L’artiste Edwige Aplogan drape le Bénin

Le monument de Adjarradocodji est un lampadaire de 8-9 mètres de haut situé à Porto Novo (Bénin).
© Edwige Aplogan

Edwige Aplogan enveloppe les principaux bâtiments béninois liés à l'histoire des indépendances africaines en les recouvrant avec tous les drapeaux du continent africain pour interroger l'architecture et l'histoire. L’artiste est née le 24 avril 1955 à Porto-Novo au Bénin. Elle est avocate, titulaire d’une Maîtrise en droit public, peintre autodidacte. Dans ces œuvres récentes, elle suit les traces de l’artiste américain Christo, célèbre par ses objets emballés. « Pour Christo, quand on emballe un bâtiment, quand on le cache, on le voit. Moi, c’est le contraire. Je montre ce qui emballe et pose la question : pourquoi c’est emballé ? » Entretien.

Edwige Aplogan drape Jacob, la statue de la Place de l'Etoile rouge à Cotonou. © DR

RFI : Les habitants de Cotonou au Bénin n’en sont toujours pas revenus de voir, le 1er août dernier, jour de l’Indépendance du pays, de voir la statue de la Place de l’Etoile Rouge, entièrement drapée aux couleurs des drapeaux africains. Ce fut une œuvre éphémère ?

 
Edwige Aplogan : Qui a quand même duré un mois et demi. Aujourd’hui c’est fini. Mais comme c’est inscrit dans tout un projet, autre chose a commencé.
 

Ecouter l’entretien intégral avec Edwige Aplogan dans l’émission « Culture vive » sur RFI.
09-03-2011

RFI : Pourquoi avoir choisi de recouvrir cette statue pour célébrer cet événement ? C’était quand même les cinquante ans des Indépendances.
 
E.A. : Au départ, c’était la Place des Martyrs qui était prévue, parce que cela me permettait vraiment de parler des Martyrs des Indépendances, de la colonisation, etc. Mais la mairie de Cotonou a voulu une place beaucoup plus populaire, qui est effectivement centrale. C’est le monument le plus haut de la ville de Cotonou et du Bénin. Il a été fait du temps du Dahomey marxiste, en fait le Bénin actuel. C’est une place extrêmement populaire, où il y a toujours du monde,entre les SDF et puis les petites familles qui viennent se promener. J’avoue que c’était très symbolique.
 
RFI : Comment les habitants de Cotonou ont-ils réagi ? Est-ce qu’ils ont été troublés, est-ce qu’ils ont compris ? Est-ce que ça leur a donné un autre point de vue sur cette question des Indépendances ?
 

L'immeuble Apithy recouvert par Edwige Aplogan à Porto-Novo (Bénin). © Edwige Aplogan

E.A. : Je crois que ça leur a surtout ouvert la vision de l’unité africaine. Le projet de draper c’est aussi de mettre au plus haut du monument que j’emballe, le drapeau de l’Union africaine. La chose qui a le plus touché les gens, c’était d’abord un paysan, tout en haut d’une colonne et qui brandissait une houe. Les Béninois ont l’habitude de dire : « Mais enfin ! Ce paysan qui est tout là-haut… Ce n’est pas là-haut que l’on fait la révolution ! Descends avec ta houe ! » On l’appelait Jacob… Jacob est emballé, Jacob est enfin habillé, Jacob va peut-être descendre. Bon, cela a vraiment été pendant les trois premiers jours des quolibets. Ensuite les gens étaient très surpris de ce drapeau qu’ils ne connaissaient pas. Pourquoi là-haut le drapeau de l’Union africaine ? Parce que justement, après avoir fêté les Indépendances, qui n’en sont pas, après avoir célébré les nationalismes ou les micro-nationalismes, aujourd’hui c’est la mondialisation… On va quand même penser pour le prochain cinquantenaire, à fêter cette unité africaine qui tarde à venir. C’est pour cela que moi, je continue mes projets après le Cinquantenaire.
 

Immeuble de Porto-Novo recouvert des drapeaux africains et ceint d'une fresque de 45 m avec les photos des 15 présidents béninois. © Edwige Aplogan

RFI : Vous avez habillé depuis, d’autres monuments officiels du Bénin, à Porto-Novo, Abomey, et à Parakou.
 
E.A. : Parakou ce n’est pas encore fait. A Porto-Novo j’en ai habillé deux. Et là en ce moment, c’est l’immeuble du président Sourou Migan Apithy, un des premiers présidents civils originaires du sud – parce qu’en réalité on en a connu que trois, de civils – qui a été habillé, toujours avec les dix-sept drapeaux, et surmonté au quatrième étage d’un chapeau, qui est le chapeau traditionnel que portent tous les Béninois. C’est ce chapeau qui porte le drapeau de l’Union africaine. Et en réalité, c’est un immeuble qui a quand même une grande histoire. Il était considéré comme « Fort Ouidah », qui était appelé ainsi, et qui est vraiment situé dans le quartier afro-brésilien, donc relié à l’esclavage, la colonisation, etc.
 
RFI : Avez-vous l’intention de recouvrir tous les établissements officiels du pays ?
 
E.A. : Je me serais arrêtée volontiers, si j’avais emballé la statue de la République. Mais finalement ça ne s’est pas fait. Dommage ! Mais bon, ça devrait se faire. Là, je vais emballer la statue du premier président Hubert Maga, du Dahomey indépendant en 1960, et à l’occasion je pourrai y mettre sa voix, le discours de déclaration de l’Indépendance, parce qu’il y a toujours une vidéo qui va avec et qui explique tout ça. 

Réalisation du drapé sur la place de l'Etoile rouge à Cotonou © Edwige Aplogan

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