Des armes lourdes récupérées par Aqmi en Libye


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Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) a récupéré des armes lourdes à la faveur de l'insurrection populaire qui secoue la Libye. Un développement inquiétant pour le Mali, le Niger et la Mauritanie, selon des sources sécuritaires malienne et nigérienne. Dans un entretien accordé à Jeune Afrique dans sa dernière édition du 27 mars 2011, le président tchadien Idriss Deby affirme que « les islamistes d'al-Qaïda ont profité du pillage des arsenaux en zone rebelle pour s'approvisionner en armes, y compris des missiles sol-air ».

Le Sa-7 est une arme qui peut être assez redoutable.
Pierre Servent
10-10-2013 - Par Carine Frenk

A la suite du président tchadien Idriss Deby, plusieurs sources nigérienne et malienne confirment que des armes libyennes sont tombées aux mains d’al-Qaïda au Maghreb islamique. Mais ces sources vont plus loin et affirment que les combattants d’al-Qaïda ont pu transférer une partie de ces armes dans le Sahel, via le Niger et l’Algérie, deux pays qui ont une frontière avec la Libye en crise.

Dans l’arsenal de guerre tombé aux mains d’Aqmi, d’après nos informations, on compte notamment des missiles Sa-7, des lance-roquettes et de nombreux véhicules militaires de transport.

Quand vous avez un pays qui est en état de guerre civile comme la Libye c'est une sorte de pain béni pour al-Qaïda.
Jean-Pierre Maulny
10-10-2013 - Par Heike Schmidt

Il y a quelques semaines, la Mauritanie a recueilli sur son sol un déserteur d’Aqmi qui a fourni de précieuses informations sur le moral des troupes et notamment sur l’armement qui faisait défaut.

Aujourd’hui, changement de situation : la crise libyenne offre une opportunité à Aqmi de s’implanter plus que jamais dans la bande sahélo-saharienne. Les combattants d’Aqmi vont très probablement lancer une nouvelle campagne de recrutement. Ils ont des armes, ils ont également des moyens financiers, notamment la dernière rançon perçue pour libérer une partie des travailleurs du groupe français Areva.

Face à ce risque de déstabilisation de toute une région, au Mali, dans les milieux officiels on répète à l’envi qu’il est grand temps que tous les pays de la zone se réunissent pour donner le top de départ d’une vraie lutte contre al-Qaïda.

Un arsenal de guerre aux mains d’Aqmi

Dès la fin février et le soulèvement de Benghazi, de grandes quantités d'armes ont été prélevées des casernes et des dépôts de munitions où elles étaient stockées. Des civils sont même venus se servir. Le 24 février, des photos d'agences montraient comment des caisses entières de cartouches et d'obus avaient été récupérées par les insurgés. Des lance-roquettes RPG neufs, certaines roquettes encore dans leurs emballages.

Dans les jours qui ont suivi, les révolutionnaires ont fêté leur victoire en tirant en l'air avec certaines de ces munitions. Au moins un tir de missiles portables Sa-7 a eu lieu devant les photographes venus couvrir le conflit libyen. On a vu ensuite ces lance-missiles manipulés maladroitement par les insurgés, voir même alignés par terre à même le sable.

Si les RPG sont des armes très courantes dans le monde et peuvent coûter quelques centaines de dollars, les Sa-7 sont plus recherchés. Ce sont des missiles à tête chercheuse. En principe, ils peuvent abattre un avion ou un hélicoptère à près de 5 km en se guidant sur la chaleur émise par les moteurs. Une technologie ancienne, mais une arme redoutable, si elle venait à tomber entre les mains d'un groupe terroriste.

Même chose pour les missiles AT3 Sagger, missiles anti-char portatifs, également aperçus dans les caisses éventrées des stocks de l'armée libyenne dans les jours qui ont suivi la prise des casernes de l'est du pays.