Libye : l'ONU fait un premier bilan de l'engagement de la coalition

Conseil de sécurité de l'ONU, le 18 février 2011.
© AFP/JOHN MCILWAINE

Les quinze pays membres du Conseil de sécurité de l'ONU se sont réunis le 24 mars pour faire le point sur l'engagement de la coalition en Libye et prendre connaissance d'un compte-rendu du secrétaire général des Nations unies Ban Ki-moon sur le sujet. Le secrétaire général de l'ONU a déploré que les autorités libyennes n'aient pris aucune mesure pour remplir leurs obligations inscrites dans la résolution adoptée il y a une semaine par le Conseil de sécurité.

Avec notre correspondante à New York, Alexandra Genest

Cette réunion du  Conseil de sécurité n’avait rien d’une réunion d’urgence, elle était prévue par la résolution 1973 adoptée la semaine dernière par les 15 pays-membres, qui avaient demandé au secrétaire général de l’ONU de leur présenter un premier rapport sous 7 jours.

Ban Ki-moon, qui rentrait tout juste d’une visite en Egypte et en Tunisie, a donc exposé au Conseil de sécurité ses inquiétudes quant à la protection des civils libyens, après avoir déploré la poursuite d’affrontements violents dans plusieurs points du pays et d’importantes violations des droits de l’homme.

Pour aller plus loin

A aucun moment, Tripoli n’a respecté le cessez-le-feu, a déploré d’emblée Ban Ki-moon, qui a mis en garde les autorités libyennes :« Si la Libye n'agit pas pour se conformer à la résolution 1973 », a-t-il prévenu « Le Conseil de sécurité pourrait être prêt à prendre des mesures additionnelles ». Selon lui, depuis le début de la crise, plus de 335 000 personnes ont fui la Libye et 9 000 autres réfugiés actuellement retenus le long des frontières libyennes avec la Tunisie et l’Égypte.

Les critiques entendues dans certaines capitales contre l’intervention de la coalition en Libye n’ont pas vraiment resurgi au sein du Conseil. La réunion, qui avait lieu à huis clos, a semble-t-il été moins tendue que prévu. Aucun pays-membre n’a été jusqu’à demander l’arrêt des frappes aériennes par exemple, mais plusieurs pays, dont la Russie et la Chine, ont fait part de leurs inquiétudes quant aux risques de dommages collatéraux. « Un seul missile tombe demain sur une école libyenne, et c’est la fin de la légitimité

de cette intervention » a souligné un diplomate.

Pour les Français, Britanniques et Américains, cette réunion était l’occasion de défendre une opération qu’ils qualifient de « succès » à plus d’un titre : l’ambassadeur français Gérard Araud a ainsi estimé qu’elle avait permis « d’éviter un massacre à Benghazi » et la mise en place d’une zone d’exclusion aérienne demandée par la Ligue arabe.


Des voix continuent de s'élever en Afrique pour critiquer l'opération menée par les forces de la coalition. Ainsi au Mali, dans la région de Menaka, au nord, le chef traditionnel des Ilou Miden, une tribu touareg, demande à la France de cesser ses bombardements. Ce chef qui avait fait allégeance à Kadhafi en soutenant son titre de « roi des rois d'Afrique» déclare :

« On a dit que Kadhafi a tué des insurgés, mais Kadhafi demande aux insurgés de venir vérifier. Qu’est-ce-qui empêcherait les Nations unies d’aller vérifier. D’un côté comme de l’autre, on dit ce qu’on veut, c’est cela le problème. Tous les chefs traditionnels du Mali et surtout les populations du nord du Mali, nous demandons d’arrêter ce qui se passe, parce qu’il y a énormément de problèmes en dehors de la personne de Kadhafi. Ce n’est pas parce qu’il n’est pas démocrate. Moi je crois que ce que Kadhafi a fait de mauvais est, de loin, très minime par rapport à ce qui se passe aujourd’hui et ce qui va se passer demain. Il faut que les Nations unies arrêtent çà, parce que çà ne va pas pour toute la zone. (...). Si on ajoute à cela ce qui se passe aujourd’hui en Libye, c’est extrêmement grave pour ces peuples là, tous les touaregs, tous les Maliens qui sont en Libye, qu’est-ce qu’ils vont devenir ? Est-ce que ceux qui doivent remplacer Kadhafi ne seront pas pires que lui ?».

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