Pétrole et gaz : la Libye a coupé le robinet vers l’Europe


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Les ports et les terminaux pétroliers libyens sont désormais fermés ce qui bloque les exportations d'hydrocarbures. Un quart de la production libyenne serait arrêtée. Une partie de l’approvisionnement, en premier lieu européen, pourrait être perturbée.

La Libye ne pèse que 2% de la production mondiale de pétrole, mais c’est un exportateur de premier rang. Environ 85% du pétrole du pays est destiné à l’Europe. L’or noir libyen représente plus de 20% des importations de l’Italie, l'Irlande et l’Autriche. A titre d’exemple, l’Italie importe 500 000 barils par jour, le tiers de sa consommation. La Suisse, la France et la Grèce sont également assez dépendants du pétrole libyen.

Les compagnies étrangères présentes en Libye, dont l’Italien Eni, le Français Total et l’Espagnol Repsol ont suspendu une partie de leur production dans le pays. Les expéditions par Tankers sont également affectées, puisque tous les ports et les terminaux pétroliers sont désormais fermés.

La fourniture du gaz libyen suspendue

Deuxième hydrocarbure touché : le gaz. Le groupe italien Eni a annoncé la fermeture du gazoduc Greenstream qui alimente l'Europe en gaz d'origine libyenne. Greenstream qui relie la Libye à la Sicile, fournit en gaz des clients comme l'Italien Edison ou le Français GDF Suez. Wintershall, filiale du chimiste allemand BASF, a également annoncé l'arrêt de sa production de gaz dans le pays.

Selon les dernières estimations, un quart de la production de pétrole libyen serait, à l’heure actuelle, suspendu. L’Europe doit-elle craindre pour ses approvisionnements ? Non, si l’on en croit, bon nombre de spécialistes et de responsables politiques. « Nous n'avons pour notre part pas de pénurie de pétrole à déplorer pour le moment », a expliqué le ministre anglais de l'Energie, Charles Hendry. Le ministre français de l’Energie, Eric Besson, a également assuré qu’il n’y avait « pas de péril sur les approvisionnements en pétrole ». Côté gaz, l’Europe dispose également de réserves si les approvisionnements libyens étaient interrompus.

Pas de pénurie

La crise libyenne inquiète plus fortement les marchés financiers que celle qui a secoué la Tunisie et l’Egypte. Les marchés ont fortement réagi, le prix du baril a dépassé les 110 dollars, un niveau qu’il n’avait plus connu depuis deux ans et demi. La Libye est, en effet, le premier pays exportateur de pétrole touché par la vague de contestation dans le monde arabe. Les marchés craignent un effet domino. Bahreïn pourrait suivre. Ce royaume du Golfe est un petit producteur. Il exporte 50 000 barils par jour, mais sa proximité avec le Koweit, et surtout avec l'Arabie saoudite le premier exportateur mondial de pétrole, suscite des inquiétudes.

Pour calmer les marchés, l’organisation des pays exportateurs du pétrole (Opep) a fait savoir, par la voix du ministre saoudien du Pétrole, Ali al-Nouaimi, qu’elle serait prête à augmenter sa production en cas de pénurie. « Il y a des inquiétudes et de la peur sur le marché, mais pas de pénurie. L’Arabie saoudite a toujours répondu dans le passé aux situations de pénuries et nous le referons si nécessaire », a expliqué Ali al-Nouaimi. Le pays est susceptible de fournir plus de 4 millions de barils par jour supplémentaire.