La Ligue arabe appelle l’ONU à autoriser une zone d'exclusion aérienne en Libye


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La Ligue arabe a appelé ce samedi 12 mars 2011 le Conseil de sécurité de l'ONU à autoriser la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne en Libye. Réunis au Caire, les ministres des Affaires étrangères et représentants des pays membres de la Ligue arabe ont estimé que le régime de Mouammar Kadhafi avait « perdu sa légitimité » et ont également jugé nécessaire de coopérer avec le Conseil national de transition, créé par l'opposition libyenne.

Avec notre correspondant au Caire, Alexandre Buccianti

La résolution adoptée par la Ligue arabe est à géométrie variable. D’un côté les ministres arabes des Affaires étrangères appellent le conseil de sécurité des Nations Unies à imposer une zone d’exclusion aérienne au dessus de la Libye. De l’autre, les représentants de la Ligue indiquent dans une conférence de presse que cela exclut les opérations militaires. Ils précisent même qu’il s’agit principalement d’opérations de brouillage.

En fait ils espèrent que le colonel Kadhafi se pliera à la résolution du Conseil de sécurité sans besoin de l’imposer par la force.

Résolution à géométrie variable aussi en ce qui concerne le Conseil national transitoire libyen

La résolution annonce que des contacts seront engagés avec le Conseil sans pour autant le reconnaître comme seul pouvoir légitime. Une manière de laisser la porte ouverte à chaque Etat pour sa propre interprétation. Pour certains le dialogue signifie reconnaissance, pour d’autres il peut vouloir dire discussions en attendant la suite. Une seule chose est sure pour l’instant, le régime Kadhafi est exclut de facto de la Ligue arabe pour «crimes contre son peuple».

Un accueil mitigé dans le monde arabe

Il y a ceux qui soutiennent la résolution sans réserve : les pays du Golfe et les voisins de la Libye: Egypte et Tunisie.

Mais il y a aussi ceux qui ont exprimé des réserves comme la Syrie. Damas estime que l’imposition d’une zone d’exclusion pourrait paver la voie à une ingérence militaire étrangère et, à terme, l’éclatement de la Libye.

La Ligue a contourné ces réserves en ajoutant une phrase rejetant une éventuelle ingérence militaire étrangère. Un flou artistique quand on sait que l’imposition d’une zone d’exclusion aérienne nécessite l’usage de la force comme cela avait été le cas en Irak. Et c’est justement l’exemple irakien qui revient le plus souvent sur les blogs arabes.

Beaucoup d’internautes estiment que la zone d’exclusion aérienne pour défendre les chiites et les Kurdes contre Saddam Hussein, était le premier pas qui avait conduit à l’invasion de l’Irak. Il y a enfin ceux qui aimeraient bien que le principe d’exclusion aérienne pour défendre la population soit étendu à d’autres régions, comme par exemple le Darfour soudanais.

La position du Conseil de sécurité peut évoluer

Avec notre correspondant à New York, Karim Lebhour

Le soutien de la Ligue arabe pour une zone d’exclusion aérienne en Libye va sans doute ébranler les réticences du Conseil de sécurité. Jusqu’ici seule la France et la Grande-Bretagne sont clairement favorables à une telle mesure. Les Etats-Unis hésitent et les autres pays membres restent prudents, quand ils ne sont pas franchement opposés. La Russie et la Chine refusent de donner leur aval à tout ce qui peut ressembler à une intervention militaire en Libye. Le Brésil lui non plus ne veut pas de mesures coercitives contre le régime de Mouammar Kadhafi.

Ces divergences pourraient maintenant se réduire maintenant que la zone d’exclusion aérienne est demandée par les voisins de la Libye. Les discussions vont reprendre très rapidement. La France et la Grande-Bretagne ont déjà préparé un projet de résolution qui pourrait être discuté au Conseil de sécurité en début de semaine.