Branle-bas de combat international autour de la Libye

Des travailleurs immigrés et des expatriés déprimés avec des sacs et des valises, fuyant des troubles en Libye s'appretent à monter à bord d'un bateau au port de Benghazi à destination de la Grèce, le 24 février 2011.
© Asmaa Waguih /Reuters

Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir, vendredi 25 février 2011, pour discuter de la crise en Libye. Il va étudier les différents moyens d’accentuer la pression sur le colonel Kadhafi afin d’arrêter les violences de ces derniers jours. Avant cette réunion, le président américain, Barack Obama, a appelé son homologue français Nicolas Sarkozy, jeudi, pour évoquer la situation en Libye. Même mobilisation du côté de l’Union européenne alors que les évacuations des ressortissants étrangers se poursuivent.

Pour aller plus loin

Le communiqué de l'Elysée est laconique sur les moyens de faire cesser le bain de sang libyen, mais il énonce clairement cet objectif commun aux deux présidents français et américain, qui ont à nouveau exigé l'arrêt immédiat de l'usage de la force contre la population civile.

Barack Obama et Nicolas Sarkozy ont également parlé des mesures que chacun d'eux préconise, poursuit le communiqué, qui cite côté français une nouvelle réunion du Conseil de sécurité et l'accès de l'aide humanitaire à la Libye.

François Zimmeray
25-02-2011

Plusieurs responsables français ont évoqué ces dernières heures des options possibles. Pour le ministre français de la Défense Alain Juppé, l'idée d'établir une zone d'exclusion aérienne mérite d'être étudiée, tandis que l'ambassadeur chargé des droits de l'homme, François Zimeray, a souhaité que soit lancée une enquête pour crimes contre l'humanité.

Quant aux Etats Unis, ils envisagent des sanctions, à commencer sans doute pour l'exclusion de la Libye du Conseil onusien des droits de l'homme. A cette fin, Hillary Clinton sera dès ce week-end à Genève.

Par ailleurs, Paris est bien sûr partie prenante des concertations en cours au sein de l'Union européenne dont les ministres de la Défense doivent rencontrer, vendredi en Hongrie, le secrétaire général de l'OTAN.

Même si nous n'avons pas aujourd'hui de certitudes sur le nombre exact de victimes, il ne peut pas y avoir d'impunité sur ces choses...

Michèle Alliot-Marie, Ministre des Affaires étrangères et européennes
25-02-2011

L’Europe se concerte pour trouver des moyens d’actions

Dans les outils de la nouvelle et ambitieuse politique extérieur et de sécurité de l’Union européenne figurent deux bataillons de 1 500 hommes chacun, partie de la force de réaction rapide européenne. Dans le mandat de ces troupes, appartenant aux armées des 27 mais affectées à des tâches européennes, figure des missions d’évacuation ou humanitaires.

Et parmi les discussions, très informelles, actuellement en cours à Bruxelles et dans les capitales de l’UE, l’envoie d’une force militaire à des fins humanitaires pour aider à l’évacuation des ressortissants en Libye fait partie des pistes explorées.

Evidemment, il y a loin de la coupe aux lèvres. Car on n’imagine pas, à Bruxelles, une telle mission sans la légitimité d’une résolution onusienne, sans l’unanimité des 27, sans un feu vert égyptien ou tunisien.

Entretemps, l’UE se mobilise pour évacuer ses ressortissants qui seraient encore 6 000 en Libye d’après la Commission européenne sur les 10 000 recensés jusqu’ici.

Avions autrichiens, portugais ou britanniques, navires de guerre grec, britanniques ou allemands, l’évacuation des Européens se poursuit. Et l’UE hésitera à imposer des sanctions tant qu’il restera des ressortissants européens en Libye.

Des milliers de personnes évacuées

Le Canada a évacué, ce jeudi, 200 de ses ressortissants et déconseille vivement la région. Des évacuations possibles grâce aux navires et avions affrétés par le Royaume-Uni, l’Espagne ou encore les Etats-Unis.

Des employés d’une société brésilienne sont en cours d’évacuation, il y aurait parmi eux 200 Brésiliens et de nombreuses autres nationalités.

D’autres opérations sont mises en place pour tenter de rapatrier des milliers de ressortissants des pays asiatiques. Près de 33 000 Chinois se trouvaient en Libye tout comme 60 000 Bangladais, 30 000 Philippins, 23 000 Thaïlandais et 18 000 Indiens.

Par air, mer et terre c’est donc à un véritable exode que l’on assiste actuellement en Libye.

La difficile évacuation des Philippins

Avec notre correspondant à Manille, Sébastien Farcis

Les autorités philippines sont engagées dans une mission complexe pour rapatrier leurs 30 000 ressortissants de Libye. Cela est d’autant plus difficile qu’une grande partie d’entre eux sont des ingénieurs et ouvriers travaillant sur les installations pétrolières en plein désert. Selon le ministère des Affaires étrangères, 13 000 seront rapatriés par leurs employeurs et 135 étaient déjà sortis du pays ce vendredi 25 février 2011.

Mais certains sont aujourd’hui abandonnés dans ces installations, à la merci des pilleurs qui ont commencé à attaquer, comme l’explique Garry Martinez, directeur de l’organisation Migrante International : « On nous a informés que 170 Philippins sont coincés sur leur installation. Personne ne leur répond à l’ambassade, ils ont peur de sortir car ils entendent des tirs tout autour. Et ils n’ont plus que deux jours de provisions. Ils ne peuvent pas rejoindre la Tunisie ou l’Egypte car les routes sont remplies de snipers qui tirent sur les civils. Nous sommes inquiets pour la sécurité de plusieurs groupes comme eux, et nous demandons au gouvernement philippin de fournir des transports d’évacuation » indique Garry Martinez.

Le gouvernement est en train d’estimer le coût de l'affrètement de bateaux et d’avions pour accélérer l’évacuation. Les envois de fonds des travailleurs expatriés philippins représentent, eux, 1,5 milliard de dollars par mois, soit 10% du PIB de l’archipel.

Republier ce contenu

Vous êtes libres de republier gratuitement cet article sur votre site internet. Nous vous demandons de suivre ces Règles de base

Le Partenaire s'engage à ne pas porter atteinte au droit moral des journalistes. A ce titre, le Contenu devra être reproduit et représenté par le Partenaire tel qu'il a été mis à disposition par RFI, sans modifications, coupures, ajouts, incrustations, altérations, réductions ou insertions

Ajoutez cet article à votre site Web en copiant le code ci-dessous.