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Article publié le : jeudi 17 mars 2011 - Dernière modification le : vendredi 18 mars 2011

Portugal : il y a 50 ans le début de la guerre coloniale en Angola

Les soldats portugais en Angola pendant la guerre coloniale de 1961 à 1975.
Les soldats portugais en Angola pendant la guerre coloniale de 1961 à 1975.
Wikimédia/Guilmann

Par Marie-Line Darcy

Il y a tout juste un demi siècle commençait en Angola la guerre coloniale. Ancienne colonie portugaise, l’Angola est devenue indépendante en 1975 après 15 années d’un conflit meurtrier. Lançant un mouvement de rébellion qui a aussi atteint d’autres colonies du Portugal en Afrique comme la Guinée-Bissau et le Mozambique.

Le 15 mars 1961 est considéré comme le point de départ officiel de la guerre coloniale en Angola. Ce jour là, commencent d’atroces massacres dans le nord du pays, d’abord dans les régions frontalières avec l’ex-Congo Belge puis dans les régions du Cassange et de Carmona. Les « révoltés » sont munis de machettes et de quelques fusils rudimentaires. Pendant 48 heures, ils arpentent les campagnes massacrant tous ceux qu’ils rencontrent sur leur chemin, dans les « fazendas », les fermes des colons souvent éloignées les unes des autres d’une centaine de kilomètres.

Aujourd’hui encore, les historiens ont des difficultés à établir un bilan fiable, mais le chiffre de 800 colons tués est admis au Portugal. Quant aux victimes noires, les employés des fermiers blancs, ce sont majoritairement des Umbundus. Selon les historiens Dalila Cabrita et Alváro Mateus entre 4 000 et 5 000 membres de cette ethnie sont atrocement massacrés par les Bakongos, exaltés et convaincus d’être protégés contre les maléfices.

Enrôlés par l’UPA, l’Union des populations angolaises, ils échappent à tout contrôle. Dans leur livre « Angola 61 », ces historiens établissent avec certitude que Salazar alors au pouvoir était informé de l’imminence d’une attaque rebelle, probablement dès 1959. Aussitôt après l’attaque contre la garnison de Luanda le 4 février 1961, ce massacre sera le prétexte que le dictateur attendait pour envoyer massivement des troupes militaires.

De 1961 à 1975, la guerre d’outre-mer

Jamais Salazar ne reconnaitra l’existence des mouvements indépendantistes, qualifiés de terroristes. L’Etat nouveau s’opposera à toute idée de fédéralisme entre les provinces d’outremer et la métropole. En 1960, il y a 6 500 militaires (1 500 métropolitains) en Angola, à la fin de 1961 ils seront 33 000, puis 67 000 en 1973. Au total les trois fronts militaires de la guerre coloniale ou de libération selon les points de vue compteront 150 000 soldats. Le recrutement obligatoire, l’effort de guerre demandé au petit Portugal privé de ses forces vives, les conditions effroyables d’une guerre de guérilla conduiront à l’affaiblissement de l’engagement portugais.

On compare souvent la guerre en Angola avec celle en Algérie, mais si de Gaulle accordera l’indépendance à l’Algérie, jamais Salazar n’acceptera de négocier quoi que ce soit avec ce qu’il qualifie de mouvements terroristes. La révolution des œillets en 1974 conduira aux accords d’Alvor en janvier 1975 (Algarve, Portugal) entre le gouvernement portugais et les trois principales forces de libération en présence : le MPLA, le FLNA et l’UNITA.

Le rendez-vous manqué avec l’histoire

Lors de commémorations discrètes à Lisbonne le 15 mars dernier, répondant à l’invitation de la Ligue des anciens combattants, le président de la République Anibal Cavaco Silva a prononcé un étrange discours. « Il est important que les jeunes s’impliquent dans des causes essentielles au futur du pays avec le même courage que les jeunes d’il y a 50 ans, qui avaient assumé leur engagement (…) en tant que portugais il n’y aura pas de cause plus importante que de se consacrer au service de la nation (…) » a déclaré le chef de l’Etat en déposant une gerbe à la mémoire des soldats d’outremer.

Des propos qui divisent le Portugal. Entre ceux qui saluent le président parce qu’il parle de courage et d’engagement, et ceux, plus nombreux, qui s’étonnent de cette attitude alors qu’il y a quelques jours des milliers de jeunes descendaient dans la rue pour crier leur désespoir. La blogosphère, les médias, les intellectuels s’interrogent sur ce raccourci historique aux relents « va-t-en guerre » incompréhensibles.

Critiqué pour ses interprétations hasardeuses de l’histoire, Cavaco Silva l’est aussi pour sa quasi justification (non dite) de la dictature de Salazar. Une ambition de sauveur d’un pays en péril ? En pleine crise économique, sociale et politique certains s’inquiètent de ses allusions au passé glorifié.

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