Côte d'Ivoire : calme précaire, l'ONU dénonce des «violations massives des droits de l'homme»

Une patrouille de l'Onuci dans une rue d'Abidjan, le 17 décembre 2010.
© REUTERS/Luc Gnago

C'est aujourd'hui lundi 20 décembre 2010 à New York que doivent avoir lieu les discussions sur le renouvellement du mandat de la mission de l'ONU en Côte d'Ivoire. Un rendez-vous sans lien avec l'injonction émise par Laurent Gbagbo ce week-end de voir l'Onuci et la force Licorne quitter le pays. Ces discussions étaient prévues de longue date car le mandat de la mission expire officiellement le 31 décembre prochain. Sur place, on constate une détérioration de la situation politique et sécuritaire. Ces derniers jours, d'après l'ONU, les violences ont fait plus de 50 morts et 200 blessés. 

En apparence, pas une vaguelette ne vient rider les eaux calmes de la lagune Ebrié. Que ce soit chez les proches de Laurent Gbagbo, ou dans l’entourage d’Alassane Ouattara, chacun jure qu’il fera tout pour éviter de faire couler le sang des Ivoiriens et que la violence ne peut venir que du camp adverse.

L’homme le plus visible de ces derniers jours, Charles Blé Goudé, a tenu ce week-end des meetings à Yopougon et à Port-Bouët pour mobiliser les jeunes. Si le nouveau ministre n’a rien perdu de sa verve nationaliste, et qu’il ne rate pas une occasion pour fustiger Nicolas Sarkozy, qui selon lui traite Laurent Gbagbo comme un modeste sous-préfet, l’ancien leader étudiant promet que la résistance contre les troupes étrangères se fera pacifiquement.

« Violations massives des droits de l'homme »

Notre dossier spécial : les défis de Ouattara

Du côté de l’hôtel du Golf, où sont retranchés Alassane Ouattara et ses ministres, on assure qu’une offensive des Forces nouvelles n’est pas à l’ordre du jour. Mais l’on dénonce avec force les tueries de masse perpétrées par « les milices à la solde d’un régime illégitime aux abois ». Une accusation en partie corroborée par les Nations unies. Selon la division des droits de l’homme de l’Onuci, depuis plusieurs jours les exécutions sommaires et les enlèvements de militants du RHDP se multiplient à Abidjan et dans les environs.

Les violences perpétrées durant ces trois derniers jours ont fait plus de 50 morts et plus de 200 blessés, selon un bilan donné dimanche 18 décembre par la Haut Commissaire des Nations unies aux Droits de l'homme. Navi Pillay parle de « violations massives des droits de l'homme » et notamment d'enlèvements commis la nuit par des individus armés non identifiés qu'accompagnent des membres des forces de défense et de sécurité fidèles à Laurent Gbagbo. D'après les informations du Haut Commissariat, les personnes enlevées seraient détenues au secret et en dehors de tout cadre judiciaire, tandis que d'autres auraient été retrouvées mortes.

Ce que représentent l'Onuci et l'opération Licorne sur le terrain

L'ONU a opposé une fin de non-recevoir à l'exigence de Laurent Gbagbo d'un retrait des casques bleus de Côte d'Ivoire et s'est déclarée « préparée à toute éventualité », même si elle souhaite éviter une confrontation avec les forces armées fidèles au président sortant. Le camp Gbagbo a accusé les forces impartiales, l'Onuci mais aussi l'opération Licorne, censée appuyer l'Onuci, d'avoir transporté et fourni des armes aux anciens rebelles des Forces nouvelles alliés à son rival Alassane Ouattara.

Que représentent ces forces dites « impartiales » sur le terrain ? Forte actuellement de quelque 10 000 casques bleus, de policiers et de personnels civils, l'Onuci a commencé à être déployée en avril 2004 dans une Côte d'Ivoire coupée en deux depuis 2002 : un sud tenu par le régime Gbagbo et un nord contrôlé par les Forces nouvelles.

Commandement français sous mandat onusien

Sa mission était de surveiller le respect du cessez-le-feu, d'encadrer le processus de désarmement, qui est aujourd'hui au point mort à la suite de la crise née de la présidentielle du 28 novembre. Un contingent de 800 hommes protège actuellement l'hôtel du Golf où est retranché Alassane Ouattara, reconnu comme président élu par la communauté internationale.

Outre le retrait des casques bleus, Laurent Gbagbo a également exigé celui de la force française Licorne. C'est l'autre composante des « forces impartiales ». Licorne compte aujourd'hui 900 soldats installés sur l'ex-base militaire française du 43e Bataillon d'infanterie de marine, fermée en juin 2009.

Le commandement de Licorne est français, mais le mandat lui est onusien. La force est chargée d'appuyer l'Onuci. Théoriquement, le mandat de l'Onuci s'achève le 31 décembre prochain. Le conseil de sécurité de l'ONU peut bien sur le prolonger. Le Premier ministre d'Alassane Ouattara, Guillaume Soro, a même demandé qu'il soit renforcé.

Le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, a prévenu Laurent Gbagbo de « conséquences » si ce dernier s'en prenait à l'Onuci. Ce qui a donné évidemment satisfaction au gouvernement d'Alassane Ouattara, comme l'a exprimé son porte-parole.

Tant qu'on reste dans le mandat de maintien de la paix, on est dans la droite ligne de ce qu'il se fait jusqu'à maintenant.

Patrick Achi
20-12-2010

En revanche, aux yeux d'Alcide Djédjé, ministre des Affaires étrangères du gouvernement de Laurent Gbagbo, l'Onuci a contribué à « empirer la crise » en Côte d'Ivoire.

Depuis 2004, quand vous faites le bilan de l'opération des Nations unies en Côte d'Ivoire, c'est un bilan négatif.

Alcide Djé Djé
20-12-2010

 

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