En RDC, au procès des assasins présumés de Chebeya, audition du général Numbi

L’inspecteur général de la police John Numbi, à Kinshasa, le 14 juillet 2006
© AFP/Marco Longari

L'audition de l'un des principaux témoins aurait dû se tenir le lundi 24 janvier 2011 mais il s'était fait porter pâle... Ce jeudi 27, l'inspecteur général de la police, John Numbi a enfin été entendu devant la cour militaire de Kinshasa qui juge depuis près de trois mois huit policiers accusés du meurtre de Floribert Chebeya, un militant des droits de l'homme, retouvé mort en juin 2010.

Des incidents d’audience ont émaillé cette journée. Le général Numbi est arrivé à la prison de Makala où se tient le procès, accueilli par plusieurs dizaines de personnes d’un comité de soutien, des femmes de policiers en pagne et des hommes portant des tee-shirts avec l’inscription « Nous soutenons Numbi, il est innocent ».

Et puis le général est entré dans la salle d’audience, entouré de ses hommes du « bataillon Simba », sa garde prétorienne et ses hommes ont pris position tout autour du public dans la salle, certains en civil d’autres en tenue ce qui a provoqué le premier incident. Les plaignants ont demandé que le tribunal prient ces hommes de s’asseoir et de cesser de les intimider, ce qui a été fait.

Ensuite, la partie civile est revenue à la charge pour dire qu’« il [Numbi] n’est pas un 'renseignant', qu’il n’est pas non plus un témoin, c’est un prévenu il doit être inculpé » ont martelé les avocats de Chebeya, du chauffeur Basana, dans une ambiance assez lourde pour cette première audition.

Numbi entendu comme simple témoin

Le général John Numbi qui est entendu comme témoin a longuement parlé. Il a d'abord expliqué qu'il connaissait très bien Floribert Chebeya. Il dit l’avoir rencontré en 1996. Que lui, le général Numbi, n’était même pas policier à l’époque. Il était emprisonné par la garde civile de Mobutu et il raconte que Chebeya l’avait aidé à prendre contact avec sa famille. Il dit encore que Chebeya l’appelait « mukuga » ce qui signifie grand frère. « Il avait mon numéro direct, ajoute-t-il encore tout en disant même, le pauvre Beya ». Il dit aussi « la pauvre Madame Chebeya, sa veuve ».

« Comment peut-on penser que j’ai voulu, que je lui ai voulu du mal ? », interroge-t-il.  Et puis le général Numbi a expliqué que le colonel Mukalay qui est le principal prévenu, le premier accusé dans le procès et qui est dans le box des accusés, ne dépend pas de lui mais de la direction des renseignements généraux. Ensuite, Numbi s'est employé à détailler pratiquement minute par minute, son emploi du temps du 1er juin 2010, c'est-à-dire le jour de la mort de Floribert Chebeya.

Numbi a nié avoir eu connaissance d’un rendez-vous le 1er juin avec Chebeya : « j’avais su qu’il voulait me voir, mais je ne l’ai pas convoqué ce jour-là ». Les parties civiles ne sont pas parvenues à le piéger, même sur les présumés échanges téléphoniques bizarres avec l’un des accusés en fuite.

Le général ira jusqu’à dire « si on ne m’avait pas suspendu de mes fonctions, j’aurai pu contribuer à l’enquête ». Ses accusateurs ont fait chou blanc, le général Numbi est reparti entouré de ses gardes du corps, applaudi à la sortie par ses partisans.

L’audience a laissé les parties civiles dans un profond désarroi.

Réactions après l'audition du général Numbi
28-01-2011

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