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Niger

Mahamadou Issoufou, nouveau président du Niger : «Le combat continue»


© Voice of America

Tout vient à point pour qui sait attendre. Après trente ans d'engagement politique et quatre échecs à la présidentielle, Mahamadou Issoufou touche enfin au but. Samedi, le chef historique du PNDS, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme, a gagné le second tour de la présidentielle du Niger avec 58% des voix. A 59 ans, l'ancien ingénieur des mines savoure sa victoire au micro de Christophe Boisbouvier.

RFI : Mahamadou Issoufou, bonjour. Cette victoire, comment la vivez-vous ?

Mahamadou Issoufou : Je suis heureux d’avoir obtenu ce résultat. Le peuple nigérien a arbitré dans le calme. Il m’a choisi, m’a désigné pour le servir pour les cinq prochaines années. Je suis très fier. Je suis très heureux. Je suis très fier de la façon avec laquelle nos camarades ont mené ce combat. Nous avons entamé ensemble il y a plusieurs décennies une longue marche et je suis très heureux du résultat obtenu.

RFI : Vous avez commencé à militer sous la dictature. Vous êtes candidat depuis dix-huit ans. C’est la cinquième fois que vous vous présentiez. Est-ce l’aboutissement de toute une vie ?

M. I. : Je dirais que ce n’est pas un aboutissement mais que c’est une étape décisive de la longue marche que l’on a entamée il y a plusieurs décennies. Le combat continue, la lutte continue. Il s’agit pour nous désormais de nous mettre au service de notre pays parce que le maître, c’est le peuple nigérien. Nous, nous sommes ses serviteurs et donc la bataille la plus importante va bientôt s’engager.

RFI : S’il y a un homme ou une femme que vous voulez remercier aujourd’hui, qui est-ce ?

M. I. : Il y a des milliers d’hommes et des milliers de femmes que je voudrais remercier ici. D’abord, tous les militants, toutes les militantes du parti de Hama Amadou pour le soutien inestimable que Hama et son parti nous ont apporté. Je voudrais aussi remercier les autres leaders qui m’ont apporté leur soutien. Et enfin bien sûr, les militants et les militantes du PNDS pour avoir cru à nos valeurs, pour être restés fidèles à notre idéal commun.

RFI : Quand Mamadou Tandja a voulu s’accrocher au pouvoir au nom du Tazartché, c’est vous qui lui avez résisté avec le plus de fermeté. Au fond, est-ce que cette lutte contre le Tazartché n’a pas été le déclic qui vous a propulsé là où vous êtes aujourd’hui ?

M. I. : Je crois que la lutte contre le Tazartché a été une espèce de catalyseur : notre parti a fait un saut de dix points suite à l’épreuve contre les Tazartché.

RFI : Ce deuxième tour est une belle victoire : 58 %. Mais si les consignes de vote de tous vos alliés avaient été complètement suivies, vous auriez pu atteindre 70 %. Est-ce que vous n’êtes pas un petit peu déçu ?

M. I. : Je ne suis pas du tout déçu. L’essentiel, c’est la victoire, mais pas l’ampleur de la victoire : 58 % c’est un premier résultat. C’est beaucoup dans une telle élection. J’ai seize points qui me séparent de mon adversaire.

RFI : Les deux grandes régions haoussa de Maradi et Zinder ont voté pour votre adversaire alors que vous-mêmes êtes haoussa et pas votre adversaire. Comment l’expliquez-vous ?

M. I. : C’est une preuve de la bonne santé de notre démocratie. Cela veut dire que nous avons dépassé les clivages classiques et régionalistes. Et cela n’est qu’une confirmation, d’ailleurs, parce que le peuple nigérien a toujours été au-dessus des ethnies et au-dessus des régions. La preuve, c’est que tous les partis politiques qui se sont créés sur la base ethnique ou régionaliste sont en déclin. Donc là, c’est une confirmation que le peuple nigérien est un peuple mûr qui vote pour les programmes des partis et non pas pour des raisons d’appartenance ethnique ou régionaliste. Comme vous l’avez dit, l’est a soutenu mon adversaire et moi j’ai eu un soutien important de la part des électeurs de l’ouest du pays.

RFI : Quel message adressez-vous aujourd’hui à votre adversaire malheureux, Seini Oumarou ?

M. I. : Je le salue, je le remercie pour la courtoisie avec laquelle s’est déroulée la campagne. Il n’y a pas eu d’attaques entre nous. On a mené une campagne positive, projet contre projet. Il y a eu un débat sincère, un débat fort. Voilà le message en direction de mon adversaire malheureux du second tour.

RFI : Et que va devenir le général Salou Djibo après votre investiture ?

M. I. : Je répondrai à votre question un peu plus tard, pas maintenant.

RFI : Que va devenir Mamadou Tandja qui est actuellement incarcéré ?

M. I. : A cette question également, je répondrai plus tard.

RFI : Quelle sera votre première mesure, Mahamadou Issoufou ?

M. I. : Bien sûr, ma première mesure en pareille circonstance est de m’assurer de mettre en place un bon gouvernement, qui sera au service du Niger. C’est ma première priorité.

RFI : Est-ce que vous nommerez un Premier ministre issu de votre parti, le PNDS ?

M. I. : Je vous répondrai après l’investiture. Vous verrez qui sera mon Premier ministre.

RFI : Et que va devenir, c’est la question que se posent tous les Nigériens, votre principal allié Hama Amadou ?

M. I. : Vous savez entre Hama Amadou et moi, ce n’est pas une question de partage de postes. Entre Hama Amadou et moi, il y a une entente sur une base très claire. Il s’agit pour tous les deux de servir notre peuple, de servir le Niger. C’est ça le plus important.

RFI : Est-ce que vous envisagez de cohabiter avec lui : Hama Amadou à la primature ? C’est possible ?

M. I. : Je vous dis que le plus important, ce ne sont pas les postes. Le plus important, c’est qu’on se soit entendus pour servir le Niger.

RFI : Quand est-ce que vous nous direz ce que va devenir Hama Amadou. Dans combien de jours ?

M. I. : Le plus important, c’est que Hama Amadou et moi, on puisse ensemble servir le Niger, main dans la main.

RFI : Dernière question : la guerre civile en Libye. Qui va l’emporter à votre avis du camp de Mouammar Kadhafi ou de celui des insurgés ?

M. I. : Je ne peux pas me prononcer sur les affaires intérieures d’un pays voisin.

RFI : Mais vous qui connaissez bien Mouammar Kadhafi. Pensez-vous qu’après 42 ans de pouvoir, il serait temps qu’il cède le pouvoir ou pas ?

M. I. : Je vous dis que je n’ai pas pour habitude de m’ingérer dans des affaires intérieures d’un pays voisin. Et c’est la réponse que je peux vous donner pour l’instant.

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