Le secteur pétrolier du Nigeria tourne au ralenti


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Premier producteur de brut du continent africain avec 2,4 millions de barils par jour, la croissance du secteur pétrolier au Nigeria est au ralenti. Après les enlèvements et autres sabotages d'oléoducs menés depuis 2006 par les militants de la région du Delta du Niger -qui avaient considérablement fait chuter la production- le secteur fait aujourd’hui face à une diminution des investissements.

Les chiffres sont flous. On parle de 120 à 150 milliards de dollars d’investissements qui auraient été mis en attente et des opérations de forage repoussées à une date ultérieure. Toutefois, les acteurs du secteur pétrolier le concèdent difficilement, c’est un fait mais la course au Bonny Light est au point mort. « Les investissements sont au ralenti », indique Razaq Ogunfuyi, rédacteur en chef de la revue nigériane Oil and gaz monitor. L’attitude en ce moment c’est « wait and see » (attendons de voir, ndlr) en raison notamment du projet de réforme qu’on appelle PIB, Petroleum Industry Bill.

La réforme de fond en comble du secteur, initiée il y a plus d’un an sous la présidence du défunt président Umaru Yar’Adua, avec ses quelque deux cents pages, prévoit dans les grandes lignes de changer le régime de taxation, de favoriser le développement des entreprises nigérianes et de restructurer la compagnie nationale NNPC (Nigerian National Oil Corporation). « L’idée des autorités derrière cette réforme du PIB est de maximiser les profits qui peuvent être faits sur le pétrole », explique, sous couvert de l’anonymat, une avocate spécialisée du secteur.

En d’autres termes, il s’agit de modifier les conditions d’exploitation du pétrole pour les firmes telles que Shell, ExxonMobil, Chevron, etc. De quoi susciter l’inquiétude. « La crainte des grands groupes, c’est le régime de taxation et les royalties qu’ils vont devoir payer », confie Ibilola Amao, directrice du cabinet de consultant Lonadek. « Il y a beaucoup d’entreprises qui cherchent à savoir ce qui va être adopté et comment cela va les affecter. Chacun essaye de négocier pour protéger ses intérêts. Il se passe tellement de choses qu’à un certain point, on disait qu’il y avait au moins trois versions du PIB. Et on ne sait pas vraiment laquelle va être adoptée ».

Passer à la phase supérieure de développement

Dans un discours prononcé à Abuja, le 22 février 2011 lors du sommet annuel Oil and Gas, Ian Craig, le directeur pour l’Afrique subsaharienne du groupe anglo-néerlandais Shell a d’ailleurs reconnu à demi-mot qu’il était indispensable d’y voir plus clair. « Le secteur pétrolier nigérian a un énorme potentiel, il y a des grandes opportunités pour passer à la phase supérieure de développement dont le Nigeria a besoin », a-t-il déclaré. « Mais cette petite avancée ne pourra pas se faire, tant que le texte n’aura pas été adopté et tant que l'on n'aura pas la visibilité indispensable à tout investissement. »

Voilà près d’un an que le PIB a été soumis à l’Assemblée nationale. Le texte va-t-il enfin être adopté ? Et quelles en seront les grandes lignes ? Mystère. Interrogé sur le sujet, Emmanuel Egbogah, le conseiller spécial du président sortant Jonathan Goodluck sur les questions énergétiques reste très évasif. « Les problèmes ont été résolus. Il n’y a pas différentes versions mais un PIB (...) On s’attend à ce que le texte soit adopté dans les prochaines semaines, a-t-il martelé. La directive du chef de l’Etat est claire. Il travaille directement avec l’Assemblée nationale et a indiqué que le texte serait adopté avant la fin de son mandat en mai».

En attendant, le Nigeria n’a pas atteint son objectif de production de 4 millions de barils par jour à l’horizon 2010, malgré le programme d'amnistie qui a permis de ramener le calme dans la région pétrolifère du Delta du Niger.