La Côte d’Ivoire entre blocage politique et chaos humanitaire

Depuis plusieurs jours la situation humanitaire se dégrade à Abidjan.
© REUTERS/Luc Gnago

Les Forces républicaines de Côte d'Ivoire n'ont pas réussi à déloger Laurent Gbagbo de la résidence présidentielle de Cocody où il s'est réfugié avec ses proches depuis plusieurs jours. L'assaut du 7 avril 2011 a été un échec. Et dans la soirée, pour la première fois depuis le début de la bataille d’Abidjan, Alassane Ouattara s'est exprimé. Dans une allocution solennelle à la nation, il a appelé à la réconciliation nationale et annoncé qu'il allait soumettre Laurent Gbagbo à un blocus. Mais dans la métropole, le climat reste tendu et  la situation humanitaire s’aggrave dans le pays.

Notre dossier spécial : les défis de Ouattara

Les Forces républicaines ont tout fait ces derniers jours pour déloger Laurent Gbagbo de la résidence présidentielle située à Cocody, juste à côté de l'ambassade de France. Mais les troupes des Forces républicaines ont échoué. Laurent Gbagbo est toujours réfugié dans son bunker, gardé par ses fidèles  : des militaires mais aussi des patriotes. Selon le ministre français de la Défense, Laurent Gbagbo dispose encore d'un petit millier d'hommes sur Abidjan et environ 200 devant sa résidence.

Alassane Ouattara a donc annoncé jeudi le blocus autour de la résidence. Il a revêtu ses habits de chef d'Etat en prenant des engagements pour un retour rapide à la normale. Il a promis l'allégement du couvre feu dès ce 8 avril afin de faciliter les déplacements à Abidjan. Il a aussi promis de ramener rapidement le calme et l'ordre dans la ville, soumise aux pillages. Il a enfin appelé les Ivoiriens à la réconciliation nationale.

Le président élu de Côte d'ivoire et reconnu par la communauté internationale a également évoqué les massacres et les crimes perpétrés dans l'ouest, à Duékoué où la situation humanitaire reste très critique. Des sources humanitaires parlent de charniers et de plusieurs centaines de personnes tuées le 29 mars dernier. « Les auteurs de ces crimes seront sanctionnés, a assuré Alassane Ouattara qui a promis, une collaboration exemplaire avec la justice internationale et les organisations de défense des droits de l'homme ».

Le chaos à Abidjan, reportage photos

Depuis la fin de la semaine dernière, beaucoup d’habitants  d'Abidjan sont terrés chez eux, sans eau et de plus en plus souvent sans nourriture. Incapables de sortir par peur des tirs et des bombardements en début de semaine, les Abidjanais craignent aussi les agressions et mauvaises rencontres. Ces derniers jours, il y a dans la ville de nombreux civils armés et aussi des pillards qui sont devenus un véritable danger pour les populations.

Dans la plupart des communes d'Abidjan, les marchés, les magasins, les commerces ont été pillés. Les marchés ne sont pas approvisionnés et les quelques denrées qui arrivent sur les marchés coûtent les yeux de la tête.

Jean Djoman
08-04-2011

La situation est également très difficile dans les hôpitaux. Il y a là encore un manque cruel d'eau et de médicaments. Et même chez les humanitaires on connaît le sentiment d'épuisement.

Nos patients ils sont traumatisés par ce qu'il se passe. C'est vraiment une dépression collective.

Salah Issoufou
08-04-2011

Les ONG plaident d'ailleurs pour la mise en place rapide d'un couloir humanitaire afin de faciliter les déplacements les plus urgents dans la ville. Il y a à Abidjan des milliers de déplacés actuellement sur des sites non approvisionnés. Le chaos est grand au point que le président de la conférence épiscopale de Côte d'Ivoire, Mgr Joseph Aké lance un appel à l'aide. Un appel à toutes les bonnes volontés : pour ne pas que l'on oublie les Ivoiriens.

Il faut d'abord venir redonner aux gens un peu d’espoir. L'espoir de vivre. Donc les soigner, répondre à leurs besoins.

Mrg Joseph Aké
08-04-2011

« Tout le monde nous regarde, dit Mrg Aké, les Ivoiriens attendent de l'aide. ».

Les Forces d’Alassane Ouattara aux prises avec des milices à Abidjan

Avec notre envoyé spécial auprès des Forces républicaines,

Il suffit de voir le nombre de combattants qui racontent, de retour sur la base arrière, le fracas de leur mission de ratissage des milices pour comprendre à quel point le combat contre cet ennemi diffus, présent dans les différents quartiers, est important pour les FRCI (Forces républicaines de Côte d’Ivoire).

Les éléments favorables à Alassane Ouattara décrivent ces miliciens comme des partisans de Laurent Gbagbo, postés aux étages de certaines habitations et parfois équipés d’armement lourd.

« Le problème des milices, c’est ce qui nous tracasse le plus parce que ces gens se présentent comme des civils, et quand nous les dépassons, ils nous tirent dans le dos », commente depuis la base des Forces républicaines un officier qui se repose sur une chaise en bois. « Il y a trop de vandalisme, trop de pillage, trop de partisans de Laurent Gbagbo, qui terrorisent la population. Celle-ci est à bout de nerf », estime une source haut placée au sein du camp Ouattara, jointe par RFI.

Les milices ne sont pourtant pas la seule préoccupation des Forces républicaines. La résistance des partisans de Laurent Gbagbo autour des points chauds de la capitale a été une surprise. « Gbagbo avait très bien préparé ses défenses. Nous avons été étonnés par le nombre de chars qu’il détenait. Il disposait également de plus de véhicules équipés de mitraillettes lourdes que nous ne le pensions », estime cette même source.

 

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