Mouammar Kadhafi, le dictateur paria devenu fréquentable aux yeux de l’Occident


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Malgré une répression violente qui a fait plusieurs centaines de morts, selon les organisations des droits de l’homme, les manifestations continuaient mardi 22 février 2011 en Libye pour réclamer le départ de Mouammar Kadhafi. Le « Guide » est intervenu une deuxième fois en 24 h à la télévision nationale pour faire taire les rumeurs de fuite à l’étranger et promettre qu'il « se battra jusqu'à la dernière goutte de sang ». A la tête de l’Etat libyen depuis 42 ans, le plus ancien des dictateurs arabes s’accroche au pouvoir.

Lunettes noires, barbe de trois jours et chechia sur la tête, c’est l’une des nombreuses tenues arborée par Mouammar Kadhafi. Au fil de son parcours, il a enfilé tour à tour le costume militaire, l’habit traditionnel et le veston occidental.

Connu pour ses excentricités - son habitude de recevoir ses invités sous une tente bédouine où d’être entouré par une garde exclusivement féminine- le personnage haut en couleurs ne doit pas faire oublier le tyran mégalomane qui dirige d’une main de fer la Libye depuis 42 ans.

Quand Mouammar Kadhafi arrive au pouvoir en 1969, à la suite d’un coup d’Etat contre le roi Idriss Senoussi, il est un jeune colonel de l’armée âgé de 27 ans seulement. Prônant une troisième voie entre capitalisme et communisme, il couche sa théorie dans un « Livre vert » et rebaptise l’année suivante la Libye « Jamahiriya », littéralement « l’Etat des masses ».

Un régime répressif

Géré par des comités populaires, la nouvelle Libye est censée être gouvernée par son peuple. Mais en réalité, Mouammar Kadhafi s’arroge tous les pouvoirs et réprime violemment toute opposition. Selon l’organisation Human Rights Watch, des centaines de personnes sont emprisonnées, certaines sont condamnées à mort sans autre forme de procès.

Dictateur dans son pays, le « Guide de la révolution lybienne », comme il se surnomme lui-même, veut aussi devenir le « roi des Arabes ». Se présentant comme le défenseur du panarabisme, il tente de fédérer plusieurs nations arabes comme la Syrie ou la Tunisie. Mais c’est un échec. Il se tourne alors vers l’Afrique sub-saharienne. Dans les années quatre-vingt-dix, il propose la formation d’Etats-Unis d’Afrique, proposition qui servira de base à la création de l’Union africaine.

Vu d’Occident, Mouammar Kadhafi est surtout considéré comme un indéfectible soutien au terrorisme international. De l’IRA en Irlande du Nord, aux Palestiniens d’Abou Nidal en passant par les FARC en Colombie, il appuie toutes les guérillas.

Soutien au terrorisme

C’est en 1988, lorsqu’un avion de la compagnie américaine PanAm explose au dessus de Lockerbie en Ecosse, que la Libye est pointée directement du doigt. Deux Libyens sont inculpés pour l’attentat dont l’un condamné à la prison par une cour de justice écossaise.

Mais coup de théâtre en 2003, il annonce l’indemnisation des familles des 270 victimes du drame de Lockerbie. La même année, il accepte aussi de renoncer à développer un programme d’armes de destruction massive, tirant les leçons de l’invasion américaine de l’Irak.

Dès lors, celui qui était considéré comme un paria par l’Occident, les Etats-Unis ayant appelé en 1986 au boycott du régime libyen après plusieurs attentats contre ses ressortissants, effectue un spectaculaire retour en grâce.

Du paria au partenaire de l’Occident

En 2004, le président américain George Bush lève ses sanctions économiques contre la Lybie, l’ONU fait de même avec son embargo aérien, militaire et commercial. La Commission européenne le reçoit en grande pompe. Même la France, patrie des droits de l’Homme, lui déroule le tapis rouge. Fin 2007, l’image de la tente bédouine de Kadhafi dressée à deux pas de l’Elysée fait le tour du monde.

Il faut dire que derrière la quasi-normalisation des relations entre les pays occidentaux et la Libye, il y a des intérêts économiques énormes. Le pays est le 3e producteur de pétrole en Afrique.

L’histoire de la Libye et de ses relations avec l’Occident se confondent peut-être essentiellement avec l’histoire pétrolière. Il ne faut pas oublier que Kadhafi est arrivé la veille du premier choc pétrolier…
Ali Bensaâd
10-10-2013 - Par Alexandra Cagnard
Mouammar Kadhafi est arrivé au pouvoir sur un coup d’Etat, c’était en 1969. Depuis, il a tout verrouillé, pourtant passé la surprise ces premières années, les relations avec l’Occident et en particulier la France, notamment sous Georges Pompidou seront le fruit d’une intense coopération.

Mais, l’image de respectabilité que Mouammar Kadhafi tente de se forger, est rapidement mise à mal. En 2009, Abdelaset Ali al-Megrabi qui avait été condamné à la prison à vie dans l’attentat de Lockerbie, est libéré officiellement pour raisons médicales. A son retour à Tripoli, il est accueilli en héros par Mouammar Kadhafi.

La même année, alors qu’il est invité pour la première fois à la tribune de l’Assemblée générale des Nations unies, « le Guide » se lance dans un de ses discours interminables dont il a le secret. Il prononce alors une diatribe haineuse contre le Conseil de sécurité qu’il rebaptise « Conseil de la terreur ». Chassez le naturel, il revient au galop.