Côte d'Ivoire: une catastrophe programmée

Dans les rues d’Abidjan après le pillage de magasins, le 7 avril 2011.
© Reuters/Luc Gnago

Une grande partie de la Côte d'Ivoire est plongée dans le chaos depuis deux semaines. Entre affrontements et pillages, de nombreux quartiers d'Abidjan, la capitale économique, vivent dans la peur et les pénuries de tous ordres, tandis qu'une violence extrême a gagné l'ouest et le centre-ouest du pays.

Combien de personnes sont mortes, au cours du déluge de feu qui s'est abattu sur le centre d'Abidjan lundi 4 avril 2011, puis des affrontements armés de ces derniers jours, impliquant militaires et miliciens des deux camps ou pillards armés? Impossible à dire pour l'instant avec précision.  Mais les témoignages sont éloquents.

« Ils ont bombardé la résidence du chef de l'Etat sortant où il y a soixante jeunes gens qui sont morts. Ce sont ceux qui veillaient avec eux qui les ont comptés. Donc ce ne sont pas seulement les armes lourdes qui ont été détruites. Il y a des gens qui sont morts », affirmait pour sa part, mardi 5 avril, un responsable communautaire du quartier de Marcory. Le chiffre est invérifiable de source indépendante. Quoiqu'il en soit, la violence s'est poursuivie à Abidjan, et de nombreux cadavres ont été abandonnés dans les rues dans plusieurs quartiers.

Panique

Pris de panique, des civils quittent la ville par bus entiers, rapporte l'un de nos envoyés spéciaux.

Si les miliciens pro-Gbagbo sont montrés du doigt, les forces pro-Ouattara sont, elles aussi, accusées d'exactions, dénoncées par les organisations de  défense des droits de l'homme. 

Dans ce contexte de peur, de nombreux habitants vivent terrés chez eux, pour certains sans nourriture depuis de longs jours. Les témoignages qui circulent sur les réseaux sociaux humanitaires, comme Civsocial, sont alarmants.

Violence et massacres dans l'ouest

Et la situation est pire encore dans l'ouest du pays. Depuis la découverte, à Duékoué, de plus de 800 corps, selon les chiffres du Comité international de la Croix rouge qui a inhumé les victimes, plusieurs organisations de défense de droits de l'homme accusent les FRCI (pro-Ouattara) de meurtres, de viols et de pillages contre des civils. Des accusations qui visent aussi, dans certains cas, des forces favorables au pro-Gbagbo.

La violence touche, en outre, la zone de Gagnoa, région natale de Laurent Gbagbo, dans le centre-ouest. A Bayota, par exemple, des violences ont poussé les habitants à fuir, comme cet homme, joint par RFI, qui a dû quitter son village et raconte que des civils ont été tués.

Plusieurs attaques ont également eu lieu à Zikisso, une autre localité de l'ouest, poussant les habitants à fuir dans la forêt.

Dix jours après le lancement de ce qui était présenté comme « l'offensive finale » des FRCI, avec l'appui des forces onusiennes et françaises, la Côte d'Ivoire plonge donc dans le chaos. Mais un chaos prévisible... Après le blocage politique, consécutif au second tour de la présidentielle du 28 novembre, des intellectuels européens et africains de tous bords avaient multiplié les mises en garde quant aux risques d'embrasement au cas où l'option militaire serait mise en oeuvre pour forcer Laurent Gbagbo à quitter le pouvoir. 

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