En Libye, la ville de Ras Lanouf à nouveau pilonnée par les forces pro- Kadhafi

Un blessé membres des forces anti-Kadhafi est transporté, à proximité de Ras Lanouf, le 8 mars 2011.
© Reuters/Asmaa Waguih

En Libye, un violent pilonnage a été entendu toute cette journée du mercredi 9 mars 2011 à l’ouest de Ras Lanouf, dans la partie orientale du pays, où les rebelles continuent de combattre les forces loyales au colonel Kadhafi. Selon l’AFP, une énorme explosion a été eu lieu cet après-midi près d'une raffinerie située aux abords de la ville tenue par les insurgés, où l'on voyait des flammes hautes de plusieurs centaines de mètres.

L’épicentre de la résistance anti-Kadhafi se situe à Benghazi, à environ 200 kilomètres au nord de Ras Lanouf. Selon l'envoyée spéciale de RFI à Benghazi, ce que l’on peut dire, en l’état actuel des choses, c’est qu’il y a, pour le moment deux lignes de front.

La première se situe entre les localités de Ras Lanouf et de Ben Jawad, en pleine zone pétrolière, grosso modo à mi-chemin entre la ville se Syrte, ville natale du colonel Kadhafi, et Benghazi qui est devenue, en quelque sorte, la capitale de la révolution. Pourquoi Ras Lanouf ? Cette ville, qui se trouve au centre de la côte libyenne, est à ce jour le point le plus à l'ouest contrôlé par les insurgés. Pour schématiser : à droite, sur la carte, les rebelles ont pris le pouvoir, à gauche, Kadhafi est encore chez lui. Ras Lanouf, est donc sur la ligne de front, une ligne qui n'est pas clairement définie, justement parce qu'elle évolue au fil des combats.

Alors, dans cette zone, il y a eu des bombardements aériens ainsi que des tirs d’obus et d’artillerie encore toute cette journée du mercredi. Deux raffineries situées aux abords de la ville ont été bombardées. Pour l'une d'elle, on ne sait pas s'il y a eu des victimes ou des dégâts. Un violent incendie est en cours à proximité de la seconde. Et un oléoduc, selon certains témoignages, aurait aussi été attaqué. Les deux parties, pro et anti Kadhafi, s'accusant mutuellement de s'en prendre aux installations pétrolières.

Enfin juste à l'ouest de la ville, trois frappes aériennes et des tirs d'obus ont atteint les positions les plus avancées des insurgés. Il y a eu des échanges de tirs d'artillerie pendant plusieurs heures, et les troupes des rebelles ont finalement commencé à se replier vers la ville. En clair, elles perdent doucement du terrain, mais continuent de tenir, en attendant l'arrivée d'éventuels renforts.

Deuxième front à l'Ouest

La seconde ligne de front, elle, se situe dans la région de Zaouïah, à l’ouest du pays, entre Tripoli et la frontière tunisienne. Et là, selon les dernières informations, les forces du colonel Kadhafi ont pris le contrôle des faubourgs de la ville. Des chars étaient aperçus tout à l’heure en direction du centre-ville, où les insurgés tiennent toujours. Un centre-ville touché très violemment par des frappes aériennes ces dernières heures.

A Benghazi, nous sommes très loin de ce théâtre des opérations militaires. Mais ici on continue à s’organiser, à collecter de l’argent pour contribuer à l’effort de guerre. Et surtout pour tenter d’organiser un peu cette armée improvisée, avec une ferveur et un enthousiasme qui ne se démentent pas. Pas la moindre trace de découragement, ici chez ces gens qui sont souvent de très jeunes gens et qui tentent finalement, depuis Benghazi, de construire, de mettre en place l’organisation de la nouvelle Libye.

Vers une zone d’exclusion aérienne ?

La situation sur le terrain est donc toujours plus tendue. Kadhafi tente de freiner la progression vers l'Ouest des insurgés au moment où les appels se multiplient pour une zone d'exclusion aérienne, une idée qui fait son chemin. L’Organisation de la conférence islamique (OCI) s'est dite favorable à une telle option et la Ligue arabe devrait en discuter samedi prochain.

Le projet est en préparation à l'ONU à l'initiative de la France et de la Grande Bretagne. Il devrait être présenté cette semaine. Pour empêcher Mouammar Kadhafi de bombarder la résistance, il faut clouer au sol son aviation, c'est le principe de la zone d'exclusion aérienne. Pour l'heure, la Chine et la Russie sont encore réticentes, mais leur position pourrait évoluer alors que le monde arabo musulman se rallie à cette option.

Réunis à Djeddah, en Arabie saoudite, les pays de l'Organisation de la conférence islamique ont donné leur accord pour une telle option, et les pays de la Ligue arabe devraient en débattre dès ce samedi. Cette avancée, si elle se concrétise, serait la seule option militaire envisagée car personne, au sein de la communauté internationale n'est favorable à l'idée d'une intervention directe dans la guerre civile libyenne.

Reste à savoir si cette zone d'exclusion aurait un effet sur l'équilibre des forces en présence, alors que les forces terrestres avec un maigre appui aérien ont pu stopper la progression de la résistance et encercler certains de ses bastions, comme la ville de Mistra.

Les experts sont divisés sur l'efficacité d'une zone d'exclusion aérienne. Sur le papier Mouammar Kadhafi dispose de 300 appareils, mais seul un petit nombre d’entre eux sont encore opérationnels. Et le « Guide » ne semble pas avoir choisi d'utiliser massivement son aviation, sans doute, pensent les experts, pour ne pas provoquer la communauté internationale.

Il faut aussi noter que la chef de la diplomatie européenne Catherine Ashton a jeté un froid ce mercredi matin à Strasbourg, au Parlement européen, en refusant de soutenir la reconnaissance du Conseil national de transition (CNT), constitué par l'opposition au colonel Kadhafi.

Un émissaire de Kadhafi atterrit au Caire

Un proche du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi, Abdelrahmane al-Zawi, a atterri mercredi au Caire, a indiqué à l'AFP un responsable aéroportuaire égyptien. Le général Zawi est responsable des questions de logistique et d'approvisionnement. On ignorait dans l'immédiat l'objet de sa visite et quels responsables il va rencontrer. La Défense grecque avait annoncé peu auparavant qu'un avion civil appartenant à M. Kadhafi avait survolé l'espace aérien grec en route vers Le Caire, sans être en mesure d'en identifier les passagers.

Cette annonce a suivi une déclaration du Premier ministre grec Georges Papandréou qui a conseillé, selon son bureau, à M. Kadhafi de contribuer à une issue pacifique à l'insurrection en Libye qui a fait des centaines de morts et poussé à la fuite près de 200 000 personnes depuis le 15 février.