ouattara. Environ 800 casques bleus ont pris position autour de l’Hôtel du Golf, le QG d'Alassane Ouattara. Jean Ping, le président de la commission de l'UA est arrivé ce vendredi matin à Abidjan pour établir une médiation entre les deux camps.

Traversée d’Abidjan sous haute tension dans l’après-midi du 16 décembre. Le calme est alors pourtant revenu sur la ville, théâtre le matin d’émeutes et de scènes de combat. Mais les rares véhicules civils qui se risquent à vive allure sur les artères désertes ajoutent une note d’angoisse à l’omniprésence de forces de l’ordre sévèrement armées.

Au Carrefour de l’Indénié, des hommes du Centre de commandement des opérations spéciales montent la garde sur un pickup équipé d’une mitrailleuse de calibre 12.7 en batterie. Sur le boulevard lagunaire, le Café de Rome est désert. C’est là qu’une fusillade nourrie a éclaté en fin de matinée, au bord de la lagune Ebrié.

Pas âmes qui vivent non plus dans le quartier du Plateau, au cœur d’Abidjan, traversé pour éviter le pont Charles de Gaulle, verrouillé par des soldats de la Garde républicaine appuyés par un blindé.

Direction le pont Félix Houphouët-Boigny. Aux extrémités, la Garde républicaine encore, mais sans blindé. Kalachnikov au poing, casque de combat vissé sur la tête, les militaires filtrent le trafic. Pour franchir le barrage sans encombre, mieux vaut baisser les vitres, faire un signe amical de la main, et ça passe.

Boulevard Giscard d’Estaing. La voie est libre. Le quartier de Treichville est tranquille. Au carrefour Solibra, une vingtaine d’hommes de la Brigade anti-émeute sont en faction dans leur camion. Ce sont les derniers hommes en armes croisés sur le parcours. De la zone 4 aux limites de Port-Bouët, tout est calme.

Le camp Ouattara repart à l'assaut de la RTI

S'ils ont décidé de réprimer cette marche, c'est qu'ils savaient qu'elle allait réussir.

Patrick Achi, porte-parole du gouvernement Soro
17-12-2010

Les craintes concernant la journée du 16 décembre n'étaient pas infondées. Les manifestants pro-Ouattara qui espéraient converger vers la RTI ont été durement réprimés et plus inquiétant encore Abidjan a été le théâtre de violents affrontements entre les forces fidèles à Laurent Gbagbo et les soldats des Forces nouvelles.

Guillaume Soro n'est pas arrivé le 16 décembre à tenir son pari de prendre la radio télévision ivoirienne sans effusion de sang. Son gouvernement n'a pas pu quitter l'Hôtel du Golf, les militants du RHDP n'ont jamais pu sortir de leurs quartiers et les combattants de l'ex-rébellion n'ont à aucun moment été en mesure de conquérir le siège de la RTI. Cela dit, pour Alassane Ouattara et les siens la partie n'est pas perdue. La journée d'hier s'apparente à une première manche.

Je ne crois pas que nous soyons au bord de la guerre mais je crois que la situation sera maîtrisée.

Emile Guiriéoulou, ministre de l'Intérieur du camp Gabgbo
17-12-2010

Ce vendredi, si les mots d'ordre sont suivis, plusieurs quartiers d'Abidjan devraient à nouveau s'échauffer. Quant aux FN (Forces nouvelles) nul doute qu'elles retenteront une nouvelle percée dans la métropole ivoirienne mais aussi sur l'axe Nord-Sud allant de Bouaké à Abidjan via Yamoussoukro.

Les patrons de l'Union africaine et de la Cédéao sont attendus ce vendredi dans le pays mais en l'état actuel, il est bien difficile de percevoir quelle solution diplomatique peut encore être trouvée. La Côte d'Ivoire est au bord du précipice et l'heure de la confrontation armée semble bel et bien avoir sonné.

Le bilan de ces violences est difficile à établir : au moins 11 morts et 80 blessés selon le CICR, 30 morts et 110 blessés selon le camp Ouattara, 20 morts selon le camp Gbagbo, 10 côté FDS, 10 côté manifestants.

Abidjan n'a pas connu de combats aussi violents depuis mars 2004...

Bilan de la journée à Abidjan
17-12-2010

Réactions internationales

La communauté internationale ne cache pas son inquiétude, suite à ces affrontements meurtriers. Washington hausse le ton et donne un temps limité à Laurent Gbagbo pour quitter le pouvoir. C'est un responsable américain cité anonymement par l'Agence France Presse qui le dit. Selon ce même responsable, Laurent Gbagbo «écoute avec attention ce que les Etats-Unis, la France, la Cédéao et l'Union africaine lui font comprendre ». Washington et ses partenaires «unanimes» s'attendent à une décision «dans les jours qui viennent », conclut ce responsable américain.

Dès la semaine dernière, les Etats-Unis avaient clairement menacé Laurent Gbagbo de sanctions ciblées, le touchant lui et sa famille, s'il continuait à faire, « le mauvais choix » de s'accrocher au pouvoir. Le porte-parole du département d'Etat s'est dit « très préoccupé par la flambée de violence en Côte d'Ivoire». « Nous appelons tout le monde à rester calme pendant que nous travaillons avec la communauté internationale à résoudre cette situation » a déclaré Philip Crowley.

De son côté le Conseil de sécurité de l’ONU met en garde les auteurs d'attaques contre des civils en Côte d'Ivoire. Ils seront tenus pour responsables de leurs actes et « traduits en justice».

Le rôle des soldats de l'ONUCI est de continuer les patrouilles, de parler à tous les partis politiques et d'éviter de nouvelles pertes pour la population. Il faut éviter les bains de sang...

Hamadoun Touré, porte-parole de l'ONUCI
16-12-2010

L’Union européenne, elle, prépare actuellement une liste de 18 ou 19 noms de proches de Laurent Gbagbo qui seront l'objet de sanctions financières et de restrictions de déplacement. Les députés européens ont invité aussi la chef de la diplomatie européenne, Catherine Ashton, à prendre de «nouvelles initiatives» pour soutenir le président élu Alassane Ouattara.

Sur la chaîne, France 24, Luis Moreno Ocampo, le procureur de la Cour pénale internationale a aussi mis les Ivoiriens en garde. Il engagera des poursuites contre quiconque serait responsable de violences meurtrières en Côte d'Ivoire.

A la CPI, nous n'interviendrons pas dans les résultats des élections, ce n'est pas notre rôle.

Luis Moreno-Ocampo, procureur de la Cour pénale internationale (CPI)
16-12-2010

Une vingtaine d'ONG, Organisations non gouvernementales aussi appellent à cesser les combats. Human Rights Watch, La Raddoh, une des ONG les plus influentes en Afrique ou encore la Fédération internationale des ligues des droits de l'Homme demandent avec force aux responsables ivoiriens d'appeler leurs partisans au calme et à la non-violence.

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