Les femmes et les révolutions dans le monde arabe


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Centième journée internationale des femmes, ce mardi 8 mars. Depuis qu’un souffle de révolte balaie le monde arabe, les femmes ont montré leur engagement à participer pleinement à ces mouvements de contestation et de transition. Le combat de ces femmes, les difficultés qu’elles affrontent, rappellent aussi qu’il ne peut y avoir de révolution démocratique sans une pleine égalité homme-femme, sans laïcité.

Les femmes ne sont pas sorties dans les rues de Tunis ou du Caire uniquement pour fêter le départ des présidents Ben Ali ou Moubarak. Que ce soit en Tunisie ou en Egypte, le nombre de blessés et de morts parmi les femmes rappelle qu’elles ont pris une part active dans ces révolutions. Manifestantes bravant les gaz lacrymogènes, infirmières bénévoles, bloggeuses, elles sont sur tous les fronts des mouvements de contestation qui secouent le monde arabe, elles sont souvent, même, en première ligne.

« Nous essayons tous de trouver la meilleure façon de servir la révolution », assure Imane Bougaighis, une dentiste libyenne qui a troqué depuis deux semaines ses fonctions de professeur d’université pour devenir une porte-parole des insurgés de Benghazi. « Nous les femmes, on est fières d’être là et je ne me sens pas du tout déplacée. Même les imans et les responsables religieux me respectent. Personne ne se préoccupe de savoir si on est une femme ou un homme. Ce n’est pas dans les esprits. »

Un combat commencé pendant l’ère coloniale

Que ce soit en Tunisie, en Egypte, en Libye mais aussi au Bahreïn, au Yémen ou en Jordanie, ces femmes bousculent les clichés de la femme arabe cantonnée chez elle. Partout elles se mobilisent mais cela n’a rien de nouveau, insiste Nadia Chabaane, membre du Collectif Droit des Femmes. Les premières associations de femmes dans le monde arabe ont été crées dans les années 1930, rappelle cette militante tunisienne et ce qui se passe aujourd’hui n’est que « la continuité d’un combat commencé à l’époque coloniale ».

Les femmes ont participé massivement aux luttes pour la décolonisation et leurs combats ont repris de l’ampleur ces dernières années dans le secteur social. Il suffit de se rappeler de la mobilisation « des Egyptiennes dans le secteur textile, ou celle des nettoyeuses du métro de Tunis qui se sont battues pendant des mois pour défendre leur statut pour constater que les femmes ont toujours été engagées, mais qu’elles souffrent d’un manque de visibilité », explique Nadia Chaabane.

Les femmes oubliées des précédentes révolutions

Ces femmes qui se mobilisent ont aussi en mémoire ce qui s’est passé ailleurs. Les Algériennes, engagées dans les luttes pour la décolonisation, ont été largement oubliées lors des indépendances. Iranienne réfugiée en France, Soudeh Rad n’oublie pas non plus qu’hier aussi sa mère s’était battue pour faire une révolution. Mais une fois le Shah renversé, quand le 7 mars 1979, Khomeyni arrivant au pouvoir « interdit aux femmes de toute nationalité, de toute religion et de toute idéologie de participer à la vie publique sans porter le voile islamique, c’était alors un signe direct de discrimination envers les femmes », assure la jeune militante, qui explique encore que sa génération est désormais « consciente qu’il ne peut y avoir de démocratie, sans égalité femme-homme, sans laïcité ».

Une révolution entière est une révolution laïque

« Il faut aujourd’hui être vigilant afin d’assurer la pleine participation des femmes dans les nouveaux paysages politiques », prévient Souhayr Belhassem, la présidente de la Fédération Internationale des Ligues des droits de l’Homme. Sihem Abchi, la présidente de l’association française Ni Putes, ni Soumise s’inquiète également de la sous représentation des femmes aujourd’hui dans les différents comités de réformes en Egypte et en Tunisie.

Les femmes du monde arabe doivent être à l'honneur aujourd'hui. Grâce à leur courage le mot liberté peut être dit.
Sihem Abchi, présidente de l’association Ni Putes, ni Soumise
10-10-2013 - Par Catherine Monnet

Plus inquiétant; le témoignage d’une des héroïnes de la révolution tunisienne, Lina Ben Mhenmi, plus connu sous son nom de bloggeuse « Tunisian Girl ». Cette jeune universitaire qui a bravé peur et interdits pour informer sur Facebook et Twitter de ce qu’il se passait pendant les heures les plus noires de la révolution du jasmin, est aujourd’hui, comme d’autres bloggeuses, l’objet d’un nouveau type d’attaques : elle est ciblée parce que justement elle est une femme.

Quotidiennement, je reçois ce genre de commentaires : tu dois te taire, tu es une femme.
Lina Ben Mhenmi, plus connu sous son nom de bloggeuse « Tunisian Girl »
10-10-2013 - Par Catherine Monnet

Paradoxalement, dans cette période post-révolutionnaire où les Tunisiens ont retrouvé la liberté de parole et de critiques, les femmes militantes se retrouvent beaucoup plus exposées. Les manifestations de femmes sont souvent attaquées par des extrémistes. Lina se fait aujourd’hui insultée pour sa façon de se vêtir : « je suis embêtée tous les jours, je reçois des commentaires du style : enlève tes piercing, met un hidjab. Mais c’est ma liberté personnelle comme femme. Défendre ça, est ma nouvelle bataille ». Aujourd’hui Lina reconnait qu’elle a dû revoir ses ambitions à la baisse. Avant, elle rêvait d’une vraie égalité dans tous les domaines, maintenant, elle appelle ses concitoyennes à se battre pour simplement maintenir les acquis déjà obtenus...