RDC: L'opposant historique Etienne Tshisekedi parle sur RFI

Etienne Tshisekedi.
© AFP/CHRISTOPHE LEGASSE

L'opposant Etienne Tshisekedi, candidat déclaré à la présidentielle de 2011 en République démocratique du Congo (RDC), a été accueilli mercredi par une foule de militants à son arrivée à Kinshasa, après trois ans d'exil médical. Il est l’invité de RFI. Entretien.  

RFI : Ces dernières années on croyait que vous vous étiez retiré de la politique, puis voilà, vous faites un retour en fanfare. Qu’est-ce qui vous a décidé à reprendre le combat ?


Etienne Tshisekedi
: Ce n’était que le temps nécessaire pour me soigner, en Belgique. Et dès que la santé me l’a permis, j’ai repris mon travail habituel ; ma mission, que je crois être celle d’amener le peuple congolais, à établir un Etat de droit chez lui.

RFI : Vous n’avez jamais pensé à vous retirer de la politique ?

E.T. : Non. Tant que je n’ai pas fait cette mission-là, et tant que j’ai la confiance de ce peuple-là, je ne pense pas me retirer. Et tant que j’ai la confiance de ce peuple-là, il va m’élire !

RFI : Vous êtes très critique avec le président Kabila. Vous dites qu’il a tout raté. Mais il y a l’école primaire gratuite, il y a les investisseurs chinois tout de même, non ?

E.T. : Mais les investisseurs Chinois, ce n’est pas Kabila qui les a faits. Ce sont les Chinois qui sont venus !

RFI : Oui, mais ça fait venir de l’argent, ça fait construire des routes…

E.T. : Quand vous dites que c’est de l’argent, tout le monde au Congo est convaincu que l’argent qu’on donne, ne va pas dans ce que vous appelez construction des routes, c’est au dépens de tout ce qui est d’intérêt national.

RFI : Donc il y a la corruption, c’est ça ?

E.T. : Oui. Elle est à une échelle jamais vue dans le monde, dans l’histoire de l’humanité !

RFI : Et si vous êtes élu, qu’est-ce que vous ferez de mieux ?

E.T. : Mais je commencerai par une chose. La plus simple, c’est de construire un Etat. Il y a un Etat, quand il y a eu cette sécurité – et juridique et physique – quand il y a la paix, quand il y a du travail, quand il y a des hôpitaux... Les seuls hôpitaux que nous avons, ce sont ceux que les Belges ont laissé en 1960. Donc, quand il y a des routes des dessertes agricoles, pour que les paysans n’aillent pas tous dans les villes, restent chez eux, parce que les routes peuvent les amener à écouler leurs marchandises sur le marché.

RFI : Mais la corruption que vous dénoncez, elle existe depuis l’époque Mobutu. Est-ce qu’elle n’est pas rentrée dans la culture de beaucoup de Congolais ? Est-ce que vraiment vous pouvez la combattre ?

E.T. : Quand j’étais élu Premier ministre, dès le jour même, tous ceux qui avaient les biens de l’Etat ont rendu les biens de l’Etat à l’Etat ! C’est pour vous dire que quand l’exemple vient d’en haut, les gens suivent. Mais quand la corruption commence d’en haut, alors comment voulez-vous qu’elle puisse ne pas avoir lieu ? Parce que justement, les poissons commencent par pourrir par la tête.

RFI : Alors, ces derniers mois il y a eu du grabuge au sein de l’UDPS. Vous avez même dû  exclure plusieurs de vos camarades. Est-ce que le parti est toujours au bord de la scission, après le congrès ?

E.T. : Non, non…! Pas du tout ! C’était une sorte de guerre de succession, parce que tout le monde supposait que j’allais rentrer dans un cercueil et j’étais déjà mort. Donc, maintenant qu’ils m’ont vu en bonne santé, rentrer et reprendre les choses en main, tout est donc rentré dans l’ordre. Il n’y a aucun problème.

RFI : Et vous pensez déjà à celui qui vous succédera dans quelques années ?

E.T. : Non. Ça, la démocratie s’en occupera.

RFI : Certains disent que vous pensez à votre fils Félix.

E.T. : Mais pas nécessairement. C’est un garçon qui a toujours aimé la politique. Je ne peux pas l’empêcher de refaire. Si la démocratie le choisit, je ne peux pas m’opposer, mais si la démocratie ne le choisit pas, je n’en ferai pas un problème.

RFI : Donc c’est les militants qui décideront.

E.T. : Absolument, dans un congrès extraordinaire.

RFI : Etienne Tshisekedi, votre parti est très implanté dans le Kasaï, au centre du pays. C’est sa force, mais est-ce que ce n’est pas aussi sa faiblesse ?

E.T. : Mais pas du tout. Depuis toutes ces dictatures qui ont suivi Mobutu, il y a un silence, ici, qui est le fruit du terrorisme qui est exercé chaque jour sur la population. C’est comme ça que vous avez l’impression que dans les autres provinces il n’y a pas la même implantation. Mais maintenant que les Congolais commencent à chasser la peur, venez voir maintenant, ce qui se passe dans mon congrès. Les délégations sont venues de tous les coins de la République !

RFI : Mais tout de même, est-ce que vous n’avez pas intérêt à faire alliance avec Jean-Pierre Bemba et Vital Kamerhe par exemple, pour ratisser plus large, à l’ouest comme à l’est du Congo ?

E.T. : Mais c’est évident ! Quand j’ai ouvert le congrès de mon parti, mon premier discours était que j’ai fait un appel à toutes les forces acquises au changement. Même, si je suis disposé à faire appel à d’autres partis, c’est quand même l’UDPS qui s’est battu trente ans pour – d’abord – gagner les élections ! Je veux le faire avec les autres amis dans des plateformes à convenir. Mais c’est d’abord sur l’UDPS que je compte. Il ne faut pas que je vous donne l’impression que si je ne me rallie pas avec les autres, je n’aurai pas gagné. Pas du tout ! C’est le contraire ! Je fais confiance à mon parti, qui est connu par notre peuple comme étant le seul parti qui a lutté longtemps pour l’intérêt de ce peuple-là. Je sais que l’union fait la force, mais ce n’est pas une nécessité pour moi.

RFI : C’est-à dire que votre objectif c’est une victoire dès le premier tour, mais si ça ne suffit pas, une alliance en vue du deuxième tour ?

E.T. : Avec les autres. Voilà. C’est surtout à ce niveau-là.

RFI : Il y a quatre ans, vous avez boycotté la dernière présidentielle, parce que vous avez estimé que la communauté internationale avait choisi son candidat à l’avance et que le jeu était truqué. Est-ce que vous êtes sûr que les choses ont changé depuis ?

E.T. : Oui. Je viens d’arriver de presque trois ans en Occident, et je sais que beaucoup de ceux qui avaient été impliqués dans ces choix, sont maintenant déçus, justement, par leur poulain et je crois que maintenant ils n’ont plus de motif d’être zélés, pour continuer la triche. Ils vont absolument laisser le jeu démocratique se jouer normalement.

RFI : Et c’est ce que vous avez demandé au conseiller de Nicolas Sarkozy que vous avez rencontré discrètement à Paris il y a un mois ?

E.T. : On peut dire que c’est ça.

RFI : Et est-ce que les Français font partie des gens qui, à votre avis, ont été décus par Joseph Kabila ?

E.T. : Je ne peux pas aller aussi loin que ça.

RFI : Etienne Tshisekedi, vous êtes un nationaliste ombrageux. Il y a dix ou vingt ans, vous auriez sans doute refusé cette rencontre à l’Elysée. Est-ce que le Tshisekedi d’aujourd’hui a changé ?

E.T. : Oui, Tshisekedi a changé, parce que d’abord il faut être réaliste. Nous sommes dans l’ère de mondialisation. On a besoin de tout le monde pour notre développement. Donc, c’est évident que le Tshisekedi d’hier n’est pas celui d’aujourd’hui.