Affaire Habré: retourner le dossier à l’Union africaine?


©

Le 16e sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine doit avoir lieu les 30 et 31 janvier prochains. Le président sénégalais, Abdoulaye Wade a annoncé qu’il entendait retourner le dossier de l'ancien président tchadien à l’organisation. Dans deux lettres ouvertes publiées ces dernières semaines, les défenseurs des victimes et de l’ancien président tchadien ont cependant, chacun de leur côté, marqué leur désaccord avec cette option.

Avec notre correspondant à Dakar, Laurent Correau

La visite à Dakar du commissaire chargé de la paix et de la sécurité, Ramtane Lamamra, n’a pas fait changer d’avis le président sénégalais. Le communiqué diffusé le jeudi 20 janvier dernier par son porte-parole, Serigne Mbacké Ndiaye, aura édifié ceux qui en doutaient encore.

« Monsieur le Président de la République du Sénégal a décidé de retourner à l’Union africaine le dossier de l’ancien chef d’Etat du Tchad, Monsieur Hissène Habré », indique le texte, qui précise : « Toutefois, le Président Abdoulaye Wade souhaite que Monsieur Habré soit jugé en terre africaine. (…) Les chefs d’Etats africains doivent, à chaque fois que de besoin, prendre leurs responsabilités pour juger tous ceux qui doivent l’être. »

Retourner le dossier à l’Union africaine ? Ni les victimes, ni les avocats d’Habré n’envisagent favorablement cette option. Depuis l’interview accordée par Abdoulaye Wade à RFI et France 24, les deux camps l’ont fait savoir à la présidence sénégalaise au travers de deux lettres ouvertes. Le premier courrier a été signé le 15 janvier 2011 par l’un des avocats de l’ancien président tchadien, maître Ciré Clédor Ly. Le second a été rédigé dès le 16 décembre par les ONG qui défendent les victimes de l’ancien régime tchadien.

« ‘Renvoyez’ le dossier à l’Union africaine, qui vous a pourtant prouvé son soutien dans cette affaire, et ce sont les victimes et l’image de toute l’Afrique qui subiront les conséquences de ce déplorable ‘retour à la case départ’ », indiquent les défenseurs des victimes dans leur courrier. « Votre intervention au sommet de l’Union africaine qui se tiendra du 30 au 31 janvier 2011 en Ethiopie sera historique. Elle sera écoutée et commentée », précise l’avocat de l’ex-chef d’Etat.

Refus d’une extradition vers le Tchad

Les deux lettres ouvertes sont au moins d’accord sur une chose : l’extradition de Habré vers Ndjamena n’est pas souhaitable. Pour maître Ly, cela « reviendrait à le livrer sur le plat à son ennemi notoire, le président Idriss Déby ». Pour les défenseurs des victimes, cela « ne permettra pas l’œuvre d’une justice sereine ».

L’avocat de l’ancien président tchadien rejette également l’idée d’une extradition vers la Belgique, les ONG qui soutiennent les victimes disent simplement, de leur côté, qu’il serait « préférable que Hissène Habré soit jugé en Afrique ».

Faut-il dès lors mettre en place un tribunal ad hoc comme l’a recommandé la Cour de justice de la Cédéao dans son arrêt du 18 novembre dernier ?

« Nous recommandons à l’Union africaine et au Sénégal de préparer ensemble le cadre juridique approprié pour le jugement de Hissène Habré », demandent les victimes… La défense d’Habré estime pour sa part que cela : « serait sans fondement légal, ni coutumier, et constituerait un dangereux précédent pour l’avenir de la justice internationale ».

L’avocat de l’ancien président tente tout de même une proposition : « Si tant est que l’objectif de cette affaire est la recherche de la vérité et de la justice, nous vous suggérons de proposer au sommet une enquête sous l’auspice des Nations unies sur tous les crimes de droit international commis au Tchad depuis 1960, pour que tout auteur sans distinction puisse être trouvé et puni par un tribunal ad hoc. »

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.