Importante mobilisation sur Facebook en Tunisie


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La Tunisie traverse une période de turbulence sociale depuis la mi-décembre 2010. Depuis la répression policière qui a suivi un soulèvement populaire dans la région du centre ouest de Sidi Bouzid. Plusieurs manifestations se sont tenues à travers le pays, les syndicats et partis d'opposition ont été rapidement dépassés par une mobilisation qui est venue de la jeunesse grâce au rôle du réseau social Facebook.

On n'a pas le chiffre des membres de Facebook en Tunisie. Mais de l'avis de blogueurs tunisiens, le phénomène a très vite pris dans un pays qui connait la censure médiatique et où la jeunesse aspire à plus de liberté, à plus de vérité sur l'information.

Selon des jeunes tunisiens adeptes de Facebook joint sur place à Tunis, Facebook fonctionne comme un refuge : « c'est là que nous trouvons l'info libre. Facebook nous redonne l'espoir dans un contexte de grande frustration  ».

C'est aussi là que les jeunes tunisiens peuvent se connecter avec des « amis », en Europe ou ailleurs, pour préparer un éventuel départ du pays, pour échapper au chômage. La Tunisie compte plus de 40 000 diplômés chômeurs sur les 110 000 diplômés qui sortent chaque année des universités.

Facebook dans le mouvement de révolte de décembre

Le mouvement de contestation sociale qui a pris naissance le 19 décembre dernier dans la région du Centre Ouest Sidi Bouzid est parti de la révolte populaire devant la réaction policière vis à vis d'un jeune homme. Un jeune diplômé chômeur, vendeur de fruits et légumes s'est vu confisquer sa marchandise par la police municipale. Il a tenté de mettre fin à ses jours en s'immolant par le feu. Il a été sauvé de justesse.

Très vite des manifestations contre le chômage, contre la cherté de la vie se sont organisées. Un autre jeune homme s'est suicidé le 24 décembre dans la même région. Au total deux personnes ont trouvé la mort et plus de 20 personnes ont été blessées dans des affrontements avec les forces de l'ordre.

La presse tunisienne a mis quatre ou cinq jours avant de parler de ces évènements. Mais parallèlement le net s'est mis à crépiter : de message à message, de page Facebook en blog de jeunes, l'info s'est rapidement répandue, avec des appels à la manifestation et des images, photos ou vidéo de la répression policière

Selon un blogueur tunisien, resté anonyme, « Facebook a fonctionné comme une trainée de poudre, en quelques heures, plusieurs villes du pays se sont mises dans le mouvement ».

Une grande différence avec un précédent mouvement populaire, les évènements du Bassin minier de Gafsa au printemps 2008. A cette époque, le pouvoir a réussi à circonscrire la révolte de la population à cette région en bloquant l'information. « Cette fois, grâce à Facebook, le pouvoir n'a pas pu faire le blackout sur l'information », ajoute ce blogueur.

La censure du pouvoir tunisien sur Facebook

Selon les propres utilisateurs tunisiens de Facebook, le pouvoir contrôle Facebook : « on peut poster des images et des rendez-vous pour des manifestations, mais il n'est pas question de mener des discussions et des stratégies sur Facebook, car aussitôt, les comptes Facebook des leaders et des militants sont piratées par l'ATI, l'agence tunisienne de l'Internet », explique un blogueur.

Malgré tout, Facebook reste relativement ouvert et libre en Tunisie. Contrairement à Youtube, Twitter ou Dailymotion qui sont totalement censurés, Facebook continue encore à fonctionner grâce à la débrouille. Au fur et à mesure que les pages des leaders de la jeunesse sont bloquées par le pouvoir, les jeunes utilisent des déviations, des proxy temporaires pour détourner la censure.

Par ailleurs, certains blogueurs tunisiens ont lancé une campagne internationale auprès d'autres blogueurs étrangers pour aider les jeunes tunisiens à pirater les sites officiels de la gouvernance tunisienne. Certains sites auraient déjà été perturbés. Bref, en Tunisie sur le net on joue au jeu du chat et de la souris !

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