L'avenir du Sud-Soudan soumis à référendum

Du 15 novembre au 8 décembre 2010, les Sud-Soudanais ont dû s'enregistrer spécialement sur des listes pour pouvoir voter au référendum.
© © Paul Banks/ONU

Sécession ou Union avec le Nord ? Les électeurs originaires du Sud-Soudan doivent répondre à la question qui est posée par voie du référendum qui débute ce 9 janvier 2011. De la consultation, peuvent naître un nouvel Etat africain, de nouveaux conflits ou les deux à la fois.

La consultation populaire par voie de référendum sur le statut du Sud-Soudan débute ce 9 janvier, à la date anniversaire de la signature de l’Accord mutuel de compréhension, dit «Accord de Machakos». Vingt chefs d’Etat assistaient à la cérémonie à Nairobi au Kenya, il y a 5 ans. Le référendum sur l’auto-détermination dans un délai de 6 ans, faisait partie de l'accord.

Privés de leur chef charismatique John Garang* à peine 7 mois après la signature du traité, les Sudistes n’ont pas lâché prise sur les engagements de Khartoum sur la répartition des sièges au sein des instances nationales, le partage des revenus pétroliers, l’organisation du recensement national, les élections générales, autant d’éléments inscrits dans l’Accord. Ils n’allaient pas laisser passer la date du référendum que les autorités de Khartoum jugeaient impossible à tenir il y a six mois encore.

La tenacité et la détermination du président du gouvernement du Sud, Salva Kiir, présenté comme un personnage falot à l’époque de la succession de John Garang, ont imposé ce rythme. Il a déployé une action diplomatique internationale qui lui a permis de conforter ses soutiens et gagner la confiance –ou l’intérêt- des Etats. Les autorités égyptiennes et libyiennes dénoncent aujourd'hui : «l’incapacité du gouvernement de Khartoum d'avoir rendu l’idée d’union avec le Nord séduisante pour les Sudistes».

Le conflit du Darfour, son enlisement et le rôle qu’y tient le président soudanais Omar el-Béchir ont favorisé la légitimité morale de l’indépendance du Sud qui s’est battu pendant 34 ans –avec une pause de 1972 à 1983- contre un gouvernement central, la majorité du temps, militaire, et dominé par les musulmans.

La sécession du Sud-Soudan paraît inéluctable à la veille du référendum, même si un quota de 60% des suffrages est exigé pour son obtention.

Pays «deux-en-un»

Le Soudan n’avait pas encore acquis son indépendance que les Sud-Soudanais avait déjà pris les armes.

Condominium anglo-égyptien depuis 1899, le Soudan a connu deux modes de développement bien distincts, chaque puissance colonisatrice appliquant ses préceptes. Une différence qui marqua du sceau d'une identité duale, un pays qui compte, par ailleurs quelque 600 ethnies. 

Les Britanniques ont maintenu les territoires du Sud habités par une majorité de population animiste et chrétienne dans un sous-développement, attractif pour les anthropologues et les missionnaires**, mais handicapant dès lors d'une accession à l'autonomie (les derniers zones sudistes ont été «pacifiés» au début des années 1930).

Installés depuis 1820, les Egyptiens ont formé des cadres locaux pour l’administration et développé les secteurs économiques, en se greffant sur les routes de commerce traditionnelles.

Les deux guerres du Sud (1955 et 1983) ont le même point de départ : une mutinerie militaire pour des soldes non payées. Ces actes de révolte concentrent ensuite l’aspiration des Sudistes. En 1983, c’est John Garang, qui est envoyé par l’armée pour calmer les mutins. Dans la foulée, il fonde l’Armée de libération du peuple du Soudan (ALPS) qui mènera la lutte contre le gouvernement de Khartoum pendant 22 ans.

En août 1991, une scission dans la guérilla met à jour les tensions ethniques entre Sudistes. D’effroyables massacres de civils s’ensuivent pour chasser les Nuers et les Shilluks, groupes dont sont originaires les dissidents. A John Garang, d’ethnie dinka, on donne l’image d’un despote –il sait éliminer les rivaux à l’occasion-. Les autorités de Khartoum sauront utiliser la faille et n’auront cesse d’attiser les rivalités, armant les uns contre les autres. Plusieurs années de paix sont perdues alors que de timides tentatives de négociations sont menées par l’Autorité intergouvernementale contre la sécheresse et pour le développement (IGADD sous son acronyme anglais), un organisme interrégional des pays de l’Est de l’Afrique.

L’emballement du conflit du Darfour, au début des années 2000, indique au président Omar el-Béchir qu’il est peut-être temps d’imaginer d’autres tactiques. Khartoum ne peut se permettre de tenir deux fronts en même temps. L’exploitation du pétrole qui a démarré en 1999 dans les régions d’Abyei et du Nil bleu, où la guérilla sudiste peut mener des opérations, nécessite un environnement pacifié.

C’est en Suisse, à Burgenstock le 14 janvier 2002 que recommencent les pourparlers de paix. La rencontre est l’œuvre d’un médiateur américain expérimenté, John Danforth qui a été nommé quelques jours après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis. Il faudra 3 ans encore, sous l’auspice de l’IGAD *** de retour dans la course pour la paix au Soudan, pour qu’un accord soit trouvé. En dépit d’un cessez-le-feu, les affrontements continueront sur le terrain, principalement entre factions de la guérilla, toujours soutenues par Khartoum, qui a fort à faire au Darfour.

Les territoires «marginaux»

Les régions septentrionales des monts Nuba, du Nil bleu et du territoire de Abyei, désignés par l'Accord de Machakos comme «territoires marginaux» auraient dû voter sur leur appartenance ou non au Sud, ce 11 janvier. Ces régions ayant été liées historiquement et identitairement au Sud.

Les difficultés de la mise en place de la commission électorale, orchestrées par les autorités de Khartoum****, ont repoussé les échéances. Tout récemment, le président Omar el-Béchir a donné un nouveau calendrier : en février pour le Nil bleu, et juillet pour Abyei. Le Sud-Kordofan est lui aussi en retard sur son agenda pour cause d'élections générales annulées. Celles-ci ont été reportées au mois d'avril 2011. Le référendum dans cet État devrait avoir lieu après.

Le territoire de Abyei a fait l'objet d'une décision particulière de la Cour d'arbitrage de La Haye. Au cours des derniers mois, les autorités sudiste et nordiste se sont accusés mutuellement de masser des troupes dans cette région.

Les territoires marginaux fournissent 3/4 des barrils de pétrole brut produits par le Soudan. La plus vaste zone pétrolière encore inexploitée est située dans la partie attribuée au Sud-Soudan par La Haye. Elle appartient au groupe français Total.

______

* John Garang et 13 personnes qui l'accompagnaient sont morts dans l'accident d'un hélicoptère le 30 juillet 2005 au Sud-Soudan.

** Au début du XXe siècle, les Britanniques avaient l'objectif de réunir le Sud du Soudan à l'Ouganda et au Kenya. 
*** L'IGADD a changé son intitulé en 1996 et abandonné le "D" de Drought (sécheresse). Elle est devenue l'Autorité Intergouvernementale pour le développement.

**** voir article Soudan : le vote historique.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.