Laurent Gbagbo nationalise le cacao ivoirien


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Le président ivoirien sortant, Laurent Gbagbo a décidé, lundi 7 mars 2011, de prendre le contrôle des achats et des exportations de cacao dont le pays est le premier producteur mondial. Une mesure destinée à fournir des liquidités au gouvernement du président sortant alors que le pays fournit 40% de la récolte internationale de cacao.

Selon le décret publié lundi 7 mars au soir par le gouvernement ivoirien, seul l'Etat est désormais autorisé à acheter les fèves de cacao et les cerises de café aux paysans. C’est le gouvernement qui déterminera au début de chaque période de vente le prix que toucheront les planteurs. Qui plus est, l'administration ivoirienne contrôlera aussi les exportations. Soit elle y procédera directement, soit elle agréera des entreprises privées.

C’est une nationalisation de la filière café-cacao de Côte d’Ivoire. Sur le marché mondial, cela ne passe pas inaperçu. La Côte d’Ivoire fournit en effet 40% de la récolte internationale de cacao. Tous les industriels du chocolat ont en permanence les yeux tournés vers Abidjan et San Pedro, les deux grands ports d’exportation ivoiriens.

Retour à la Caistab

Pour qui connaît un peu l’histoire de la Côte d’Ivoire, ce dispositif a des airs de déjà vu. Ce que Laurent Gbabgo veut réinstaurer c'est une nouvelle Caisse de Stabilisation, sur le modèle de celle qu'avait créée le président Félix Houphouët-Boigny en 1960. Cette « Caistab », comme on l’appelait, permit aux dirigeants ivoiriens de soutenir et de développer l’agriculture ivoirienne.

Un système de péréquation garantissait aux exportateurs un prix minimum de vente, ce qui permettait au gouvernement de fixer un généreux prix d’achat aux paysans. Mais cette Caistab servait aussi de caisse noire au gouvernement. Elle servait à financer le système clientéliste en place. Elle en fut victime. Sous la pression de la Banque Mondiale et du FMI (Fonds monétaire international), le gouvernement ivoirien fut obligé en 1999 de saborder cette caisse.

Dans le décret publié lundi 7 mars au soir par le gouvernement de Laurent Gbagbo, le mot de « Caistab » n’est pas prononcé. Mais voilà longtemps que le président ivoirien sortant voulait en revenir là. Il en était empêché par les bailleurs de fond avec lesquels la Côte d'Ivoire était en négociation pour annuler la dette extérieure.

Cette nationalisation de la filière café-cacao intervient cependant alors que l'économie ivoirienne est privée de liquidités car mise au ban du système financier ouest-africain. Or sans espèces sonnantes et trébuchantes, pas question d'acheter leur fèves de cacao aux paysans ivoiriens.

Un mois de mars traditionnellement creux

Qui plus est, le président reconnu par la communauté internationale Alassane Ouattara a décrété un embargo sur les exportations de cacao. Par ailleurs, les pays européens ont mis les ports ivoiriens sous sanctions. Tout exportateur, tout armateur, tout négociant européen ou opérant en Europe qui utiliserait les terminaux de San Pedro ou d’Abidjan tomberait sous le coup de lourdes sanctions financières européennes.

Enfin, le mois de mars est un mois très creux sur le marché ivoirien du cacao. Traditionnellement, pas plus de 10 à 20 000 tonnes de fèves n'arrivent au port sur une récolte totale dépassant le million de tonnes. La récolte principale démarre en octobre et se termine en février. La récolte secondaire se déroule au mois d’avril et mai.

C'est donc au mois d'avril, qui marque le début de la récolte intermédiaire, qu'on verra si le dispositif adopté par le gouvernement de Laurent Gbabgo peut fonctionner, si l’administration contrôlée par le président sortant a les moyens financiers pour acheter leurs sacs de fèves aux paysans. Et si cette mesure est autre chose qu’un pari économique et une manœuvre politique destinée à rassurer ses partisans.