La France, premier pays à reconnaître la légitimité de la résistance libyenne


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La France est devenue jeudi 10 mars 2011 le premier pays à reconnaître la légitimé de l’instance dirigeante de l’insurrection libyenne. Nicolas Sarkozy a reçu à l’Elysée 3 représentants du Conseil national de transition libyen. Critiqué pour ses prises de positions tardives face aux soulèvements populaires en Tunisie et en Egypte, Paris se veut en pointe sur le dossier libyen.

Mouammar Kadhafi reçu en grande pompe à Paris, en 2007 : c'était une autre époque. Aujourd'hui, la France a choisi son camp : celui des rebelles libyens. Le Comité national de transition est désormais reconnu par les autorités françaises comme le seul interlocuteur légitime en Libye. C'est plus qu'un simple encouragement puisque traditionnellement la France reconnaît les Etats et non les gouvernements.

Vive la France, scandent les manifestants!
Reportage à Benghazi, après la reconnaissance du CNT par la France
10-10-2013

Selon les représentants de la résistance libyenne, reçus ce jeudi à l’Elysée par Nicolas Sarkozy, un ambassadeur français devrait même être dépêché prochainement à Benghazi, siège officiel de la contestation. La France a été critiquée pour son manque de réactivité face aux soulèvements populaires en Tunisie ou en Egypte. Le président français se veut désormais à l'avant garde sur le dossier libyen. Son geste intervient à la veille d’un sommet européen consacré à la situation en Libye. Nicolas Sarkozy espère convaincre ses partenaires européens de le suivre, ces derniers ont été un peu pris de court par les positions françaises.

Les Européens réticents à suivre la France

« Nous ne pouvons pas nous précipiter de manière unilatérale dans la reconnaissance de certains groupes », a déclaré un porte-parole de Catherine Ashton, la haute représentante de l'Union européenne pour les Affaires étrangères.

Pour le chef de la diplomatie allemande Guido Westerwelle c’est l’idée de la zone d’exclusion aérienne qui ne passe pas : « Une zone d'interdiction de vol, ce n'est pas la simple mise en place d'un panneau de circulation ! C'est une mesure militaire. Nous ne sommes pas le seul pays à être sceptique vis-à-vis d'une intervention militaire. Il y a un grand nombre de pays dans l'Union européenne qui sont sur la même ligne. Nous ne voulons pas être impliqué, ni au niveau de la République fédérale ni au niveau européen à long terme dans une guerre au Nord de l'Afrique. »

Nicolas Sarkozy envisage de proposer aux 27 un plan d'action concret, il serait favorable, à des actions « défensives et ciblées » contre un nombre extrêmement réduit d'objectifs en Libye. En clair, le président français défend l’idée de frappes mais « sous parapluie international ». Si Paris refuse qu’une opération soit menée sous la bannière de l’Otan, une source diplomatique française suggère : « il faudrait trouver une formule qui implique les pays arabes ».

Des frappes ciblées ?

La proposition française a évolué. Paris et Londres évoquaient la semaine dernière l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne au-dessus de la Libye. Mais la France s’exposait au refus de la Chine et de la Russie sur cette question devant le Conseil de sécurité de l’ONU. Cibler des objectifs stratégiques libyens (pour mettre un terme aux représailles meurtrières exercées par les troupes du colonel Kadhafi contre les populations civiles) semble plus facile à mettre en œuvre. Parmi ces objectifs figurent l’aéroport militaire de Syrte, celui de Sebha et le camp de Bab al-Azizia, résidence du guide de la révolution. L’Elysée n’a pas dévoilé l’intégralité du « plan global » qui sera présenté vendredi à Bruxelles mais il devrait être question de renforcer l’action humanitaire de poser la question de l’embargo sur le pétrole et des conséquences de l’insurrection sur les flux migratoires

La France a clairement entamé un bras de fer avec le dictateur libyen. Ira-t-elle jusqu’à armer la résistance au colonel Kadhafi ? En tout cas « Paris joue le rôle de brise glace dans l’Union européenne », se félicite un porte-parole de l’insurrection. Les réactions à Tripoli ne se sont pas fait attendre. L’agence de presse officielle libyenne Jana menace Nicolas Sarkozy de révéler « un grave secret », en lien avec « le financement de sa campagne électorale ».