Egypte: la stratégie des Frères musulmans en question

Mohammed Badie, guide suprême des Frères musulmans.
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Réprimés depuis plus de 50 ans, absents des premiers jours de contestation, les Frères musulmans, qui représentent aujourd'hui la principale force d'opposition en Egypte, se gardent pour l'instant d'occuper le premier plan des manifestations, mais ils pourraient devenir très rapidement une force incontournable.

La lutte contre l'islamisme a toujours été une des priorités d'Hosni Moubarak. Officiellement interdite depuis plus de 50 ans, la confrérie est pourtant tolérée. Mais à la condition que ses membres ne s'en réclament pas. « Si les Frères musulmans ne sont pas une organisation reconnue politiquement », explique Salma Belaala, spécialiste des mouvements islamistes, si certains de ses membres ont été physiquement persécutés, « les Frères musulmans n'en sont pas moins très présents dans la société civile égyptienne » à différents niveaux :

  • Les associations d’aide aux démunis
  • Les universités, l’enseignement supérieur moyen et le soutien scolaire
  • Les syndicats
  • Les organisations représentants différentes professions libérales : avocats, médecins, pharmaciens, ingénieurs…

Les Frères musulmans ne sont pas seulement présents sur le terrain, « ils agissent également à l’international grâce à leur différentes ramifications dans le monde », précise la chercheuse Salma Belaala. Mais en Egypte même, où elle fut fondée en 1928, la confrérie se contente pour l’instant de jouer un rôle d’arrière plan.

La contestation prise en marche

Les Frères musulmans ont attendu le quatrième jour « pour joindre timidement les manifestations mais ils tentent maintenant de reprendre en main le mouvement », assure Salma Belaala, qui rappelle toutefois, qu’il y a un an, après « l’élection de leur chef suprême, Mohammed Badhie, les Frères musulmans ont fait savoir qu’ils ne souhaitaient pas présenter de candidats à l’élection présidentielle, qu’ils ne cherchaient pas être à la tête de l’Etat, car cela isolerait l’Egypte sur le plan diplomatique et international. »

De quoi à peur la communauté internationale, que nous arrivions au pouvoir par la force ou par la démocratie ? (...) Ils redoutent notre arrivée, comme celle de n'importe quelle autre force d'opposition d'ailleurs, parce qu'elle se fera par la voie démocratique.
Abdel Moneim Abdel Fatah, porte-parole de la confrérie des Frères musulmans
10-10-2013 - Par Mounia Daoudi

Certains responsables de la confrérie fustigent les puissances occidentales qui ont peur de les voir arriver légalement et démocratiquement sur le devant de la scène politique, à un moment où « leur objectif est de récupérer le mouvement de contestation en perspective des futures élections législatives », d’après Salma Belaala.

Objectif : le prochain Parlement

« Si Hosni Moubarak part, l’activité législative aura un sens réel », poursuit Selma Belaala. Les Frères musulmans pourront de facto avoir le pouvoir via l’Assemblée nationale, si celle-ci fonctionne normalement. Pour l’instant, il est difficile d’évaluer le poids politique de la confrérie, le mécanisme électoral actuel ne permettant pas de rendre compte de leur influence. Pour limiter la répression gouvernementale qui s’abat régulièrement sur les militants de le confrérie, les Frères musulmans égyptiens ne fournissent pas de données chiffrées sur le nombre de leurs sympathisants et électeurs potentiels.

Programme politique

La confrérie qui a officiellement renoncé à recourir à la violence dispose d’une certaine influence en Jordanie, en Palestine et ailleurs dans le monde arabe. Leur objectif : « Faire appliquer la charia et revenir aux traditions morales islamiques sans confrontation avec le pouvoir ».